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Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.

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J’aime Attac, pas la langue de bois, en réponse à Attac en danger de mort !

 

J’aime Attac, pas la langue de bois

 

 

Par Aurélien Bernier,

 

Élu membre actif en juin 2006 au Conseil d’administration d’Attac

 

Animateur de la commission OGM

 

 

La contribution de Geneviève Azam, Susan George, Jean-Marie Harribey et Pierre Khalfa publiée dans le numéro de Politis du 31 août est ahurissante à plus d’un titre. En plus de caricaturer les positions des « amis de Bernard Cassen et Jacques Nikonoff » au mépris de toute rigueur intellectuelle, ce texte débute par une sorte de diktat insupportable. Il peut être reformulé ainsi : les ABCJN (Amis de Bernard Cassen et Jacques Nikonoff, dont j’avoue faire partie pour ceux que les représentations binaires satisfont) doivent avant toute chose admettre la « fraude » et en endosser la responsabilité pour qu’il existe un espoir de sauver Attac.

 

Et bien non, cher camarades, je n’admets pas et j’endosse encore moins. Car je n’ai pas fraudé et j’en atteste sur l’honneur. Car j’ai l’intime conviction qu’aucun de nous n’a fraudé. Et que, excusez du peu, les témoignages des dépouilleurs et l’analyse qui en ressort remettent totalement en cause les conclusions des fameuses études statistiques qui démontreraient des manipulations.

 

Ce déni de la présomption d’innocence sert, pour reprendre une expression à la mode, de véritable « rideau de fumée ». Comme avant lui, le fameux « style de direction » attribué à Jacques Nikonoff. Il suffit de participer à une réunion du Conseil d’administration pour constater qu’en matière d’autoritarisme, la plupart des rivaux de Nikonoff n’ont de leçon à recevoir de personne.

 

Mais nos opposants connaissent bien la devise des Shadocks : « Pour qu’il y ait le moins de mécontents possible il faut toujours taper sur les mêmes ». C’est ainsi que Nikonoff endossa tous les crimes, jusqu’à cette accusation gravissime de fraude électorale.

 

 

En attendant, les véritables questions étaient et sont toujours soigneusement rangées au fond d’un tiroir. Celles qui permettraient de débattre de la place du mouvement Attac dans le paysage politique des prochaines années. Et c’est bien là que les opinions divergent, principalement pour des raisons stratégiques et culturelles.


Puisque j’appartiens également à la CGT, dont certains organes sont fondateurs d’Attac, je m’autorise à poser la question brutalement : l’intérêt de telles structures fondatrices est-il qu’Attac soit visible dans une période comme celle que nous allons vivre en 2007 et 2008, au risque qu’elle leur pique des « parts de marché » ?

 

Pour moi, la réponse devrait être oui, puisque grâce à son rôle d’éducation populaire, Attac peut repolitiser des citoyens qui, dans un second temps, s’impliqueront dans d’autres organisations, et notamment les syndicats.

 

Mais dans la pratique, ces structures craignent une concurrence d’Attac. La meilleure preuve en est que bon nombre d’organisations fondatrices opposées à Cassen et Nikonoff ne relaient ce qui se produit à Attac que pour discréditer la « direction ». Les adhérents de l’UGICT-CGT savent qu’il y aurait une fraude, mais ignorent tout de la préparation du manifeste 2007 de rupture avec les politiques néolibérales !


Pourtant, dans une certaine mesure, je ne remets pas en cause la sincérité des EBCJN (Ennemis de Bernard Cassen et Jacques Nikonoff). Je pense seulement qu’ils ne peuvent s’empêcher de vouloir construire une Attac à leur image, qu’il s’agisse des idées ou des pratiques militantes. Le problème est, d’une part, qu’ils semblent considérer que tous les coups sont permis pour y parvenir et, d’autre part, qu’Attac n’a jamais été faite pour ça !


Attac fut en 1999 mon tout premier engagement militant. Si j’ai choisi cette association, et pas une autre, c’est pour deux raisons claires.

 

En premier lieu, les citoyens se retrouvent de moins en moins dans des discours réductionnistes qui peinent à mettre en lumière les véritables mécanismes de la révolution conservatrice qu’ils subissent. Or, Attac tape là où ça fait mal : elle désigne l’OMC, le FMI, la Banque Mondiale, les grandes multinationales ou l’Union Européenne comme acteurs centraux de l’offensive libérale.

