Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.
J'en appelle - une fois de plus - à l'abnégation de tous.
Il est grand temps qu'Attac reparte du bon pied.
René Passet, le 23/08/06
Nous avons adhéré à Attac parce qu'un idéal commun nous rassemble, celui de construire un autre monde. Par la diversité de nos origines, de nos cultures, de nos histoires politiques, syndicales, professionnelles ou familiales, nous savons que le monde dans lequel nous vivons porte en germe des risques majeurs pour l'avenir même de l'humanité.
« L'autre monde » que nous voulons est un monde humaniste, juste, démocratique et pacifique, solidaire et diversifié, fondé sur de vastes échanges culturels, sur une économie mise au service de tous, et sur la préservation des équilibres entre les besoins humains et les ressources de la planète.
Antimondialiste, marquant d'abord sa critique radicale de la marchandisation généralisée, notre mouvement est devenu altermondialiste en proposant, dans le cadre des forums sociaux mondiaux et continentaux, des alternatives économiques et politiques de plus en plus crédibles.
Au sein de ce mouvement mondial, Attac a essaimé dans plus de quarante pays et en centaines de comités. Dans toute son originalité, sa diversité, son implantation, il est devenu un outil indispensable des luttes d'aujourd'hui et de notre espoir de voir se développer une autre société humaine.
Cet outil unique est aujourd'hui discrédité en France, paralysé, menacé de départs massifs, au bord de la cessation de paiement et d'une scission.
Les instances nationales, le CA actuel et le précédent, se sont englués dans des combats de pouvoir et de procédure, dans des rivalités totalement étrangères à nos idéaux, ont mené l'association à une faillite publique et n'ont pas su se placer à la hauteur du rôle international qu'Attac doit tenir. De surcroît, une crise éthique il y a encore peu inimaginable, secoue l'ensemble de l'association, à la suite d'une fraude électorale avérée ; ceci constitue un passé condamnable qu'elle devra assumer.
Ce traumatisme concerne autant l'insincérité du scrutin que le manque de démocratie interne et la dégradation des rapports humains qui l'ont longtemps précédé. Au-delà d'élections nécessaires et indiscutables, seule une réforme radicale pourra permettre de le surmonter.
Cette crise majeure doit être resituée dans le cadre des enjeux auxquels le mouvement social dans son ensemble est confronté. Devenir réellement altermondialiste aujourd'hui, c'est prendre pleinement en charge la question de la mondialité, celle de l'émergence d'une lutte contre toutes les formes de domination et de destruction humaine et écologique, à commencer par la captation des richesses, mais aussi du pouvoir. C'est donc aller au-delà du seul combat contre le néo-libéralisme.
Si Attac veut assumer son évolution « généraliste », retrouver une crédibilité aux yeux de ses adhérents et de l'extérieur, elle doit se hisser à un niveau d'exigence qui s'applique d'abord à elle-même, ce qui suppose qu'elle construise, par une redéfinition de ses rapports au pouvoir, une qualité démocratique et relationnelle cohérente avec ses propres objectifs. C'est une refondation que nous proposons au débat.
Au-delà du fait, réaffirmé ici, qu'Attac n'est pas un parti politique et ne présente pas de candidat à quelque élection que ce soit, cette refondation implique des points de rupture.
ð Le premier concerne la finalité même d'Attac.
Refusant l'alternative qui nous est présentée comme indépassable, nous disons qu'Attac doit en même temps construire un projet indépendant et constituer un lieu ouvert de rencontres, d'action et de débats permanents avec le mouvement social et citoyen.
Sans projet spécifique, Attac n'a ni existence ni finalité. Ce projet peut s'exprimer en trois volets :
· Attac élabore des analyses critiques de la société, et son domaine ne peut plus se limiter à celui de la mondialisation financière, mais s'étend à l'ensemble des aspects politiques, économiques, culturels et écologiques de notre monde.
· Attac propose des alternatives et expérimente de nouvelles formes d'action, en montrant que d'autres structures et d'autres modes de fonctionnement sont nécessaires et possibles. Le Manifeste devient alors un chantier permanent se situant bien au-delà du cadre actuel. Son élaboration devient une dynamique permanente entre les comités locaux et les instances nationales, entre les Attac des différents pays, entre les analyses théoriques et les pratiques, ceci pour répondre à un objectif d'efficacité à court terme autant qu'à une réflexion politique à long terme.
· Attac mène une réflexion prioritaire sur la nature et le sens même de sa fonction d'éducation et d'information populaire, et sur les moyens les plus adaptés de la mener.
Dans le même temps, Attac, évidemment proche des organisations altermondialistes, doit être acteur international du mouvement social. Ce rôle local et global, de composante et de plate-forme de convergence, est indissociable de l'élaboration d'un projet propre à l'association.
Toute opposition entre ces deux aspects est contraire à la nature même d'Attac et à son originalité.
ð Le deuxième point de rupture intéresse les élections internes.
La préservation de notre diversité et de notre capacité à agir ensemble, exclut tout autant l'occultation des divergences que leur transformation en « courants » antagonistes.
La présentation de « textes d'orientation », signés par ceux-là même qui ont amené notre association au bord du gouffre, ne peut aboutir qu'à officialiser des tendances et à leur permettre de « se compter ». Ce n'est pas la condition d'un débat constructif et démocratique.
