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Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.

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Les Valois 3

1449-1450  Grâce à ces mesures, Charles VII put reprendre sur une grande échelle la lutte contre les Anglais qui possédaient toujours la Normandie et la Guyenne. La Normandie leur fut d'abord reprise. Rouen ouvrit ses portes et les Anglais furent chassés peu à peu de la province ; ayant tenté de débarquer une armée à Cher-bourg pour s'opposer aux progrès de Charles VII, ils subirent à Formigny une défaite qui débarrassa d'eux définitivement la Normandie (1450). Le roi d'Angle-terre ne conservait dans cette région que les îles dites anglo-normandes qui depuis lors sont restées anglaises.


1451-1453 Pendant que se passaient ces événements, un général de Charles VII, le comte de Dunois, avait entrepris la conquête de la Guyenne ; en 1451 il entrait à Bordeaux et en chassait les Anglais. Les habitants, dont cette victoire menaçait les intérêts commerciaux, se soulevèrent contre les Français, et les Anglais cherchèrent à exploiter ce mouvement pour rétablir leur domination dans la contrée, mais ils furent battus à Castillon en 1453 et abandonnèrent pour toujours le sol français. Les Anglais ne possédaient plus en France que la ville de Calais. Ces faits marquent la fin de la guerre de Cent ans.


1453 En cette année se produit un événement capital dans l'histoire du monde. La prise de Constantinople par les Turcs précipite l'effondrement de l'empire d'Orient ou Bas-Empire, et marque la fin du Moyen Âge et le commencement des temps modernes.


1453-1461 Les dernières années du règne virent s'accomplir encore d'autres réformes et créations utiles. Charles VIl crée le Parlement de Toulouse et celui de Grenoble et fait commencer la rédaction des diverses Coutumes qui régissaient la vie civile.
On doit reprocher à ce souverain son ingratitude envers Jacques Cœur qui avait restauré et administré sagement les finances du royaume, et qui avait puissamment aidé de ses deniers au relèvement de la monarchie et du pays. Le grand argentier fut sacrifié à ses ennemis, ses biens furent confisqués et il alla mourir en exil.
La favorite de Charles VII, Agnès Sorel, dame de Beauté (nom d'une seigneurie qu'elle possédait) née en 1422 (morte en 1450) fut mêlée de très près aux affaires de la monarchie, mais elle eut sur l'esprit du roi et sur la marche des événements une heureuse influence. Au contraire, le dauphin Louis (plus tard Louis XI) fut pour Charles VII son père un ennemi infatigable. Né en 1423 (fils de Marie d'Anjou), il s'était dès 1440 joint à la Praguerie. En 1455, il fomenta une nouvelle révolte contre Charles VII: celui-ci châtia rudement les révoltés et le dauphin dut chercher un refuge auprès du duc de Bourgogne (1456). Ces derniers événements altérèrent la santé
de Charles VII qui d'ailleurs vivait dans la crainte continuelle d'être empoisonné à l'instigation du dauphin ; il mourut en 1481.


Le règne de Charles VII a vu la France réduite à la dernière extrémité, puis sauvée par une intervention miraculeuse et finalement relevée de ses ruines. On peut reprocher à Charles VII son indolence, sa négligence de ses devoirs pendant ses premières années de règne ; mais on doit reconnaître que, par la suite, il fit preuve d'énergie et de grands talents d'administrateur. Malheureusement, l'ingratitude dont il fit preuve en-vers Jeanne d'Arc et Jacques Cœur a jeté une ombre défavorable sur sa mémoire. Les circonstances de son règne lui ont fait donner par les historiens les surnoms de l'Indolent, puis le Bien-Servi, puis le Victorieux.


1456 Jacques Coeur.

 

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JACQUES COEUR DE BOURGES


UNE JEUNESSE ORDINAIRE

 Jacques Cœur est né à Bourges en 1400 dans une maison proche de l'église Saint-Pierre-le-Marché, rue de la Parerie, où son père exerçait la profession de marchand pelletier.

Ce père, Pierre Cœur, de condition modeste venu de Saint Pourçain va épouser la veuve d'un boucher, la dame Bacquelier, ce qui le propulse d'une marche dans la notoriété, la corporation des bouchers étant particulièrement puissante.

