Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.

Ce qui se passe en Amérique du sud est à observer de la meilleure manière
possible. Voilà un pays, le Venezuela, avec un dirigeant à sa tête, Hugo Chavez qui
depuis 8 ans se bat contre des forces capitalistes, soutenues par les Etats-Unis,
qui ont utilisées tous les moyens pour le mettre à bas. Il a subit un coup d’état, une procédure en annulation des élections, une procédure
de défiance, un block out de la part des patrons du Venezuela, et après 8 années
il se représente devant les électeurs et obtient avec plus de 60 % un troisième
mandat (et quatrième élection).
Même les Etats-Unis ont du accepter sa victoire et celle du peuple Vénézuélien. Même la droite conservatrice est obligée d’accepter le jeu démocratique et de se
constituer en parti légal pour mener la bataille de manière « honnête » Aujourd’hui l’Amérique du Sud est très majoritairement à gauche. L’Amérique perd son influence en Amérique du Sud
Un effet de contagion laisse penser que l’Amérique Latine tourne le dos
au libéralisme.Les étapes :
- le 1er mars 1998 à Montevideo (Uruguay), Tabasé Vasquez, prête serment et donne le la.
- décembre 1998 le Venezuela, porte Hugo Chavez et la « révolution bolivarienne » à sa tête. Il est réélu en décembre 2007.
- 2001, Ricardo LAGOS, socialiste modéré s'installe au palais de Moneda, à Santiago au Chili.
- janvier 2002, le dirigeant ouvrier Luiz Inacio LULA DA SILVA, devient Président du Brésil
- mai 2003 élection de l'Argentin Nestor KIRSCHNER.
- mars 2005 : enUruguay arrivée de Tabaré Vasquez
- décembre 2005 en Bolivie, le paysan Evo Morales a remporté les élections
- décembre 2005 est élue au Chili une femme de gauche : Michèle Bachelet Jeria
- novembre 2006,
- novembre 2006 au Nicaragua Daniel Ortega est élu

La question que l’on peut se poser est : s’agit-il d’une coloration à gauche de l’Amérique Latine ou bien la fin du libéralisme économique ?
En attendant la réponse, voici deux témoignages sur la victoire de Chavez au
Venezuela. Le premier vient directement d’un ami (Christophe Ventura) qui est
là bas pour la circonstance, le second est envoyé par Jean Luc Mélenchon
ENCORE DESOLE POUR LES FAUTES ETC. (CLAVIER BOLIVARIEN DIFFICILE A MANIER !)
La ville de Caracas se reveille apres une nuit incroyable de ferveur populaire. Le
pire n est pas arrive. Les partisans de l oppostion ont accepte les resultats et la
violence redoutee n a trouve aucune expression. Tous les observateurs s accordent a reconnaitre le parfait deroulement du scrutin
meme si quelques problemes ont ete identifies ( machines electorale en panne,
votes nuls qui auraient pu etre evites).
Les Etats Unis reconnaissent egalement la victoire de Chavez. Il est possible que
des contacts soient pris entre les deux gouvernements dans les jours qui viennent.
Sur plus de 80 % des votes depouilles, Hugo Chávez a obtenu 5 936 141 voix,
(61,35%). Manuel Rosales, lui, en a recolte 3 .715 292 (38,39%). L abstention
semble plafonner a moins de 30 %. Un resultat plus affine sera disponible dans
la journee.
Hugo Chavez est ainsi le president le plus elu de l histoire contemporaine
venezuelienne. La principale formation politique qui le soutient, le MVR, a triple
son audience electorale.
Le fait majeur de l election est que le president sortant a gagne dans tous les
Etats du pays, y compris dans les bastions de l opposition comme Tachira ou
Zulia. Rosales a ainsi ete battu dans l etat dont il est gouverneur.
Ce dernier a pourtant permis a l opposition d atteindre un de ses meilleurs score
depuis des annees. Sa strategie consiste desormais a construire de maniere
durable une opposition democratique a Chavez. C est une bonne nouvelle, enfin.
Ainsi, il semble que le gouverneur ait choisi de rompre avec la strategie de la
tension et de la violence politiques qui a marque la periode precedente. Dans
trois ans, un nouveau referendum revocatoire concernant Chavez pourra avoir lieu.
Les articles de la presse francaise sont assez affligeants tant ils travestissent les
veritables enjeux de cette election et tant ils passent a cote de l essentiel. Cela
n est pas nouveau mais demandera une analyse plus developpee a froid.
Pour vous rassurer si besoin, les themes de la presidence a vie, du parti unique
et de la transformation progressive du Venezuela en nouveau Cuba
( le "socialisme caribeen" theorise dans l edition du 4 decembre du Monde )
constituent des impostures intellectuelles qui insultent les realites d un processus
democratique original dans l histoire de l Amerique latine.