Mais Attac ne démonte pas seulement les mécanismes avec précision et logique, arguments à l’appui. Elle fait naître de la réflexion collective des « citoyens experts », capables d’apprécier la situation politique au travers d’une grille de lecture neuve, sans référence aux dogmes classiques. L’autonomie que les adhérents, rassemblés pour partie dans des comités locaux, peuvent y trouver est totale puisque aucune directive n’est jamais venue « d’en haut » pour s’imposer à « la base ». Attac est une association nouvelle également par la forme, du fait de son objectif central d’éducation populaire. Il s’agit bien de nous éduquer ensemble pour développer une pensée autonome.


Je garde la conviction que de très nombreuses personnes sont venues elles aussi militer dans Attac sur ces bases. Et que de nombreux adhérents potentiels ont toujours cette attente. Attac peut représenter cette forme d’engagement qui leur fera sauter le pas si nous parvenons à construire cette association de deuxième génération dont nous avons impérativement besoin.


Franchir cette étape est d’autant plus indispensable que nous avons réussi en partie notre premier travail : déconstruire l’idéologie libérale. Mais les citoyens, à juste titre, exigent qu’on leur soumette des alternatives. Et, bien évidemment, la crise actuelle plonge ses racines non seulement dans des divergences de cultures militantes, mais également dans des divergences de fond. Les EBCJN ont cru, pour préserver la plateforme commune de réflexion qu’ils voient au travers d’Attac, que le débat sur certains sujets devait être écarté. Ou traité dans un rapport de force interne au Collège des Fondateurs ou au Conseil Scientifique, sans que les adhérents en aient vraiment connaissance. Or, des thèmes comme ceux du libre échange, de la décroissance, de l’emploi, de l’énergie, de la laïcité ou de la désobéissance civile demandent aujourd’hui à être débattus largement, faute de quoi nos propositions alternatives resteront vagues et insipides. Nous voulons qu’ils le soient, non pas pour nous diviser, mais bien parce qu’il en va de notre avenir et de notre crédibilité.


Au moins, la crise que nous traversons a-t-elle déjà permis de commencer à poser ces problèmes sur la table, et de montrer que les questions de personnes sont avant tout des prétextes pour dissimuler deux conceptions très différentes d’Attac.


Dès lors, la tentation de recourir à une « troisième voie » qui se maintiendrait à distance de ces conflits ne tient pas une seule seconde, même si elle peut apparaître séduisante à première vue. Il existe depuis toujours des dizaines, des centaines de « sensibilités » dans Attac, ce qui est une richesse extraordinaire. Mais il y a clairement deux projets de développement pour l’association. Deux projets stratégiques. L’un qui considère que le regroupement des organisations existantes est un préalable à toute construction d’un mouvement fort, et que le citoyen dépolitisé viendra ensuite, attiré comme par magie par la capacité de mobilisation du mouvement social. Le Collège des Fondateurs, dans une déclaration récente, ne dit pas autre chose lorsqu’il « réaffirme son attachement au projet originel d’Attac « association d’éducation populaire tournée vers l’action » qui vise à faire réfléchir et agir de concert tous ceux qui, sur des terrains divers, luttent contre les méfaits du néo-libéralisme» (1). Soit. Mais ceux qui ne luttent pas encore, on ne s’adresse pas à eux ? On les ignore ? Il s’agit là d’une belle entreprise de réduction de la plateforme de 1998…

 

L’autre perspective, celle que nous défendons, nous les ABCJN, part du principe qu’Attac doit proposer aux adhérents de construire ensemble une réflexion autonome, de mener des actions originales, d’éviter les slogans tout faits qui ne convainquent que les convaincus d’avance.


Je prendrai donc les lignes qui me restent pour rêver tout haut à ce projet. Nous sommes en 2010. Après une grave crise de croissance, Attac a remonté la pente. Elle a même largement dépassé le nombre d’adhérents des meilleures années et flirte avec les 40 000. Les organisations y sont pour quelque chose. Réunies dans un Conseil des sages, elles ont deux missions principales d’une importance extrême : tracer les grandes orientations stratégiques sur le moyen et le long terme en fonction du contexte politique et social, et servir de courroie de transmission à double-sens entre Attac et leurs structures. Évidemment, ça s’engueule toujours un peu, mais il s’agit en quelque sorte de respecter la tradition… Le Conseil Scientifique à intégré de nouvelles compétences : des environnementalistes, des sociologues, des spécialistes de la culture et de l’éducation populaire. Le Conseil d’Administration est composé de 30 adhérents membres actifs bénéficiant d’un statut de l’élu qui favorise la représentativité et le renouvellement.

