1329-1337 La victoire de Cassel donnait à Philippe un prestige qu'il jugea suffisant pour exiger d'Édouard III d'Angleterre que celui-ci vînt lui rendre hommage comme son vassal pour la Guyenne et la Gascogne. Lié par la loi féodale, Édouard se soumit à cette exigence, en venant faire hommage à son suzerain, à Amiens ; mais il prédit qu'il se vengerait de cette humiliation. En effet, il s'assura le concours du comte de Hainaut, de l'empereur Louis de Bavière, du duc de Brabant et de Jacques Artevelde, échevin de Gand et des communes de Flandre. Puis, à l'instigation de Robert d'Artois (beau-frère de Philippe), il réclama de nouveau le trône de France. Prévenu de la naissance de cette coalition, Philippe crut bon de prendre les devants en faisant saisir quelques places en Guyenne et en Flandre. Ce furent les premiers faits de guerre de la longue période qui devait être appelée guerre de Cent ans (1337-1453). Rappelons que les causes lointaines de ce long conflit furent : la conquête de l'Angleterre par Guillaume de Normandie ; le divorce de Louis VII avec Éléonore d'Aquitaine (ou de Guyenne) qui épousa ensuite Henri Plantagenet futur roi d'Angleterre et lui apporta en dot une grande partie de la France ; enfin, en tout dernier lieu, les prétentions d'Édouard III à la couronne de France.
Bataille de l'Ecluse
1337-1453 Guerre de Cent ans. La guerre de Cent ans n'a pas consisté en une suite ininterrompue de batailles ; elle a été une longue série d'actes hostiles de part et d'autre, entre lesquels s'écoulent des pauses plus ou moins longues de paix armée. On la divise en quatre périodes : la première est malheureuse pour la France (Philippe VI et Jean le Bon) ; la deuxième est marquée par les succès des Français (Charles V) ; la troisième voit revenir, pour les Français, les revers de toute sorte : la France est à moitié conquise par les Anglais (Charles VI) ; la quatrième et dernière est la période de revanche glorieuse dont Jeanne d'Arc est le plus éclatant personnage (Charles VII). La guerre de Cent ans, en réalité de cent quinze ans, se termine par les victoires françaises de Formigny en 1450 et de Castillon en 1453, par lesquelles les Anglais sont définitivement expulsés de France.1340 Les hostilités, commencées par Philippe VI par la saisie de villes en Guyenne et en Flandre, eurent pour second acte la bataille navale de l'Écluse, dans laquelle la flotte française fut anéantie par les flottes conjuguées de l'Angleterre et de Flandre.
les chroniques du XIVe siècle de Jean Froissart (miniature de la bataille de l'Ecluse)
1341-1385 Guerre des Deux Jeanne ou de Bretagne. Jeanne de Penthièvre (femme de Charles de Blois) et son frère Jean de Montfort (mari de Jeanne de Flandre) se disputent le duché de Bretagne dont le dernier duc leur oncle, vient de mourir sans héritier direct.Philippe VI prend le parti de Jeanne de Penthièvre, Édouard III celui de Jean de Montfort (Jeanne de Flandre). Tous les deux en appellent aux armes : cette guerre de quatorze ans a pris le nom des femmes des prétendants à cause du rôle actif qu'elles y jouèrent ; elle se termina par le traité de Guérande, en vertu duquel la Bretagne restait à la maison de Montfort, la maison de Penthièvre recevant en compensation la vicomté de Limoges.1346 Cependant la guerre ne cessait point entre les deux principaux ennemis. En 1346, Édouard III, conseillé et dirigé par le traître Geoffroy d'Harcourt, envahit la France. Philippe marcha à sa rencontre et lui livra bataille à Crécy, où les Anglais firent, pour la première fois en Europe, usage de la poudre et des canons ; les Français y furent complètement défaits. C'est à cette bataille que fit ses premières armes le fils aîné d'Édouard III qu'on surnomma le Prince Noir, à cause de la couleur de son armure.1347 En 1346 et 1347, Édouard III fit le siège de Calais, dont la population lui résista pendant onze mois. Exaspéré par cette résistance, il jura de la passer au fil de l'épée ; la famine ayant obligé les habitants à capituler, il eût mis sa menace à exécution, sans les instances de sa femme, Philippine de Hainaut, qui obtint non seulement la grâce des Calaisiens, mais encore celle de cinq notables qui, conduits par Eustache de Saint-Pierre, venaient se livrer à lui, ayant offert leur vie pour sauver celle de leurs concitoyens. La ville de Calais devait rester deux cent dix ans aux mains des Anglais, auxquels elle ne fut reprise qu'en 1558 par le duc de Guise.
