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Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.

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Portrait de grévistes

Lorsque Monsieur SARKOZY, avec la bénédiction du Gouvernement VILLEPIN,
s'attaquait au « plus grand squat de France », il pensait boucler cette
« affaire » en un tour de main. Mal lui en a pris car malgré les violences des
expulsions, les rafles et autres expulsions qui continuent comme l'atteste
le « coup fourré » du Consulat malien ce week-end, le collectif des 1000 a
résisté à tous les assauts et est plus que jamais débout pour des papiers et
le relogement...

Engagés dans la voie d'une lutte déjà longue parce que datant au moins de
2003, les 1 000 ont été d'une patience légendaire tant leur chemin a été
fait de promesses piétinées sur fond de manouvres dilatoires et de mépris,
de pressions et d'intimidations. Ainsi, sauvagement chargés avec familles et
enfants le 17 août 2006, accueillis au gymnase « Belle Image » par Monsieur
Jean-Yves LEBOUILLONNEC, Maire de Cachan, soutenus par des organisations,
des élus et citoyens venus de partout, ils n'ont cessé de développer des
initiatives et des actions dont les échos résonnent au-delà de la France et
de l'Afrique, si l'on en juge par les messages et les visites de solidarité
venant de partout. Disons-le clairement, c'es le gouvernement qui par son
bras armé, Monsieur SARKOZY, aveuglé par la haine et le mépris, a voulu
comme il est de coutume, faire des 1000 un instrument électoral mais se
retrouve dans un bourbier dont il aurait pu se passer. C'est lui qui, dans
cette langueur estivale d'alors, a voulu se tirer la couverture dans cette
surenchère continue de dualité au sommet du pouvoir entre les deux factions
saillantes de la droite en concurrence avec l' « affront national » dont
elles sont une vulgaire copie. Il a dès lors imposé un corps à corps que
les 1000 ont toujours rejeté, préférant le dialogue et des solutions viables.
Dans ce sens, il devient incompréhensible, que les autorités, après leurs
solutions qui ne sont qu'une manière de déplacer les problèmes au lieu de les
affronter, refusent les vraies solutions même provisoires, comme ces
propositions concrètes du Conseil général et surtout de la Mairie de
LIMEIL-BREVANNES. Cela dit, même si il n'y a pas encore d'issue positive à
cette épreuve aussi difficile que dramatique, les 1000 par leur sérénité et
leur manière de prendre de la hauteur ont d'ores et déjà gagné la médaille
d'or de la dignité, pour avoir été un exemple pour l'organisation et la
mobilisation, faisant incontestablement du gymnase, un centre national,
voire international de fraternisation, de réflexion et d'actions,
entre immigrés et français dans la diversité du comité de soutien,
des élus, des citoyens pour la défense des droits de tous.



Dans cette lutte exemplaire de résistance au déni de droit faite de
chasses aux enfants, d'expulsions pour séparer épouses et enfants de leurs
maris, 6 hommes aux cursus et motivations différents mais aux revendications
partagées ont librement décidé de mettre leur vie en danger en guise de
révolte contre les injustices flagrantes qui frappent le Collectif des 1000
mais aussi tous ceux qui partagent leur sort de sans droit en ce XXIe
siècle, dans le « pays des droits de l'Homme ».



Ils sont à leur 28 ème jour de grève de la faim et ont atteint de ce fait
le seuil critique mais continuent avec courage et détermination à lutter à
leur manière pour des papiers, pour un logement au nom du Collectif des
1000.



Cette lutte dans sa généralité a directement ou indirectement continué à
participer à l'unification du mouvement des sans-papiers en particulier, du
mouvement démocratique, dans sa globalité. C'est pourquoi, il devient plus
qu'urgent de s'activer pour la régularisation de tous les sans papiers, le
retour des expulsés, l'arrêts des détentions et des expulsions, car le
mouvement des sans papiers malgré ses difficultés objectives et subjectives
n'est pas encore défait parce que refusant de se mettre à genou face à ce
gouvernement inhumain. C'est pourquoi, il y a urgence à préparer dans
l'unité les différentes initiatives en cours ou à venir.




Fait à Cachan, le 18 septembre 2006




Portrait n°1 : Seydou TOGOLA, porte parole des grévistes



Jusqu'à la fameuse journée du 17 août 2006, Seydou TOGOLA travaillait. Mais
pour faire « face à cette situation de harcèlement sans fin, de ce jeu de
cache-cache continu fait d'humiliations parce qu'étant sans-papier », il a
arrêté pour trouver une solution définitive à ce problème par la réflexion
et l'action collectives.

A la question quelle est ta nationalité, sa réponse a fusé : « Je suis né
dans ce pays où les producteurs et l'Etat n'ont aucune prise sur le cours du
coton avant, pendant et après sa production.»