 

Attac est belle. Quand elle passe dans la rue, les gens se retournent et la regardent. Les médias l’ignorent, comme d’habitude, mais elle s’en fout : elle n’a pas besoin de ça. Elle travaille, et les comités locaux constituent sa principale force. Les libéraux redeviennent inquiets, car les citoyens trouvent ses alternatives de plus en plus crédibles. Elle est originale, publie des expertises, des bouquins, des fictions, crée des spectacles, des textes mis en musique par les Têtes Raides ou Manu Chao. Elle tient ses promesses de 1998, et c’est bon !


Ça semble complètement naïf ? Pourtant, c’est bel et bien le projet d’origine que nous avons imaginé collectivement à la lecture de l’éditorial d’Ignacio Ramonet en décembre 1997.

 

Franchement, est-ce que ce serait si difficile que ça de ne pas laisser mourir Attac, la vraie ?


(1) Déclaration du collège des fondateurs du 6 septembre 2006. http://www.france.attac.org/a6580

 


 

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ATTAC DANS LES MEDIAS

Article publié dans Politis du 31 août 2006.

Attac en danger de mort !

Par Geneviève Azam, Susan George, Jean-Marie Harribey et Pierre Khalfa.

Quatre représentants de l’opposition à la direction démissionnaire d’Attac réagissent ici à la tribune de Bernard Cassen publiée dans « Politis », le 27 juillet. Le débat porte notamment sur le mode d’organisation de l’association. Mais les auteurs reviennent aussi sur le scrutin de juin dernier.

Dans une longue tribune, Bernard Cassen, s’exprimant à titre personnel, mais quand même « comme président d’honneur d’Attac », donne sa conception de l’avenir de l’association. Le débat politique public est en effet une condition de la démocratie, voila pourquoi nous lui répondons. Néanmoins, avant de revenir sur les points qui sont développés et qui méritent discussion, il faut pointer un trou béant dans les propos de Bernard Cassen. Un événement impensable s’est déroulé à Attac lors de l’élection des représentants des adhérents individuels au conseil d’administration lors de la dernière assemblée générale au mois de juin : plusieurs études d’experts statisticiens, tant en interne qu’en externe (1), ont montré que les « aberrations statistiques » constatées lors du scrutin ne pouvaient s’expliquer rationnellement que par une fraude. Elle s’est produite au profit du président sortant Jacques Nikonoff et de candidats le soutenant. La synthèse des études des experts indépendants, qui avait été demandée unanimement à René Passet, personnalité respectée par tous dans Attac, confirme cette analyse.
Sous la pression de nombreux comités locaux et devant le refus de siéger de nouveaux élus, de nouvelles élections ont été décidées une semaine à peine après le résultat de l’assemblée générale de juin, preuve supplémentaire que le scrutin n’avait pas été sincère. Elles n’auront cependant lieu qu’au mois de décembre, laissant croire par là qu’il s’agirait d’autre chose que d’une invalidation des résultats de juin. On comprend que Bernard Cassen, qui a imposé Jacques Nikonoff comme président d’Attac il y a trois ans, et qui demeure l’un de ses plus fervents soutiens, soit gêné et, dans sa tribune, ne dise mot sur cette affaire. Mais taire cet événement disqualifie l’idée même d’un débat démocratique.