Nous savons où mène le combat du « bien » contre le « mal » ; nous refusons cette logique mortifère d'affrontement, donc toute « liste » élective. Outre la garantie d'un dépouillement conforme à l'exigence éthique la plus élémentaire, nous demandons que les prochaines élections ne se tiennent pas sur la base de textes pré-établis, mais sur celle de réponses des candidats à un questionnaire élaboré par les adhérents. Nous proposons que ce questionnaire concerne la finalité et le fonctionnement d'Attac, son activité à court et à long terme, et prenne en compte les résolutions votées par les adhérents. Par ailleurs, l'intérêt prioritaire d'Attac devrait conduire les principaux acteurs des affrontements actuels, manifestement incapables de poursuivre une activité commune, à la décision de ne pas se présenter au suffrage des adhérents.
ð Le troisième point de rupture concerne l'organisation et le fonctionnement d'Attac.
La structure d'Attac doit correspondre au rôle actuel de ses adhérents ; elle doit être compréhensible par tous, et les responsabilités doivent être clairement définies, ce qui constitue déjà une rupture radicale.
Le fonctionnement interne d'Attac devrait au moins refléter les principes démocratiques que nous préconisons pour la société elle-même : démocratie représentative contrôlée (sur le plan des mandats comme sur le plan financier), démocratie participative, démocratie directe, séparation des pouvoirs et contre-pouvoirs institutionnels (fonctions d'alerte et d'arbitrage).
Il n'est pas question ici de définir de nouveaux statuts, mais d'en proposer quelques principes à la discussion :
· le conseil d'administration met en ouvre les orientations décidées par l'AG souveraine ; il est composé des représentants des adhérents. Le CA est partiellement renouvelé chaque année.
· une structure claire, de proposition et de contre-pouvoirs, pourrait être constituée de conseils :
- un conseil des organisations adhérentes, pourrait proposer à l'AG et au CA ses analyses politiques et stratégiques, ses propositions d'alliance et de positionnement du mouvement,
- le conseil scientifique est l'indispensable outil d'analyse, d'explication et de propositions alternatives,
- le conseil des comités locaux, a pour rôle de renforcer le réseau des comités et de développer les liens nécessaires entre eux et l'ensemble de la structure,
- un conseil des sages, dont chaque adhérent pourrait demander la saisine en cas de contestation.
· Les modalités d'élection, de désignation, ou de tirage au sort des membres des conseils, sont à définir spécifiquement pour chaque instance, de même que la limitation du nombre de mandats successifs et leur durée.
· Les adhérents peuvent demander la mise à l'ordre du jour de sujets, si la demande recueille un pourcentage minimum de signatures (référendum d'initiative populaire).
· Le CA, le conseil des organisations et le conseil des comités peuvent exercer un droit d'alerte et demander qu'une décision soit confirmée (vote à la majorité renforcée ou consultation des adhérents).
· Le CA rend compte de son action à chaque réunion du conseil des comités (ce qui est prévu dans la charte de la CNCL actuelle, mais non appliqué).
· Un processus d'élaboration participative du budget d'Attac est mis en place. Le contrôle financier est exercé par l'ensemble du CA qui donne collectivement les autorisations de dépenses ; les comptes, régulièrement actualisés, sont accessibles aux adhérents.
· Les réunions des différentes instances sont librement ouvertes aux adhérents, qui peuvent y assister en observateurs.
ð Le quatrième point de rupture est sans doute le plus ambitieux.
Il se situe dans un projet de construction collective, permanente, expérimentale, d'une démocratie durable. La construction, l'expression et le traitement volontaire des « désaccords », peuvent devenir extrêmement féconds sur des sujets aussi décisifs que la décroissance, l'écologie, la question sociale, l'énergie, les indicateurs socio-économiques, la laïcité, l'Europe, et bien d'autres encore. La construction d'un nouveau rapport au pouvoir est une potentialité que ni le syndicalisme, ni les partis politiques, ni les associations globalistes ne se sont révélées capables de mettre en ouvre. Ce pourrait être l'un des atouts majeurs d'une Attac refondée, et grande ouverte à toutes celles et tous ceux qui aspirent à un « autre monde possible ».
Ce texte a pour but de constituer la base d'un débat que nous lancerons lors de la prochaine CNCL, dans l'atelier n°8 qui aura lieu le samedi 30 septembre de 17h15 à 19h. Nous souhaitons ainsi que la CNCL puisse exprimer la volonté des adhérents, émettre des propositions crédibles et fortes, et amorcer un processus démocratique de reconstruction.
Nous voulons nous réapproprier ensemble l'avenir de notre mouvement.
Dans le sursaut auquel nous aspirons tous, nous exprimons notre détermination de construire
une Attac qui soit à l'image du monde que nous voulons et des principes que nous défendons.
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Ce texte, élaboré collectivement, ne constitue ni un acte de candidature, ni une quelconque « liste », à quelque élection que ce soit :
Michel Berger(92), Bernard Blavette(92), Patrick Braibant(77), Guy Chauveteau(92), Jean-Michel Cosso(61), Luc Douillard(44), Jean-Pierre Gaillet(91), Nelly Gelly-Cornillié(92), Guy Gourevitch(92), Etienne Lecomte(75), Didier Minot(78), Jean-Pierre Ronco(91), Patrick Viveret(92), Josée Weber(94)
27 septembre 2006