Les Bourgeois de CalaisSculpture bronze (entre 1884 et 1895)Auguste RodinMetropolitan Museum of Art
1349 Philippe VI acquiert de Humbert II le Dauphiné, à la condition que dans l'avenir, le fils aîné du roi de France portera le titre de dauphin ; par la suite, le titre passa aux fils aînés des dauphins, lorsque ceux-ci mouraient sans avoir régné. En cette année meurt Jeanne, reine de Navarre, fille de Louis le Hutin. Son fils, Charles le Mauvais, lui succède.
1350 Mort de Philippe VI. Il avait épousé en premières noces Jeanne de Bourgogne, fille du duc Robert II ; en secondes noces, Blanche, fille de Philippe d'Évreux, roi de Navarre. Tant par ses mariages que par son accession au trône et ses négociations, il ajouta au domaine royal, outre le Dauphiné, la seigneurie de Montpellier, les duchés de Valois, d'Anjou et du Maine. Philippe VI laissait le souvenir d'un souverain incapable et d'un prince hautain : il imita à plusieurs reprises Philippe le Bel en altérant les monnaies et institua sur le sel l'impôt dit de la Gabelle.
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La taxation du sel : la Gabelle
La gabelle vient d'un mot d'origine arabe KABALA qui signifie taxe. Au départ ce mot s'appliquait à toutes les taxes prises sur les produits de consommation. En Franc, le mot est réduit au sel. Le développement du commerce du sel suscita l'intérêt des hommes de pouvoir et on instaura ainsi un impôt spécifique appelé la gabelle. En Franche-Comté, le commerce du sel fut d'abord exempt de droit. Mais peu à peu, les impositions sont apparues.
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Allégorie sur le paysan "né pour la peine"
(extrait : Les chemins du sel de Gilbert Dunoyer) A la fin du XIV siècle, Philippe le Hardi qui régnait à l'époque sur la Franche-Comté décida d'appliquer dans cette province une gabelle sur le sel afin de restaurer les finances ducales mises à mal par les fortes dépenses .
Pendant quatre siècles et demi, de Philippe de Valois à Louis XVII, la gabelle du sel fut appliquée dans le royaume de France. Le roi était considéré comme le propriétaire du sol et ainsi, il pouvait contrôler les matières premières et en même temps les eaux salées. Avec les impôts, le roi de France voulait se donner le monopôle sur la vente du sel. La vente du sel fut donc contrôlée par un corps d'officiers royaux dits "les grenetiers", mais les contribuables étaient tenus également de consommer annuellement le "sel du devoir" c'est à dire une certaine quantité de sel. La perception de cette gabelle n'était pas uniforme. Aux XVII et XVIIIe siècle, on pouvait distinguer :
-les pays francs : ils étaient exempts d'impôts soit parce qu'ils avaient été dispensés lors de leur réunion récente au royaume, soit parce que c'était des régions maritimes.
-les pays rédimés qui avaient acheté par un versement forfaitaire une exemption à perpétuité de la gabelle.
-les pays de salins où l'état producteur de sel pouvait percevoir directement son profit en majorant les prix de vente ce qui rendait la gabelle presque inexistante.
-le pays de quart-bouillon, le sel y était non par dessèchement, mais dans des sauneries particulières où l'on faisait bouillir le sable imprégné de sel de mer ; ces sauneries versaient le quart de leur fabrication dans les greniers du roi.
-les pays de petite gabelle, où la vente du sel était assurée par les greniers à sel, mais où la consommation restait généralement libre.
-les pays de grande Gabelle : on devait y acheter obligtoirement une quantité fixe annuelle de "sel du devoir", ce qui transformait la gabelle en un vrai impôt direct.