Une fraude électorale n’est jamais un acte anodin, encore moins à Attac. Cette situation, d’une extrême gravité dans une association d’éducation populaire se donnant pour objectif la réappropriation de la politique par les citoyens, oblige à prendre la mesure du séisme, qui va bien au-delà de telle ou telle divergence politique. C’est l’identité d’Attac qui a été touchée au c¦ur. Une fracture éthique s’est produite. Attac a besoin d’un sursaut moral, tout autant que politique, et la condition de ce sursaut, c’est avant tout de reconnaître les faits.
Or le silence de Bernard Cassen, les tentatives pathétiques de la part de ceux qui ont bénéficié de la fraude d’en nier la réalité ou, pire encore, la volonté d’intimidation (2) ne peuvent qu’aggraver la crise et pousser l’affrontement aux extrêmes. Comment, en effet, continuer ensemble, comment débattre sereinement d’éventuelles divergences politiques quand, de plus, un tel événement fait suite à l’emploi depuis plusieurs années de méthodes de direction autoritaires (3) marquées par un présidentialisme effréné ? Voilà le drame de la situation actuelle, qui ne peut que réjouir nos adversaires.
Le débat politique n’en est pas moins nécessaire, et celui évoqué par Bernard Cassen dure maintenant depuis un certain temps. Il fut l’un des enjeux de l’assemblée générale de juin et concerne la nature de l’association. Attac est une construction originale. C’est une association d’adhérents individuels, dont une partie est regroupée en plus de 200 comités locaux, souvent eux-mêmes des associations, et qui permettent à Attac d’agir au contact des citoyens au plus près du terrain. C’est un conseil scientifique, dont les analyses et les travaux ont permis à Attac d’acquérir une légitimité et une reconnaissance en matière de contre-expertise et de fournir des éléments théoriques pour l’élaboration d’alternatives. C’est enfin une association faite d’organismes divers, les «  membres fondateurs » ­ syndicats, associations de développement, associations féministes, mouvement des « sans », mouvements écologistes, de l’économie sociale et solidaire, journaux, etc. ­, regroupés en collège, intervenant sur des terrains différents, mais d’accord pour agir ensemble contre la mondialisation néolibérale. Une telle configuration permet à Attac d’élargir son audience, d’être un lieu où s’élaborent des analyses, des résistances et des alternatives, à partir de postures au départ différentes.
La force d’Attac, c’est la synergie entre toutes ses composantes, depuis les comités locaux jusqu’aux organisations fondatrices en passant par l’apport des adhérents individuels et du conseil scientifique. C’est ce qui a fait son succès et son caractère inédit. Attac est un lieu de convergence où s’élaborent des stratégies singulières qui dépassent celles de ses composantes et où s’affirme un projet inédit « d’association d’éducation populaire tournée vers l’action ». Ses axes sont clairement identifiés depuis sa création : déconstruire l’idéologie néolibérale, élaborer des alternatives et construire les rapports de force pour imposer des orientations nouvelles en termes sociaux et écologiques, s’inscrire dans le mouvement altermondialiste.

L’objectif de Bernard Cassen, de Jacques Nikonoff et de leurs amis est d’en finir avec cette configuration originale pour transformer Attac en une simple organisation d’adhérents individuels. Ils avaient pour cela appelé les adhérents à voter contre la liste présentée par le collège des fondateurs lors de la dernière assemblée générale, espérant ainsi se débarrasser des organisations qui y étaient présentes. Les adhérents ne les ont pas suivis. Bernard Cassen agite l’étendard de l’indépendance de l’association, mais serait bien en peine de donner le moindre exemple de situation où celle-ci a été remise en cause par les organisations fondatrices. Alors même que les fondateurs sont majoritaires au conseil d’administration, ce sont eux-mêmes qui ont proposé que les représentants des adhérents individuels aient la majorité des voix en son sein. Ils n’ont jamais empêché Attac de prendre telle initiative ou telle position ; il n’y a jamais eu d’opposition entre les fondateurs pris en bloc et les représentants des adhérents individuels pris en bloc. Des désaccords politiques peuvent certes exister, mais n’opposent pas fondateurs d’un côté et adhérents de l’autre. Ils traversent toute l’association. Bientôt, avec la réforme des statuts en cours, ces derniers seront majoritaires au conseil d’administration, et tout risque de contrôle par les fondateurs sera totalement exclu.
Seules les associations Attac de France et d’Allemagne ont réellement réussi à construire un dispositif de cette nature, et ce n’est sans doute pas un hasard si ce sont les pays où l’association s’est le plus développée. De ce point de vue, réduire Attac à une simple association d’adhérents individuels apparaît d’abord comme profondément appauvrissant. Cela amputerait Attac d’une partie de ce qui fait sa richesse et son succès, et la priverait d’une « force de frappe » non négligeable du point de vue de ses actions et de la diffusion de ses idées.
Pourquoi alors une telle orientation ? À l’origine, il s’agissait uniquement d’interdire aux fondateurs, très critiques sur le mode de direction et les pratiques de Jacques Nikonoff, de participer à l’élection du futur président et d’empêcher ainsi éventuellement sa réélection. Chemin faisant, le débat a pris une autre tournure : Jacques Nikonoff, dans un texte écrit pour l’assemblée générale de juin, refuse maintenant l’idée même qu’Attac puisse être un lieu de convergence, ce que Bernard Cassen admet malgré tout au détour d’une phrase dans sa tribune. Bernard Cassen pense, lui, qu’Attac est en concurrence avec ses organisations fondatrices et doit donc défendre ses « parts de marché politique ». Il est étonnant de voir comment l’imaginaire social du néolibéralisme arrive à contaminer ceux-là même qui le combattent. Avec cette vision d’Attac comme organisation à la recherche de « parts de marché », Bernard Cassen veut jeter Attac dans la logique « de la concurrence libre et non faussée » à l’opposé de la logique de la solidarité. Non seulement il n’y a pas de concurrence, mais il y a un besoin réciproque d’existence, de développement et d’articulation à construire ensemble. Il faut faire vivre Attac comme un processus de symbiose, c’est-à-dire l’association durable et réciproquement profitable entre organismes vivants.

