Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.

/http%3A%2F%2Fwww.bip40.org%2Flien%2Fbip40_band.gif)
Pour la troisième année consécutive, les inégalités et la pauvreté ont progressé en France en 2004. Après avoir fortement baissé entre 2000 et 2001, les inégalités ont recommencé à augmenter à partir de 2002. La hausse a été particulièrement forte en 2003 et s’est poursuivie en 2004 : cette année-là, les inégalités ont atteint leur plus haut niveau depuis 20 ans. C’est ce que montre la nouvelle édition du « Bip40 ».
Au mois de février dernier, l’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale (ONPES) a rendu public son dernier rapport. De façon surprenante, l’Observatoire n’a pas tenu la conférence de presse qui accompagne d’habitude cette publication annuelle. Les autorités ministérielles auraient-elles voulu éviter d’attirer l’attention sur la hausse du taux de pauvreté monétaire calculé par l’Insee, ou sur l’envolée du nombre de titulaires du RMI ? Alors que les chiffres du Dow Jones et du Cac 40 sont présents dans tous les médias, le débat sur les inégalités et la pauvreté semble demeurer tabou dans notre pays. C’est pour nourrir ce débat que le RAI publie depuis quelques années un indicateur synthétique, le Bip40 (Baromètre des inégalités et de la pauvreté) qui résume en un indice synthétique plus de 60 indicateurs regroupés en six grands domaines : revenus, emploi, éducation, logement, santé, justice. En 2004, le Bip40 s’envole d’abord à cause de la hausse du chômage. Les chômeurs non seulement sont plus nombreux, mais ils reçoivent moins souvent une indemnisation : la proportion d’allocataires de l’Unedic parmi les demandeurs d’emploi diminue. Les écarts de taux de chômage entre cadres et ouvriers recommencent à augmenter, de même qu’entre jeunes et vieux. Cette situation pèse sur les conditions de vie des ménages dont une proportion croissante vient gonfler le nombre d’allocataires de minima sociaux. Dans ce contexte, la précarité de l’emploi (CDD, intérim, sous-emploi) a recommencé à augmenter en 2004 et continue à se situer à un niveau élevé. Par ailleurs, les conditions de travail continuent de se dégrader, avec la multiplication des maladies professionnelles et une gravité croissante des accidents du travail. La hausse du Bip40 traduit aussi une dégradation sans précédent de la situation du logement. Le prix des loyers continue de flamber, appauvrissant directement les familles locataires les moins favorisées. Le nombre d’assignations pour loyers impayés n’a jamais été aussi élevé qu’en 2004. En matière de consommation, le nombre de ménages surendettés a battu des records, et le nombre des incidents de crédit (chèques impayés) reste très élevé. Dans le domaine de la justice, la situation reste très dégradée. Les politiques sécuritaires prennent le pas sur les politiques sociales : on emprisonne les pauvres faute de vouloir réduire la pauvreté. Le taux d’incarcération a fait un bond spectaculaire en 2004 dans notre pays, atteignant son niveau record de 98 pour 100 000 habitants. Quant aux étrangers, leur situation demeure précaire : le taux de reconnaissance du statut de réfugié est de 17%, proche de son plus faible niveau des vingt dernières années. En 2004, les inégalités en matière d’éducation se maintiennent, après avoir augmenté au cours des deux années précédentes. Jusqu’au milieu des années 1990, ces inégalités se réduisaient, modérant la hausse du Bip40 ; ce n’est plus le cas désormais. La démocratisation de l’école s’est interrompue, les inégalités en matière de réussite scolaire ne se réduisent plus. Une situation analogue s’observe dans le domaine de la santé. La réforme de l’assurance maladie va laisser à la charge des patients une part croissante des frais de santé. Si l’espérance de vie continue à progresser en moyenne, les travaux récemment publiés par l’Insee montrent que les écarts d’espérance de vie entre cadres et ouvriers n’ont pas cessé d’augmenter. Enfin, dans le domaine des revenus, la part des salaires dans la valeur ajoutée reste à un niveau historiquement très faible, tandis que les politiques fiscales ont continué à favoriser les ménages les plus aisés. Par ailleurs, les revenus financiers occupent désormais une place considérable dans le revenu des ménages et la part des ménages imposés à l’ISF n’a jamais été aussi élevée. Ces évolutions pèsent de façon importante sur le niveau de vie des ménages de salariés qui ne disposent que des revenus de leur travail. Sur plus long terme, les variations du Bip40 signalent une augmentation préoccupante des inégalités. La dégradation du tissu social au cours de la période n’a été ni continue ni inéluctable, mais semble désormais durablement installée. Au-delà des fluctuations de court terme, qui peuvent être sensibles sous l’impulsion de changements politiques, comme ce fut le cas entre 1998 et 2001, la montée des inégalités et de la pauvreté se poursuit depuis 20 ans.