Renforcée par Colbert, l'organisation de la gabelle arriva à son apogée 1680. Il instaure un véritable code fixant toutes les modalités de perception de l'impôt, son montant, les peines qui seraient appliquées aux contrevenants. Il obligea les Français à s'approvisionner obligatoirement dans les greniers royaux. Les mesures prises par Colbert portèrent le prix du sel à vingt fois son prix. La Gabelle fera des ravages jusqu'en 1790. Par conséquent, les populations ne voulurent plus payer cet impôt. Alors petit à petit, une contrebande s'est mise en place avec les faux-sauniers qui sévissaient entre les pays où le sel était cher et ceux où il ne l'était pas. Ce système de gabelle normalement applicable à tous officiellement ne l'était pas. En effet, le clergé, la noblesse, les membres de l'université, les officiers royaux y échappaient en bénéficiant du "franc salé" qui leur permettait d'acheter le sel à un prix inférieur au tarif. Le sel se trouvait détourné des salines ou il était volé lors de son transport ou directement à l'intérieur des salines malgré la surveillance.
Pour se prémunir contre cette fraude et reconnaître facilement le " vrai" du " faux sel", les autorités firent fabriquer le produit d'une manière différente selon les régions où il sera commercialisé. Le poids, la forme, la grosseur des salignions varièrent au départ des salines. On y fit apparaître soit les armes du duché et d'autres marques précises. Les faux sauniers furent punis de différentes manières : année de galère, peine de mort.
Pillage et massacre du côté de l'hôtel de Guyenne par les parisiens menés par Simon Caboche en 1413 (extrait : Les chemins du sel de Gilbert Dunoyer)
Au Moyen-Age, en Franche-Comté, le faux saunage fut appelé " mesvandaige". Au XVIII siècle, les canalisations amenant l'eau salée de Salins vers Arc-et-Senans furent souvent percées et la saumure traitée en cachette dans des ateliers clandestins. Bien que la gabelle fut très impopulaire, l'Etat ne voulait y renoncer car elle apportait richesse au pays. Il faudra attendre1790 pour que cette Gabelle soit abolie par l'assemblée constituante.
Carte représentant les différents régimes la gabelle.***************************************************************************************
1350-1355 Avènement en 1350 de Jean II le Bon (fils du précédent). il régnait depuis peu de temps lorsqu'il fit exécuter sans jugement le connétable Raoul, comte d'Eu, parce qu'il le soupçonnait d'intelligences avec la cour d'Angleterre : il donna la charge devenue ainsi vacante à son favori Lacerda que, peu après, Charles le Mauvais fit assassiner. Par représailles, Jean profita de l'occasion d'un banquet à Rouen pour faire saisir Charles qui fut emprisonné, et un certain nombre de ses compagnons que l'on décapita séance tenante. Le mécontentement que cet événement causa aux Anglais, dont Charles était l'allié, s'aggrava de l'échec subi dans le Combat des Trente par les champions anglais. On a donné ce nom à un combat que livrèrent en 1351, près de Ploërmel, trente chevaliers français, tenants de Charles de Blois, commandés par Beaumanoir de Josselin, à trente chevaliers anglais commandés par Richard Benborough, qui furent vaincus. La reprise de la guerre avec l'Angleterre devenait inévitable. En 1355, Jean le Bon convoqua les États généraux pour leur demander des subsides pour la soutenir. Le Prince Noir débarqua à Bordeaux à la tête d'une armée.1356-1357 Bataille de Poitiers en 1356 (livrée à Maupertuis), dans laquelle les Français furent battus par les Anglais et le roi Jean fait prisonnier et emmené à Londres. Le dauphin Charles, régent pendant la captivité de son père, réunit à deux reprises (1358-1357) les États généraux pour leur demander de nouveaux subsides destinés à entretenir une armée pour défendre le territoire pendant la captivité du roi. Les États, dirigés par Robert Le Coq, évêque de Laon et Étienne Marcel, prévôt des marchands, firent preuve d'une vive hostilité envers la couronne : ils accordèrent néanmoins les subsides demandés ; mais à la condition qu'une commission de trente-six membres, nommée dans leur rein, aurait le contrôle de leur emploi.1358 A la faveur de ces événements éclata le mouvement populaire appelé la Jacquerie, du nom de Jacques sous lequel on désignait par dérision les paysans. Ceux-ci, exaspérés par les longues misères résultant de l'invasion de la France par les bandes