Cet ancien travailleur à la Compagnie Malienne pour le Développement du
Textile (CMDT) sait de quoi il parle, lui qui a assisté de prés ou de loin
avec d'autres collègues les vagues de licenciements, de départs volontaires,
de démissions et autres tumultes qui ont secoué la vie de la Compagnie ces
dernières années, non seulement au Mali mais aussi dans toute la sous région
africaine, amenant les entreprises à mettre souvent la clef sous le
paillasson, faute de moyens face à des produits de la concurrence sauvage de
produits moins chers d'ailleurs, malgré l'ingéniosité et le savoir-faire du
personnel local.



Pour changer de vie, participer activement à la solidarité familiale et
réaliser ses propres projets, il se retrouve chez un ami avant de gagner le
bâtiment F « du plus grand squat de France ».



Cette grève de la faim est pour moi à la fois un engagement personnel,
collectif et général. Il me faut des papiers et je suis conscient que cela
n'est et ne sera possible que dans une action collective organisée et
diversifiée.



Sans préjuger de l'issue de notre action, une chose est claire : il y a eu
un « avant gymnase ». Il y aura un « après gymnase ». Que Monsieur SARKOZY
ou ceux qui pensent et agissent comme lui expulsent autant qu'ils le
voudront mais une chose est sûre : ils ne pourront pas arrêter la mer avec
leur bras tant que les rapports entre les pays riches en général et la
France en particulier ne tiendront pas compte de nos intérêts, tant que les
rapports inégalitaires et de domination qui ont prévalu continueront. »



Portrait n° 2 : O.R.



Pour des raisons qui lui sont propres et que nous respectons, O.R. n'a pas
souhaité que son identité soit affichée.



Toutefois, il a indiqué que son histoire avec sa femme est utile à conter.
Voila un monsieur qui, résidait chez un ami mais s'est retrouvé grâce à ses
compétences en robinetterie et en électricité au cour du bâtiment F tant le
Collectif ne pouvait plus se passer de ses services dans le site dont le
délabrement s'accélérait. ..



Ne pouvant pas se marier dans son propre pays du fait de pesanteurs
sociales avec celle qu'il aime, ne pouvant pas se marier dans le pays de sa
femme qui est sous le coup d'une convulsion politique inachevée mais au
racisme et aux secousses avérés, ce couple à la vie ballottée a convenu de
se retrouver en France, « pays des Droits de l'Homme et des amoureux » pour
braver les interdits insensés qui les frappaient de délit d'amour. Derrière
ce plombier vivant de petits boulots se cache un pharmacien et un
informaticien de première main qui n'attend que des papiers pour mener une
vie normale avec son inséparable femme, elle aussi Ingénieure en Mécanique
industrielle et titulaire d'une Licence en Comptabilité et Audits de
Sociétés.



Portrait n° 3 : Sékou DAFFE




Sékou Daffé était un commerçant dont les affaires marchaient bien.
Malheureusement, à trois reprises, son échoppe d'alimentation sera la cible
d'incendies aux origines inconnues. Las de cet acharnement du sort, il se
retrouve en France entre les acharnements de lois à la fois cyniques et
iniques, si ce n'est entre les mains au moins d'un marchand de sommeil,
menteur, arnaqueur et voleur.



Aujourd'hui, n'eut été cette grève de la faim qu'il assure aussi avec
beaucoup de sagesse, il serait peut-être entrain de nettoyer des vitres, de
laver des carreaux ou de mener d'autres activités du monde des BTP.



Dernièrement, avant son expulsion « du plus grand squat de France », son
cour balançait pour savoir s'il devait porter plainte ou pas contre un
ancien patron véreux et félon comme ça fait légion de nos jours (depuis les
lois SARKOZY) qui, après l'avoir employé pendant un mois et 15 jours, refuse
toujours de le payer sous prétexte qu'il n'a pas de papiers !



« Le Collectif des 1000 m'a réveillé et la faim de ces derniers temps m'a
rendu conscient d'une force que je n'avais pas soupçonné en moi .
Aujourd'hui, je suis convaincu qu'on pourra aller très loin, en plus de la
solidarité plus loin que je ne l'avais imaginé et je souhaite que cette
lutte soit un temps qui compte dans la dignité de nous autres immigrés qui
vivons en France ».



Remonté contre le Consulat du Mali qui « nous a trahi pour nous avoir
approché, donné des assurances pour parer à d'éventuelles expulsions sans
qu'on ait rien demandé, qui en a profité pour avoir nos coordonnées pour
que les nôtres se fassent expulse. Qquelle honte ! ».



Cela dit, il ne demande comme tout le monde qu'une chose : avoir ses
papiers à travers le Collectif pour continuer à vivre honnêtement et
normalement comme tout bon citoyen avec sa femme et son enfant d'un an et
huit mois..