 Le petit Jacques passe sa petite enfance dans ce quartier de la rue des toiles et de l'Eglise appelée aujourd'hui Notre Dame, au pied du rempart avant d'aller habiter à l'angle de la rue des Armuriers et du Tambourin d'Argent, en face d'une superbe maison appartenant à la famille de Lambert de Léodepart, le prévôt de Bourges, " valet de Chambre du duc Jean de Berry ".

C'est à proximité du Palais du Duc Jean que se déroule l'adolescence de Jacques Cœur, à deux pas de la Sainte Chapelle où il poursuivra ses études. Le duc Jean de Berry, mécène et habile homme politique sera un grand bâtisseur, il possèdera plus de 15 châteaux, c'est un ami des artistes, on lui doit une des plus belles œuvres de la littérature : les Très Riches Heures du duc de Berry ".

 Ce début du XV ième siècle n'est pas particulièrement réjouissant, la période est fort tourmentée avec la " guerre de cent ans ", alors que les épidémies et la peste sont des maux quotidiens, à cela s'ajoutent les méfaits des écorcheurs et autres brigands.

Jacques Cœur a 15 ans lorsque se déroule une des plus cuisantes défaites de l'armée française à la bataille d'Azincourt, une partie importante de l'aristocratie est décimée et une part essentielle de la France passe sous la coupe des Anglais.

Trois ans plus tard, le dauphin, futur Charles VII quitte précipitamment Paris, chassé par Jean sans Peur et se réfugie en Berry, devenant " le petit roi de Bourges ", titre donné avec beaucoup de dérision.

La présence du dauphin et de la cour va stimuler la ville sur le plan des échanges et du commerce.

 Très jeune, Jacques Cœur gérera un des douze changes de la ville. Son entrée dans le monde des affaires se fera avec l'aide de l'épouse de Lambert de Léodepart, celle-ci ayant été mariée avec un maître des monnaies de Bourges. Il commencera un travail de change place Gordaine avec ses associés, Godard et Ravant le Danois. Bientôt il sera inquiété pour " falsification " dans les titres des monnaies frappées..

Il s'en sortira plutôt bien, le roi Charles VII signant une lettre de rémission, alors qu'il aurait pu être envoyé dans une basse fosse ou sur une galère.

 

LA MONTEE VERS LA PUISSANCE

 Jacques Cœur devient un commerçant à une échelle beaucoup plus ample que ses concurrents français de l'époque. Il rêve sans doute de rivaliser avec les Médicis de Florence ou les marchands de Gênes ou de Venise. Son premier voyage dans les pays du Levant se déroule en 1432, on ne sait pas ce qu'il a ramené, sinon une stratégie d'approche de ce commerce. Le retour sera délicat, il fera naufrage au large de Calvi, fait prisonnier, et rendu contre une rançon assez faible, ce qui signifie qu'à cette époque il n'était pas considéré comme un personnage important.

 Il fait construire des navires sur le modèle des bateaux génois, après en avoir copié un qu'il avait acheté... ce qui lui vaudra quelques ennuis.

 

Marchand mais aussi banquier, armateur, industriel, maître de mines dans le Forez, il est le contemporain de Jeanne d'Arc, qui habitera Bourges en 1429, de Gilles de Rais, et le confident d'Agnès Sorel. Ne dit-on pas que Perrette, la fille de Jacques Cœur accueillait dans son château, les amours de Charles VII et de la belle Agnès. Il conçoit des routes, installe des comptoirs pour faire " commerce avec les infidèles ", créa une flotte de navires, ses galées, et le négoce avec le Levant devint plus que prospère.

Il est un " manager " d'une grande modernité, à la fois Receveur des taxes sur le sel, Commissaire aux Etats du Languedoc, maître des Monnaies et Argentier du Roi, il tisse un réseau commercial de toute première importance, avec Montpellier, puis Lyon, Avignon, Limoges, Rouen et Paris.

Comme l'écrivent ses biographes, " Il fut créateur, sans le savoir, des sociétés multinationales et des entreprises à succursales multiples, il réussit à stopper la dévaluation de la monnaie ". Il fut un génial administrateur et un diplomate dans des situations délicates, fréquentant les rois, les princes et les papes.

 

En fait, la fortune du grand argentier ne serait pas due totalement à la vente de tissus ou de fourrures aux nobles de la cour, ni dans la fabrication de l'or à partir de métaux vils comme cela se murmurait dans les milieux alchimistes. C'était sans doute plus simple et plus rentable, il " jouait les différences de cours de l'Or et de l'Argent, entre l'Occident et le Levant.