anglaises, se soulevèrent contre l'autorité royale et contre leurs seigneurs, dont ils pillèrent et brûlèrent les châteaux. Cette révolte fut durement réprimée et échoua misérablement. Pendant ce temps, le pays était dévasté par les Grandes Compagnies, bandes formées, pour la plus grande partie, des mercenaires étrangers qui avaient fait partie de l'armée du roi Jean, défaite à Poitiers, et avaient été licenciés sur place, et probablement sans solde. Gens de sac et de corde, ils ne vivaient que de pillage dans les pays qu'ils parcouraient en tous sens jusqu'à ce qu'ils n'en pussent plus rien tirer. Les méfaits de ces bandes, en révélant le danger qu'il y avait à faire défendre le territoire national par des mercenaires étrangers dont on ne pouvait plus ensuite se débarrasser, furent sans doute une des raisons pour lesquelles les États généraux de 1357 votèrent la création d'une armée permanente de 30 000 hommes.Cette année 1358 fut encore marquée par une insurrection des habitants de Paris contre le dauphin Charles, qui faisait percevoir des impôts sans l'autorisation des États généraux.*************************************************************************************** Le 21 mai 1358, une centaine de paysans du Beauvaisis se réunissent en bande et s'en prennent aux maisons de gentilshommes et aux châteaux de la région, violant et tuant allègrement les habitants, brûlant les demeures. Leur révolte s'étend très vite à la paysannerie du bassin parisien.
C'est le début de la plus grande des «jacqueries» qui ont ensanglanté les campagnes françaises au Moyen Âge. Ces révoltes sont ainsi nommées d'après l'appellation de Jacques ou Jacques Bonhomme donnée aux paysans. Leurs participants ne sont pas de pauvres hères. Au contraire, ils figurent parmi les paysans aisés de l'une des régions les plus riches d'Europe. Leur révolte est motivée par la crainte d'être spoliés par les seigneurs et les bourgeois. Depuis l'épidémie de Grande Peste qui a ravagé l'Occident dix ans plus tôt, ils sont en situation de mieux faire valoir leurs droits, les seigneurs étant partout en quête de main-d'oeuvre pour remettre en culture les terres abandonnées. Or, la noblesse française est laminée par les Anglais à la bataille de Poitiers. Le roi Jean II le Bon est prisonnier à Londres. Paris est sous la coupe d'Étienne Marcel, le prévôt des marchands, en révolte contre l'héritier de la monarchie. Les paysans ne supportent pas que les nobles, défaits au combat et ayant souvent fui de façon très lâche devant les Anglais, fassent maintenant pression sur eux pour leur extorquer de nouvelles taxes. C'est dans ces conditions que survient la Grande Jacquerie du Beauvaisis. Sous l'impulsion d'un certain Guillaume Carle, elle rassemble en quelques semaines 6000 paysans. Elle obtient même le soutien d'Étienne Marcel. Mais les nobles commandés par Gaston Phoebus, comte de Foix, puis par son rival, le roi de Navarre Charles le Mauvais, écrasent les Jacques à Clermont-sur-Oise le 10 juin 1358. Les chefs des révoltés sont impitoyablement torturés et exécutés. Ce drame ne met pas pour autant un terme aux révoltes paysannes. D'autres surviendront tout au long des décennies suivantes, notamment en Angleterre, en 1381, sous la conduite de Wat Tyler, et en Hongrie. ***************************************************************************************1360 Traité de Brétigny par lequel l'Angleterre rendait la liberté au roi Jean moyennant une rançon de trois millions d'écus d'or ; et la France renonçait à tous droits sur la Guyenne, le Ponthieu et les villes de Guînes et de Calais. Jean le Bon rentra en France, laissant son second fils, le duc d'Anjou, en otage à Calais, jusqu'au paiement de la rançon, mais le jeune prince s'étant évadé, le roi vint reprendre à Londres sa captivité, par respect dit-il de sa parole, et surtout, disait-on, parce que la captivité lui était douce.1361 Jean le Bon fonda la deuxième maison de Bourgogne, en donnant cette province en apanage à son quatrième fils, Philippe le Hardi, qui avait bravement combattu à ses côtés à Poitiers. Cette maison, qui devait s'éteindre en 1477, fut successivement représentée, après Philippe le Hardi, par Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire. La première maison de Bourgogne était issue de Robert le Pieux.1362 Édouard III donne à son fils, le Prince Noir, le duché d'Aquitaine, avec Bordeaux pour capitale.