Vouloir faire d’Attac une simple association d’adhérents individuels aurait une autre conséquence que Bernard Cassen fait semblant de ne pas voir. Le domaine d’Attac est la lutte contre la mondialisation néolibérale, et celle-ci touche de plus en plus d’aspects de la vie sociale. Le champ d’intervention d’Attac s’est donc petit à petit élargi. Quelle est, dans ce cadre, sa différence avec un parti politique ? C’est la conscience forte que la réappropriation du politique par les citoyens ne passe pas par la création d’un nouveau parti qui aurait une part de marché à conquérir et pour cela reproduirait des pratiques ayant conduit à la crise politique que nous avons devant nous. C’est l’espoir de voir émerger de nouvelles pratiques et de nouvelles alliances pour la construction d’un autre monde. Évidemment, Attac ne présente pas de candidats aux élections. Mais pourquoi ? Parce qu’Attac est justement ce lieu de convergence entre des individus et des mouvements ayant des histoires et des choix politiques électoraux d’une grande diversité.
Le fait qu’Attac joue ce rôle indispensable l’empêche de se transformer en parti politique. La remise en cause de la nature d’Attac comme lieu de convergence antilibéral, avec la mise à l’écart des organisations fondatrices, ouvrira la porte ­ que ses partisans en aient conscience ou pas ­ à une logique de parti et à la transformation progressive de notre association en parti, même si formellement l’appellation « association » est maintenue. Déjà, en 2004, au moment des élections européennes, Bernard Cassen, en liaison avec Jacques Nikonoff, avait lancé les listes dites « 100 % altermondialistes » qui se confondaient aisément, et pour cause, avec Attac elle-même. Cette initiative, montée sans débats dans le dos de l’association, avait à l’époque provoqué une crise importante.
Attac est donc doublement en danger de mort. D’abord, parce qu’une fraude électorale a brisé net une confiance déjà bien ébranlée par le développement de pratiques de direction bureaucratiques (4) ; ensuite parce que Bernard Cassen et Jacques Nikonoff essaient de construire un projet pour en finir avec une configuration qui a fait le succès d’Attac. C’est au moment où des débats essentiels et souvent difficiles traversent le mouvement altermondialiste dans son ensemble à propos des points de rupture à mettre en avant, et des modalités et alliances pour les mettre en ¦uvre, qu’un repli sectaire veut être imposé à Attac, reproduisant par là les pires erreurs des mouvements d’émancipation qui nous ont précédés. Les prochaines élections prévues au CA doivent donc être le moment d’un double choix, un choix politique doublé d’un choix moral. Les adhérents d’Attac auront dans leurs mains l’avenir d’une association qui a été « à nulle autre pareille ».

Geneviève Azam, Susan George, Jean-Marie Harribey et Pierre Khalfa

Geneviève Azam et Jean-Marie Harribey ont été élus au conseil d’administration comme représentant les adhérents individuels.
Susan George, ancienne vice-présidente, et Pierre Khalfa, secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires, ont été élus au conseil d’administration au titre des membres fondateurs.

(1) Les lecteurs intéressés peuvent se reporter à l’adresse suivante http://hussonet.free.fr/pour avoir un aperçu de la discussion sur ce point.

(2) Jacques Nikonoff et Bernard Cassen ont porté plainte en diffamation contre Thomas Coutrot, membre du conseil scientifique de l’association. Ceux qui souhaiteraient lui manifester leur solidarité peuvent signer une pétition de soutien à soutienthcoutrot@laposte.net

(3) Les lecteurs intéressés peuvent consulter utilement les contributions des trois anciens vice-présidents d’Attac et d’un certain nombre d’anciens élus du CA représentant les adhérents individuels (http://france.attac.org/rubrique.php3 ?id_rubrique=716)

(4) Un exemple parmi d’autres de ces pratiques : au début de la campagne référendaire, Jacques Nikonoff avait établi, sans même en parler au CA et au bureau de l’association, une très courte liste de personnes autorisées à intervenir dans les réunions organisées par les comités locaux ; vu le nombre de réunions à couvrir, ces personnes ne pouvaient évidemment pas répondre à toutes les demandes ; c’est d’ailleurs parce qu’un comité local s’était plaint de ne pas pouvoir avoir d’intervenants que le pot aux roses a été découvert, et il faudra plusieurs heures de « discussion » au CA d’avril 2005 pour qu’une liste comprenant toutes les personnes en capacité d’intervenir sur le sujet soit enfin montée.

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