En occident, le bi-métallisme était de rigueur, mais il manquait beaucoup d'or, alors que les mines de plomb argentifère étaient prospères. Inversement, le Levant " regorgeait d'Or " et la cote de l'argent était au plus haut. Il devenait alors aisé, pour un financier un peu aventureux de changer des quantités d'argent venues d'Occident contre de l'Or.

 Jacques Cœur est anobli en 1441, et deux ans plus tard, il acquiert un terrain, pour y construire une " grant'maison ", ce que nous appelons le Palais. Les travaux vont commencer assez vite, mais les difficultés techniques apparaissent, car la construction se fait sur une partie du rempart gallo-romain.

En 1450, le Palais est presque terminé. Jacques Cœur donne une fête dans la salle des festins, pour la réception organisée à la suite de l'accession comme archevêque de Bourges de son fils, Jean. Ce sera une des rares occasions pour Jacques Cœur de profiter de son palais.

Outre son Palais de Bourges, le grand Argentier acquiert moult maisons, châteaux et propriétés en Berry comme dans l'ensemble du pays. La " route touristique Jacques Cœur " permet de se promener à Ainay-le-Viel, ou encore à Menetou-Salon, deux châteaux acquis par Jacques Cœur, et sur les terres de ce dernier, il avait des vignes donnant un excellent vin pour l'époque. Plus loin, il aura une loge de marchands à Montpellier, une autre à Tours, alors que le château de Boissy, proche de Roanne devait être une étape entre Bourges et le midi.

En 1450, il est au sommet de son art, il a construit un palais, il gagne beaucoup d'argent, et le roi Charles VII, comme une grande partie de la cour lui doivent de l'argent, beaucoup d'argent !

 

LA CHUTE

 Alors que tout va bien, semble-t-il, Jacques Cœur est arrêté sur l'ordre du roi Charles VII le 31 juillet 1451 au château de Taillebourg. Il est emprisonné pour une dizaine de motifs plus ou moins sérieux.

Il a fait beaucoup de jaloux, et ne dit-on pas cette formule qui ne devait pas faire très plaisir à Charles VII : " Le Roi fait ce qu'il peut, Jacques Cœur fait ce qu'il veut ". Il était devenu l'égal des " grands " du royaume, paradant à Rouen en 1449 avec le roi et les hauts dignitaires !

Les accusations et les procès de l'époque sont caractéristiques : on ne badine pas avec les aveux. Torturé et soumis à la question il avoue tout ce que veulent ses détracteurs, et il est condamné à mort le 23 mai 1453.

 Il va finir sa vie aventureuse comme dans un roman de cape et d'épée. Il s'évade de sa prison de Poitiers, avec l'aide de ses amis, et par le canal des couvents dont celui de Beaucaire, il rejoint Rome et le Pape, affrète une flotte au nom de son illustre hôte, et s'en va combattre les infidèles. Il meurt le 25 novembre 1456 sur l'île de Chio, sans doute lors d'un combat naval avec les Turcs.

 

Son corps sera enterré dans le couvent des Cordeliers, et les restes seront dispersés par un tremblement de terre pour les uns, par des pillages et destructions des infidèles pour les autres. 

 

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1461 Avènement de Louis XI (né en 1423, fils du précédent et de Marie d'Anjou). — Il a épousé, étant encore dauphin, Marguerite d'Écosse (née en 1424). Il monte sur le trône dans des conditions de sécurité que n'ont pas connues beaucoup de ses prédécesseurs. La monarchie est affermie, la grande féodalité très ébranlée, les finances sont mieux réglées, une armée permanente permet au roi d'imposer ses décisions ; enfin des institutions administratives et judiciaires assurent un certain ordre dans le pays. Mais Louis XI n'entend pas suivre toutes les voies ouvertes par Char-les VII ; à peine sacré à Reims, il entame avec le Saint-Siège des négociations en vue de l'abandon de la Pragmatique Sanction.



Louis XI


1464 Il ne cache pas d'autre part son intention de poursuivre la lutte contre les derniers représentants de la féodalité. — Formation de la Ligue du Bien public, entre les grands seigneurs féodaux (ducs de Bourgogne, de Nemours, de Bourbon, de Bretagne et comte d'Armagnac) contre Louis XI, qui les a tous mécontentés et surtout alarmés par quelques réformes précipitées, ainsi que par l'annonce de ses projets de leur abaissement. Bien que l'intérêt de ces princes soit entièrement opposé à celui de la population, ils n'hésitent pas à qualifier leur alliance Ligue du Bien public.