Portrait du Prince Noir, Cassell's History of England, 1902
Édouard de Woodstock, dit le Prince noir, prince de Galles, prince d'Aquitaine, duc de Cornouailles et comte de Chester
1364 Mort de Jean le Bon à Londres, en captivité. Il avait épousé Bonne de Luxembourg, dont il eut Charles V qui lui succéda, et Philippe le Hardi qu'il fit duc de Bourgogne.Avènement de Charles V (né en 1337) surnommé le Sage, tant à cause de son savoir que de la prudence avec laquelle il gouverna. Le règne s'ouvrait dans de mauvaises conditions. Charles sut s'entourer d'hommes de valeur et arriva à surmonter toutes les difficultés résultant des règnes précédents. Il eut surtout à lutter contre Charles le Mauvais, roi de Navarre, Pierre le Cruel, roi de Castille, les Grandes Compagnies et les Anglais. Son meilleur général fut le Breton Du Guesclin (né en 1320). Il laissa la France relativement prospère.Victoire de Du Guesclin à Cocherel, sur Jean de Grailly, Captal de Buch, qui commandait les troupes de Charles le Mauvais. Bataille d'Auray (épisode de la guerre de Bretagne ou des Deux Jeanne), dans laquelle Jean de Montfort battit son rival Charles de Blois qui y fut tué, et fit prisonnier Du Guesclin qui d'ailleurs racheta peu après sa liberté. Premiers établissements français à la Côte d'Afrique (les Dieppois en Guinée et au Sénégal).
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Au service du roi Jean le Bon, il attaque et rançonne les Anglais qui s'aventurent dans la forêt de Brocéliande, en Bretagne du Nord. La guerre de Cent Ans vient de commencer. Bertrand réinvente le harcèlement des troupes par ruses et subterfuges, qu'on appelle aujourd'hui guérilla et qui, de tout temps, sut faire échec aux armées les plus puissantes. Il devient vite la terreur des occupants qui l'ont surnommé « le Dogue noir de Brocéliande ».
Ces débuts épiques ont mené du Guesclin vers la gloire. A trente-sept ans, le voilà chevalier, seigneur de la Motte Broons, capitaine ... Elles sont loin les années de maquis, mais les Anglais craignent plus que jamais ce petit homme « de grosse et rude taille » dont le nom devient célèbre dans toute la France. Il reste le plus sûr atout du Dauphin (futur Charles V), qui a pris la régence du royaume en l'absence de son père, le roi Jean le Bon, retenu prisonnier à Londres.
L'Anglais n'accepte de restituer son otage que contre espèces sonnantes et trébuchantes. De plus, il en profite pour accuser Bertrand de trahison et demande un duel, pour le soumettre au jugement de Dieu ... histoire de prouver, par la même que le Breton n'est pas si invincible que cela ! La place du Marché, à Dinan, est alors transformée en champs clos où vont s'affronter les deux adversaires, pour la plus grande joie des populations avoisinantes. On a confiance en Bertrand qui a déjà fait mordre la poussière à tant d'Anglais ... mais cette fois, il a affaire à forte partie : Thomas de Canterbury est renommé pour sa puissance au combat.
Aussi est-ce avec un rien d'inquiétude que l'on voit pénétrer en lice un Bertrand portant sur son armure la tunique aux couleurs des Du Guesclin : aigle noir à deux têtes sur fond blanc barré d'une diagonale rouge. Les deux chevaliers jettent leurs destriers l'un contre l'autre, et bientôt jaillissent des étincelles dans le fracas des épées contre les armures et les écus. Bertrand tombe à terre, au grand dam de la foule anxieuse ; Sans attendre qu'il se relève, Canterbury pousse son cheval à la charge. Mais le Breton a tout de même eu le temps d'envoyer promener une partie de son lourd harnachement, ce qui le rend plus libre de ses mouvements. Il désarçonne son adversaire qui n'en peut plus, lui ôte son heaume et commence à l'assommer de ses mains gantées de fer. C'en est fini du présomptueux.
