Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.

Par Bernard Teper
Contrairement à ce que croient certains esprits simplistes, un régime autoritaire ne se caractérise pas seulement par des options sécuritaires.
Si cela en est une condition nécessaire, nous constatons aujourd’hui que des décisions sont prises contre l'avis du peuple, mais aussi contre des professions majoritairement attachées à la droite, y compris de certains intellectuels de droite très compétents. C’est ce qu’on appelle ne pas tenir compte de ses « alliés naturels ». C’est pourquoi, il est toujours nécessaire d'analyser le camp adverse, ce que ne font que rarement les militants de gauche et d'extrême gauche.
L'exemple du secteur de la santé et de l'assurance-maladie est éclairant de ce point de vue.
Est-il crédible de gérer la santé et l'assurance-maladie contre le peuple et contre les médecins ?
La droite a décidé de passer en force contre l'avis de ses intellectuels les plus brillants (de Kervasdoué par exemple) et contre la profession médicale, ce qui est une première.
Pour voir le mécontentement populaire, il suffit de voir les mobilisations locales et les études d'opinion pour s'en convaincre. Pour les médecins, le sondage récent IFOP-Le quotidien du médecin (daté du 6 mars 2009) éclaire cela de façon magistrale:
Regarder qui fait quoi et pourquoi
Pour comprendre cela, il faut éviter une analyse simpliste de cette loi en ne voyant que le conflit gauche-droite (bien réel néanmoins) comme moteur de celle-ci. Il faut comprendre que la séquence de 42 ans (des ordonnances de 1967 de De Gaulle jusqu'à cette loi de mars 2009) est une séquence qui a fonctionné par un double mouvement, celui de l'étatisation ("bonapartisme social") contre la République sociale (gestion de la Sécu par les élus des assurés sociaux) et celui de la privatisation et de la marchandisation de la santé. C'est là que la gauche social-libérale et la grande majorité des hauts fonctionnaires se trompe. C'est que ces deux mouvements ne sont pas contradictoires mais complémentaires. Le premier est en fait nécessaire au second. Ces "idiots utiles", j'ai nommé les hauts fonctionnaires sociaux -libéraux, ont pendant le passage de la gauche au gouvernement, appuyés ce double mouvement. Alors que la gauche social-libérale et la quasi-totalité des hauts fonctionnaires de quelques bords qu'ils soient confondent étatisation, nationalisation, socialisation et confondent services publics avec étatisation.
Ce qui se passe en ce moment est que l'étatisation bonapartiste de la santé et de la protection sociale est une nécessité pour pouvoir la marchandiser et la privatiser.
Et tant pis pour les médecins de droite s'ils ne sont pas contents. Le budget de la Sécu est plus important que le budget de l'Etat tous ministères confondus, la protection sociale, c'est plus de 30 % du PIB!
En période de crise massive du capitalisme (voir la vidéo sur le site www.ufal.org), les capitalistes considèrent que les secteurs les moins instables sont l'éducation, la santé et la protection sociale ! Il faut donc passer en force, même comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. C'est le rôle de Darcos et de Bachelot. Tout doit être marchandisé et privatisé dans ces secteurs. C'est bien sous l’effet du capitalisme qui produit cette politique que la droite est aujourd'hui obligée de passer à un régime autoritaire, car sinon la loi de baisse tendancielle du taux de profit va faire son œuvre !
La gauche et une partie de la droite sont contre la loi Bachelot. La majorité des partis de gauche ne critique pas le dispositif des Agences régionales de santé (ARS) parce qu'elle reste sur l'idée que l'étatisation bonapartiste sert le projet futur de la République sociale (voir le texte précédent). C'est tout le contraire ! Ces apprentis sorciers pensent que seul le mouvement d'en haut peut venir à bout des injustices sociales. Mais veulent-ils combattre les inégalités sociales ? Et une partie de l'extrême gauche se complait dans des actions marginales et minoritaires!
Tout est à reconstruire. Y compris la dialectique du mouvement d'en haut et du mouvement d'en bas. C'est cela notre objet. Que ceux qui sont d'accord nous rejoignent, que les autres passent leur chemin.
par Bernard Teper