1465 Les coalisés marchent sur la capitale. Louis XI va au-devant d'eux avec l'armée royale. Une bataille se livre le 16 juillet à Montlhéry, mais elle reste indécise. Louis XI se hâte de rentrer dans Paris et de le mettre en état de défense; pour s'assurer la bienveillance des bourgeois, il leur rend leurs privilèges et pendant ce temps, il noue des négociations avec les chefs de la ligue. Ces démarches réussissent à les désunir. Il fait alors avec eux les traités de Conflans et de Saint-Maur par lesquels la ligue est dissoute. Il cède la Normandie à son frère (duc de Berry). Mais il est bien résolu à n'exécuter aucune des clauses qu'il vient de signer. — Mort du poète Charles d'Orléans.


1467 Mort du duc de Bourgogne Philippe le Bon. Son fils Charles le Téméraire lui succède. Gand et Liège se révoltent contre lui et Louis XI leur donne clandestinement son appui. A l'intérieur, Louis XI déclare les offices inamovibles et organise militairement les corps de métiers de Paris. Cependant, les traités qu'il a signés ne s'exécutant pas, une deuxième ligue se forme contre lui, cette fois entre Charles le Téméraire, son beau-frère, Edouard IV d'Angleterre et le duc de Bretagne. Louis XI fait tête d'abord contre ce der-nier; il lui inflige une défaite et lui impose le traité d'Ancenis. Puis il se retourne vers les deux autres, mais n'étant pas suffisamment fort pour les attaquer, il cherche à agir de ruse contre le duc de Bourgogne.


1468 Louis XI fait déclarer par les États généraux réunis à Tours, la Normandie inaliénable, comme faisant partie du domaine de la couronne : elle ne pourra donc être attribuée à son frère ; après quoi il sollicite une entrevue avec Charles le Téméraire à Péronne, où devront être débattues et, promet-il sans doute, résolues les questions qui les divisent. Mais en même temps, afin de créer à Charles des embarras qui le rendront de composition plus facile, il pousse les Liégeois à une nouvelle révolte, cette fois contre leur évêque, parent de Charles, qu'ils chassent de son siège. Charles apprend cette traîtrise et retient Louis prisonnier dans le château de Péronne. Louis XI, cependant, désarme son redoutable adversaire par sa soumission affectée, et consent à signer le traité qu'il lui impose. Aux termes de ce traité, dit de Péronne, le frère de Louis XI (qui est l'allié du Téméraire et qui a été frustré de la Normandie) recevra les provinces de Champagne et de Brie (qui relient les possessions du duc de Bourgogne en Bourgogne et en Flandre) et Louis XI devra assister à la campagne contre les Liégeois. A cette occasion, Louis détache du service du duc, par ses promesses et sa duplicité, le célèbre Philippe de Commines, qui après avoir été le meilleur conseiller de Charles le Téméraire sera l'ami, le confident et l'historiographe du roi de France. Après quoi, Louis part avec Charles contre les villes flamandes dont ses intrigues ont provoqué la révolte, et assiste au sac de Liège par les Bourguignons.
Une fois rentré à Paris, Louis s'efforce de ne pas tenir les engagements qu'il vient de prendre; il commence par attribuer à son frère la Guyenne au lieu de la Champagne qui lui a été promise par traité, mais qui, à son gré, est trop voisine de Paris pour être possédée par un seigneur aussi turbulent et qui, d'ailleurs, reste l'allié du duc de Bourgogne. — Louis XI fait enfermer dans une cage de fer son conseiller, le cardinal La Balue, qu'il accuse de l'avoir trahi.

 

1470 Louis XI convoque à Tours, l'Assemblée des Notables, par laquelle il fait annuler le traité de Péronne. Se prévalant de cette décision (qui est beaucoup son ouvrage), il fait saisir les villes de la Somme : Saint-Quentin, Roye, Montdidier, Amiens, qu'il avait rachetées au duc de Bourgogne et que celui-ci lui avait reprises.
Formation d'une nouvelle ligue à l'instigation du nouveau duc de Guyenne, qui a encore pour alliés Charles le Téméraire et Édouard IV d'Angleterre. De même qu'il la déjà fait, Louis XI n'oppose d'abord à ses ennemis que des ruses dilatoires par lesquelles il espère les diviser.