Christophe Ventura
Quand Chavez est apparu sur le balcon de la présidence après l’annonce du résultat par la commission électorale, je n’avais plus un poil sec. Ma veste était collée sur ma chemise et le tout sur ma peau. Du ciel tombait une cataracte que Chavez nomma « cette averse bénéfique ». De ma veste coulait dans mes chaussures la suite de cette bénédiction pour rejoindre au sol la petite rivière qui coulait désormais vers les caniveaux entre nos chaussures gorgées d’eau. Des milliers et milliers de gens chantaient sous cette douche « hu ! ha ! Chavez no se va ! » tandis qu’éclataient les feux d’artifice comme un tir de barrage ininterrompu. Chavez lui-même ruissela bientôt comme tout le monde, dès la fin du premier quart d’heure de son discours qu’il prononçait sur ce balcon sans auvent.
Devant moi à quelques mètres, un drapeau français, celui que tenaient à bout de bras un couple de jeunes gens, pour ma fierté la plus pure. Sur la place, venus des quartiers déshérités par vagues jeunes et joyeuses, les chavistes en chemises rouges et bariolages les plus divers scandaient des mots d’ordre politiques. Chez nous on aurait entendu les habituels glapissements footballistiques ineptes « On na gagnééé ! On na gagnéé ! ». Ici, on pense en criant : « on a besoin de Chavez pour la démocratie », « à bas l’impérialisme », « Dignité ! Dignité ! » et ainsi de suite inlassablement du haut des rues environnant le palais présidentiel vers le bas de la place et vice versa, sans meneur ni porte voix identifiable. Une forêt de poings se lèvent aussi pendant le discours quand, depuis le balcon où il parle, Hugo Chavez lance : « Viva Vénézuéla » « Viva la révolution démocratica » « Viva el socialismo ». C’est alors comme une houle dense et irrépressible qui passe sur la foule quand elle lance son cri de réponse bref et claquant « Viva ! » à pleins poumons, chacun mi amusé, mi habité. Je regarde autour de moi dans la buée qui monte et l’odeur de chien mouillé que nous dégageons tous dans nos vêtements trempés. Les chavistes n’ont pas seulement des chemises rouges. Le plus souvent ils ont aussi de grosses mains, des visages marqués et la peau très mate. On croirait un autre pays que celui qui se donne à voir sur les écrans de télé où défilent les belles personnes. Et d’ailleurs, c’est bien un autre pays. Celui des invisibles à table. Les karchérisables de ce coin ci. Ils ont gagné en donnant leurs millions de voix à Chavez !
Ils ont même gagné deux fois. La deuxième quand s’est affiché l’écart de voix entre les candidats. Trois millions de voix. Un écart tel que le perdant a pu reconnaître sa défaite sans être contredit par les violents qui l’entourent et qui ont fait des incidents bidons toute la journée en appuyant sur toutes les touches des machines à voter en même temps pour produire des bulletins de vote aberrant et pousser des hurlements destinés à la presse étrangère et aux observateurs. « Cette fois-ci ils nous ont battu » a déclaré Manuel Rosales le candidat de la droite et du parti social démocrate devant tous les micros du monde. Aussitôt ce fut une deuxième vague d’explosion de joie, aussi intense que l’avait été la première à l’annonce des résultats. Car la peur d’une nouvelle séquence d’affrontements à la manière coutumière de la droite ici nouait la gorge de tous jusque là. Les heures d’attente pour voter, passées dans les files sans fin, figées au long de kilomètres de trottoirs étaient récompensées. C’est la huitième victoire par les urnes du processus commencé avec la première élection de Chavez. Pourtant…..Ce matin, en plus de mon journal local j’avais une autre lecture. Un plaisantin qui joue avec mes nerfs a en effet déposé devant ma porte le numéro ordurier de « Libération » (90 000 exemplaires achetés en France et dans le reste du monde dont pas un par moi) qui titre à la une contre Chavez avec une mise en page style « Minute ». Dedans, encore trois pages de haine sous la signature du faussaire qui avait déjà fait le montage sur le prétendu « credo antisémite » de Chavez. Comment se fait-il que l’ambassade des USA n’ait pas encore alerté ses porte plumes pour leur expliquer le changement de ton qu’elle a imposé ici à ses commensaux ? Car il y a du changement.
L’EMPIRE FAIT
En
Hier soir les chavistes ont occupé la place de France en masse. Cette place est en effet le point de ralliement de l'opposition, hélas pour les français... Leur intention était d'empêcher qu'elle soit le point de départ d'une manifestation de droite en cas de contestation du résultat des élections. Ce n'était plus nécessaire. Tant mieux pour le Venezuela.
Je poste cette note avant de tomber de sommeil sur mon écran d’ordinateur. Le décalage horaire, la journée et la nuit des élections ont raison de moi à cette heure pourtant peu avancée puisqu’il est à peine deux heures du matin en France et dans mon horloge biologique.