Portrait n° 4 : Salim Z.




Salim n'a en vérité jamais demandé de papiers. En effet, aux dires de son
entourage et selon ses propres constats, il ne voulait pas participer à une
loterie administrative pour voir son dossier rejeté même si des éléments
sérieux et probants l'accompagnent. Il dit être de ce « pays où les de
généraux pillent les richesses nationales au moment où le peuple crève de
faim »



Salim a été amené d'écourter ses études dans son pays natal afin de
subvenir aux besoins familiaux en se retrouvant plus tard comme artisan du
bâtiment. A son arrivée en France et depuis, il se retrouve dans les mains
d'autres moins expérimentés, se tapant souvent tout le boulot mais se
retrouvant toujours avec moins de sou qu'eux... dont il a eu des moments à
faire bénéficier de son expérience.



Pour la grève même, il indiquera : « Il faut comprendre qu'au bâtiment F
nous vivions dans l'esprit d'une vraie famille. Cette grève est une réponse
personnelle à la détresse de mes autres frères et aux pleurs et peines de
mes sours et de nos enfants. Les épreuves que nous avons subies ensemble ces
dernières années nous ont approchées plus qu'autre chose. C'est pourquoi,
pour moi, je ne mets pas en vérité ma vie en danger pour des papiers mais
plutôt attirer l'attention de l'Etat et des différentes autorités pour plus
d'humanité car je n'ai rien d'autre à offrir comme réponse à cette détresse
humaine. Je hurle cette misère pour que ces « hauts de la haut » , ces
grands messieurs qui sont au pouvoir prennent leurs responsabilités pour
mettre fin à cette dramatique situation qui n'honore pas la France »



Portrait n°5 : Bourahima YAOUDA




« J'étais tôlier et je m'en sortais très bien et n'avais aucunement pensé
quitter mon pays pour me retrouver en France ou ailleurs. Mais tout d'un
coup, le pays a basculé dans un état de transe surréaliste et de divisions
ethnique, géographique, politique.



Menacé de mort, j'ai tout lâché pour me retrouver ici. Apparemment, ce pays
qui a connu une sérieuse nuisance politique différemment appréciée connaît
aujourd'hui une affaire de déchets toxiques comme pour ne pas arranger les
choses. Qui n'aime pas son pays ? Est-ce que parce que je serais musulman et
que tel autre serait d'une autre religion que nous n'avons pas le droit de
vivre, de vivre ensemble ? La France ne devrait-elle pas s'interroger sur sa
politique dans notre pays où il ne fait plus bon vivre à cause de la haine
qui a été installée entre compatriotes qui ont toujours vécu ensemble ? Tout
ça à cause de la politique politicienne, tout ça à cause de la politique de
la France dans notre pays, tout ça à cause de la « Françafrique »



Comme tous les autres, j'aspire à une vie normale et demande ma
régularisation et celle des autres : les autorités seront responsables de ce
qui m'arrivera car m'a vie a été gâché là-bas et elles veulent m'empêcher de
vivre ici. Des papiers pour tous ! »



Portrait n° 6 : Ramdane HAMADI



Ramdane était administrateur dans une société d'Etat. Refusant de
participer aux « jeux » de magouilles et de vol, il a été mis au placard
pour ne pas avoir participé à ces systèmes de concussion et de corruption
bien rôdés comme on en voit un peu partout dans les pays sous-développés.



Déçu de ces pratiques, où il argue qu' « il ne peut y avoir de corrompus
sans corrupteurs », il démissionne et se met à son propre compte mais, pour
gagner des marchés, il fallait verser des bakchichs.



Finalement, il plaque tout et se retrouve en France attiré qu'il a été par
les valeurs de « Liberté », d' « Egalité » et « Fraternité ».



Mais très vite, il se rendra compte que la France est en réalité
l'original de la situation de photocopie que je pensais m'être départie
depuis l'Algérie.



Pourquoi, bloquer les régularisation et vouloir nous donner en offrande au
patronat ? Pourquoi, les organisations même celles qui se réclament des
travailleurs ne voient en nous que des immigrés alors que nous sommes quand
même des travailleurs aussi? Est-ce que nous nous sommes plus une
composantes du monde du travail ? Doit-on laisser faire pour que après nous,
ils s'attaquent aux droits des autres, français ou pas ?



Tout cela cache des choses pas très clair et je me pose beaucoup de
questions. Mais rien ne pourras me faire dévier pour la défense de nos
droits élémentaires pour les papiers, le logement, l'école, le travail.
Sinon cela signifierait que la barbarie s'est installée et a même gagné.
Cela signifiera la fin de la civilisation... »

Dossier réalisé par Sékou DIABATÉ
Président de Initiatives et Actions Citoyennes pour la Démocratie et le Développement
avec l'accord des grévistes de la faim.
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