1472 Mort du duc de Guyenne, frère de Louis XI. Cette mort survient trop opportunément pour qu'on ne soupçonne pas Louis XI d'en être l'instigateur : cela ne l'empêche pas de saisir la Guyenne. Charles le Téméraire, en proie à la fureur, accuse Louis d'empoisonnement, et jette des troupes contre les villes de Picardie que le roi vient de lui reprendre. Nesle et Roye sont saccagées ; mais les Bourguignons échouent devant Beauvais, grâce surtout à l'héroïsme d'une jeune fille : Jeanne Lainé, dite Jeanne Hachette. Pour se dédommager de cet échec, Charles ravage la Normandie, espérant que, par la possession de cette province, il pourra faire sa jonction avec le duc de Bretagne. Mais entre temps, Louis XI, tant par force que par ruse, a imposé à ce dernier une trêve ; Charles réduit à ses propres moyens, se voit lui-même contraint d'en signer une, à Senlis.


1472-1475  La trêve de Senlis n'empêche pas Louis XI de reprendre les villes de la Somme que Charles lui a récemment enlevées et de débarrasser peu à peu la région des forces bourguignonnes qui pouvaient s'y trouver encore, tandis que le duc de Lorraine bataille en Lorraine, en Allemagne, avec l'espoir d'arrondir et de souder les unes aux autres ses possessions dont il rêve de former un royaume. Sur la demande du duc, Édouard d'Angleterre lui amène des troupes en France, mais les finasseries de Louis XI, une fois de plus, font avorter le projet des deux alliés. Charles, d'ailleurs, ne peut rejoindre Édouard dans les délais prévus pour le déclenchement de leur action commune ; Louis obtient d'Édouard la signature d'un traité de paix, à Pecquigny (1475). Lorsque le duc de Bourgogne arrive enfin, il se trouve seul pour engager la lutte, et à son tour signe un traité avec Louis XI, ce qui d'ailleurs lui permettra de se retourner vers les Suisses et vers la Lorraine, qu'il cherche à asservir, et contre lesquels il fera deux expéditions malheureuses, dans la dernière desquelles il trouvera la mort (1477).


1474 Incorporation du Roussillon au domaine royal. — Le roi d'Aragon avait engagé le Roussillon au roi de France pour 200 000 écus. Cette somme n'ayant pas été remboursée, Louis XI fit saisir Perpignan et occuper la province qui depuis lors est restée française.


1475-1477 - 5 janvier 1477 mort de Charles le Téméraire à la bataille de Nancy. Débarrassé de son plus redoutable ennemi, Louis XI se donne tout entier à la lutte contre la féodalité. Prenant acte de l'hostilité que lui ont témoignée la plupart de ses grands chefs et des perfidies dont, il faut bien le dire, ils s'étaient rendus coupables envers lui, Louis XI fait agir contre eux, selon le cas, son Parlement ou ses troupes, et leur fait expier les actes qu'il leur reproche. Ainsi périssent le duc d'Alençon et son fils, le comte d'Armagnac, le comte de Saint-Pol, le duc de Nemours. Leurs domaines, confisqués, sont incorporés au domaine royal. La féodalité est ainsi décapitée, et l'unité territoriale de la France presque réalisée.

 

Charles le Téméraire en armure de combat (Musée du Palais des ducs de Bourgogne, Dijon)

Charles le Téméraire en armure de combat
(Musée du Palais des ducs de Bourgogne, Dijon)

 

1477-1482 A la mort de Charles le Téméraire qui ne laisse qu'une fille, Marie, Louis XI essaye de mettre la main sur les possessions du duc. Pour y parvenir, il affiche le projet de marier Marie, qui a vingt ans, avec le dauphin, son fils, qui en a huit: d'ailleurs il fait envahir les États de Bourgogne par ses troupes, dont les exactions mécontentent les populations. Pour se débarrasser de ses prétentions, Marie donne sa main à l'archiduc Maximilien d'Autriche. Celui-ci prend les armes pour recouvrer l'héritage de sa femme. En 1479, il gagne sur les Français la bataille de Guinegate; l'Artois se révolte contre Louis XI, mais ce mouvement est vite réprimé. Une révolte des Flamands arrive à point pour empêcher Maximilien de pousser les hostilités contre le roi de France ; l'archiduc est amené à signer le traité d'Arras qui donne à la France l'Artois, les villes de la Somme et le duché de Bourgogne. Les Pays-Bas restent à la maison d'Autriche et sont attribués au fils de Maximilien et de Marie (qui entre temps est morte prématurément) Philippe le Beau (lequel sera le père de Charles-Quint).