Les années passent : Bertrand n'a pas le temps de s'occuper de lui-même. Plusieurs fois fait prisonnier par les anglais, il a dû payer rançon pour être libéré ; mais il a aussi délivré Rennes, Melun, Ploërmel, ce qui lui vaut d'être nommé gouverneur de Pontorson par le Dauphin. Voilà Du Guesclin seigneur en son château, capitaine souverain pour le duché de Normandie, vassal mais aussi ami personnel du Duc de Bretagne. Et c'est cet ami haut placé qu'il prie d'intervenir pour réaliser son alliance avec Tiphaine Raguenel.
La famille de la jeune fille est flattée d'une telle demande : voilà où sa bravoure a mené le petit Breton ! Et Tiphaine « au clair visage » se prend à aimer celui qui veut conquérir la gloire pour ses beaux yeux. Mais, dans les semaines qui précèdent son mariage, Bertrand est donné en otage par son suzerain aux Anglais, en gage d'une nouvelle trêve. Bertrand n'accepte qu'à condition d'être libéré au bout d'un mois : il est bien décidé à ne laisser aucun impératif, royal ou pas, empiéter sur sa vie privée. Cependant, le mois écoulé, son geôlier, Guillaume Felton, refuse de le laisser partir. Comme il a tout de même droit aux promenades à cheval, Bertrand en profite un jour pour lancer sa monture au triple galop et ainsi s'échapper. Cette fois, c'est pour lui-même qu'il se hâte : sa bien-aimée l'attend ; il lui tarde de la revoir enfin, celle qui lui est restée fidèle des années durant, sûre qu'elle serait un jour sa femme.
Les noces sont célébrées en grande magnificence à Dinan, au milieu d'une liesse indescriptible : Bertrand du Guesclin est si populaire ! Toute la noblesse de Bretagne est également présente. Puis Bertrand à Auray doit prêter main forte à son suzerain, le duc de Bretagne. Le résultat ne se fait pas attendre : l'armée est défaite, le duc tué et Bertrand prisonnier après, il est vrai, s'être battu furieusement ; il a tout de même fini par céder aux injonctions de son vainqueur : « Messire Bertrand, au nom de Dieu, rendez-vous ! Vous voyez bien que la journée n'est pas vôtre! »
Mais, les lois de la chevalerie ont parfois de quoi vous mettre du baume au cœur : en s'engageant sur l'honneur à ne point reprendre le combat que lorsqu'il aura entièrement acquitté sa rançon, Bertrand est mis en liberté provisoire et peut donc rejoindre sa femme à Pontorson.
L'inactivité forcée de son mari aurait pu être une aubaine pour la jeune femme, mais elle a assez de cœur pour ne pas se réjouir trop fort : après tour, il est malheureux de ne pouvoir voler au secours de son roi qui en a pourtant bien besoin. Bertrand est prisonnier en son propre château et, pour Tiphaine, la gloire de son seigneur compte plus que son propre bonheur.
Finalement, c'est le roi Charles V, le Sage, qui paiera la dette de son fidèle vassal. Un mois plus tard, Bertrand a levé son armée ; il peut donc partir à la conquête de la France. Tiphaine lui donne sa bénédiction : « Sire, par vous ont été faits commencés, et par vous seulement, en nos jours, doit être France recouvrée. »
Il se trouve en Poitou lorsqu'il apprend qu'elle est morte, dans l'isolement, comme elle a vécu, discrète compagne d'un homme qui était parti à la conquête de la gloire pour que l'on oublie sa laideur. Du Guesclin lui survivra sept ans, volant de victoires en triomphes pour s'éteindre quelques semaines seulement avant son roi, Charles V. Le 13 juillet 1380 à Châteauneuf-de-Randon en Auvergne. Il fut emporté par la maladie pendant le terrible siège de la ville. A l'expiration de la trêve, le gouverneur de la ville vint symboliquement déposer les clefs de la cité sur son cercueil.
De Tiphaine, Guyard de Berville a dit qu'elle fut une incomparable femme, « dont le plus grand éloge est d'avoir été digne de Bertrand du Guesclin, comme il était le seul digne d'elle. »
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