1481 Entre temps, Louis XI a hérité des possessions du duc d'Anjou qui lui a volontairement légué l'Anjou, le Maine, la Provence. Louis XI règne maintenant sur un vaste royaume d'un seul tenant. La Lorraine ainsi que les droits sur le royaume de Naples restent à René de Vaudemont, petit-fils du duc d'Anjou.


1483 Mort de Louis XI. — L'histoire a gardé le souvenir de ses fourberies et on peut dire aussi de ses crimes ; mais elle lui tient compte de son patriotisme inlassable. Si ce roi montra peu de scrupules dans la poursuite de ses desseins, peu d'honnêteté dans sa manière de gouverner, on doit reconnaître que tous ses actes eurent pour but la consolidation du pouvoir royal et l'extension du domaine de la couronne, c'est-à-dire la grandeur de la France. Peu estimable comme homme, il n'en fut pas moins un grand roi par ses conceptions politiques et les conséquences de leur réalisation.

Louis XI créa les parlements de Bordeaux et de Dijon;

Il encouragea le commerce et facilita l'accès de la France aux négociants étrangers ;

il améliora les routes ;

établit les premières postes (qui, à vrai dire, ne servirent d'abord qu'à la transmission de ses ordres) ;

il favorisa l'établissement de l'imprimerie à Paris

grâce à lui se fondèrent, à Tours, les premières manufactures de soieries.

Sous le règne de Louis XI, vécut le poète François Villon.

 

Je suis François, dont il me poise
Né de Paris emprès Pontoise
Et de la corde d'une toise
Saura mon col que mon cul poise

« Je suis Français et cela me pèse
Né à Paris près de Pontoise
Et de la corde d'une toise
Mon cou saura ce que pèse mon cul »


1484 Avènement de Charles VIII; âgé seulement de treize ans et d'ailleurs débile et maladif, il est trop jeune pour régner. Selon le voeu de Louis XI, la tutelle du jeune prince et la régence seront exercées par sa soeur aînée Anne, mariée au sire de Beaujeu. Cette princesse, douée d'une haute raison et de brillantes qualités, tout entière à ses devoirs, a laissé un grand renom dans l'Histoire.


Anne de Beaujeu


Cependant, les seigneurs que Louis XI avait tenus en respect, jugent le moment propice pour renverser l'oeuvre du feu roi, reconquérir leurs privilèges perdus et imposer l'un d'eux comme régent: une ère de troubles se prépare. Anne de Beaujeu réunit les États généraux pour la première fois au grand complet (paysans compris). Elle fait régler la question de la régence, de manière que Louis, duc d'Orléans, dont on doit redouter la frivolité, en soit exclu, et elle se fait attribuer, à défaut du titre, les pouvoirs de régente; enfin, elle obtient d'eux les subsides nécessaires pour faire face à l'orage qui menace.


1485-1488 Le duc d'Orléans s'associe avec le duc de Bretagne et quelques seigneurs mécontents, et prend les armes en 1485, puis en 1487 contre la régente, mais ces tentatives, quoique vivement poussées, n'ont aucun résultat.
Anne de Beaujeu a confié le commandement de l'armée royale à La Trémoille. Celui-ci conduit énergiquement la guerre. En 1488, il bat les alliés, et fait le duc d'Orléans prisonnier à Saint-Aubin-du-Cormier. Le duc de Bretagne François II est obligé de signer le traité de Sablé. On a appelé cette guerre la guerre folle, à causa de l'imprudence que montrèrent les seigneurs en s'attaquant au pouvoir royal déjà assez fort pour résister à toute révolte.


1491 Mort du duc de Bretagne. — Il ne laisse qu'une fille, Anne, qui est promise à Maximilien d'Autriche (veuf de Marie de Bourgogne). Mais celui-ci ne se presse pas de réaliser ce mariage. Charles VIII se rend en Bretagne, dont sa soeur a fait saisir entre temps les principales villes et se fait agréer pour époux par Anne, d'où résulte l'incorporation au royaume du duché de Bretagne.


1492 Découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.

 Dans l'ordre, la Nina, la Santa-Maria et la Pinta.

Les trois navires présumés de Christophe Colomb,

d'après un dessin attribué à son fils,

Fernando Colomb.




— Henri VII d'Angleterre a préparé une guerre contre la France; pour l'éviter Charles VIII renouvelle à Étaples le traité par lequel Louis XI payait un tribut aux Anglais.


1492-1493 Charles VIII se croyant appelé à une carrière militaire glorieuse projette de revendiquer les droits de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples et, de là, de porter la guerre en Orient pour briser la puissance des Turcs et rétablir, à son profit, le trône de Jérusalem. Afin de se rendre les mains libres pour ces expéditions, il rétrocède, par le traité de Narbonne, le Roussillon à Ferdinand le Catholique et, par le traité de Senlis (1493), la Franche-Comté et l'Artois à la maison d'Autriche. Il convient de dire d'ailleurs que ces deux dernières provinces étaient réservées par le traité d'Arras, pour servir de dot à la fille de Maximilien, que Charles VIII devait épouser, et qui était élevée à la cour de France, mais qu'il renvoya pour se marier avec Anne de Bretagne.

 



Charles VIII

 

1494-1495 Malgré des débuts brillants, l'expédition de Charles VIII échoue. Plusieurs princes italiens l'avaient encouragé à l'entreprendre, espérant chacun profiter de ses succès. II entra en triomphateur à Rome (31 décembre 1494), puis à Naples (22 février 1495). Mais sa rapide fortune qui avait d'abord ébloui ses nouveaux amis, ne tarde pas à les inquiéter. Ils redoutent de s'être donné un maître, là où ils ne cherchaient qu'un appui ou un instrument les uns contre les autres. A peine est-il entré à Naples qu'une ligue se forme derrière lui entre le pape Alexandre VI, l'empereur d'Autriche, la République de Venise, Ferdinand le Catholique (roi d'Espagne) et Ludovic le More (qui entre temps a vu son ambition se réaliser en devenant duc de Milan). A cette nouvelle, Char-les VIII reprend le chemin de la France avec l'armée très peu nombreuse qu'il a amenée. Les confédérés au nombre de 40 000 essaient de lui barrer le pas-sage. Mais le 8 juillet, bien que n'ayant que 9 000 hommes (car il a laissé une partie de son monde à Naples), Charles écrase à Fornoue les Vénitiens et les Milanais, dans une grande bataille où se montrent tout particulièrement le courage et la fougue des Français que les Italiens reconnaissent en lui donnant le nom de furia francese. Au cours de cette campagne, d'ailleurs, s'est imposée la supériorité de l'artillerie française. Après sa victoire de Fornoue, qu'il ne sut pas exploiter, Charles VIII rentre en France. Quant aux troupes laissées à la garde du royaume de Naples, elles eurent à se défendre contre les anciens maîtres du pays : après quelques succès dont le plus connu est celui de Seminara, en 1503, elles durent capituler à Atella et obtinrent leur retour en France.


1495-1498 Charles VIII emploie ces deux années, d'une part à réorganiser le Parlement (fixation du Grand Conseil) et à poursuivre quelques réformes intéressantes ; d'autre part, à préparer une nouvelle expédition contre l'Italie. Mais en avril de cette dernière année, il meurt à Amboise, des suites d'un accident (il s'était frappé le front en passant sous une porte trop basse). Charles VIII ne laisse pas d'enfants. Son règne a appauvri le Trésor, mais a imposé à l'étranger le respect du nom français, et mieux, a vu s'affirmer l'existence d'une nationalité française.

 

Chronologie des rois de France, rois des Français et empereurs des Français
de 987 à 1870
987 996 1031 1060 1108 1137 1180 1223 1226
   Hugues Capet Robert II Henri Ier Philippe Ier Louis VI Louis VII Philippe II Louis VIII   
1226 1270 1285 1314 1316 1316 1322 1328 1350
   Louis IX Philippe III Philippe IV Louis X Jean Ier Philippe V Charles IV Philippe VI   
1350 1364 1380 1422 1461 1483 1498 1515 1547 1559
   Jean II Charles V Charles VI Charles VII Louis XI Charles VIII Louis XII François Ier Henri II   
1559 1560 1574 1589 1610 1643 1715 1774 1792
   François II Charles IX Henri III Henri IV Louis XIII Louis XIV Louis XV Louis XVI   
1792 1804 1814 1824 1830 1848 1852 1870
     -   Napoléon Ier Louis XVIII Charles X Louis-Philippe Ier - Napoléon III   

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