La période est bien choisie, mais voilà, les chiffres ne sont pas toujours ce qu'ils affichent.
Il existe d'autres réalités.
Pour les précisions allez sur les liens proposés, c'est plein d'explications.
Des chômages de plus en plus invisibles
La forte baisse de la statistique mensuelle du chômage depuis 1997 dissimule une progression non moins spectaculaire des autres catégories de demandeurs d’emploi. Ce phénomène n’est pas nouveau mais il s’est accéléré, sans raison évidente, depuis quatre ans : l’indicateur officiel du chômage recense aujourd’hui moins de la moitié (47 %) des personnes en sous-emploi ou au chômage contre 61 % en 1996 et 75 % en 1981. Avec la multiplication des statuts intermédiaires entre l’emploi et le chômage « total », c’est non seulement la privation d’emploi, mais aussi l’insatisfaction croissante des travailleurs et des « chômeurs-travailleurs » à l’égard de leurs conditions d’emploi qu’il convient désormais d’évaluer.
La vérité sur les chiffres du chômage : enfin ça bouge !
Mercredi, 27 Décembre 2006 (Actuchomage.org)
A quelques heures de l'annonce du taux officiel de novembre, un collectif d'associations et de syndicats dénonce avec force la manipulation des chiffres du chômage, abondant ainsi dans le sens de NOTRE DOSSIER mis en ligne voici deux mois.
La brêche ouverte en début d'année par Fabienne Brutus n'a pas été vaine. Initié par les associations Réseau d'Alerte sur les Inégalités, AC!, MNCP, le Réseau Stop Précarité et les syndicats SNU-ANPE, SUD-ANPE et CGT-INSEE, le collectif «Les autres chiffres du chômage» (ACDC) accuse les statistiques d'escamoter quelque 2,3 millions de "chômeurs invisibles" et vient de publier la première d'une série de notes qu'il diffusera chaque fin de mois et jusqu'en mai, une opération visant à "marquer la campagne électorale" et donner à la question sociale "la place qui lui revient dans le débat électoral" à venir.
Officiellement, le chômage touchait 2.172.000 de personnes en octobre. Mais ce chiffre ne tient compte que des chômeurs de catégorie 1, c'est-à-dire des demandeurs d'emploi immédiatement disponibles, à la recherche d'un CDI à temps plein, et qui ont travaillé moins de 78 heures dans le mois. Actuellement, le calcul du taux de chômage exclut donc les personnes en recherche d'emploi qui, faute de mieux, se contentent de missions d'intérim, d'un temps partiel ou d'un CDD, ceux qui exercent une "activité réduite" de plus de 78 heures par mois mais cherchent une activité plus stable et restent dans les fichiers, les chômeurs des départements d'outre mer (DOM), les chômeurs en arrêt-maladie ou en formation, les licenciés économiques en convention de reclassement personnalisée (CRP) ou en contrat de transition professionnelle (CTP), ou bien encore les chômeurs "âgés" dispensés de recherche d'emploi (DRE). Ce sont au total "près de 4,45 millions de personnes" qui sont recensées "en tant que demandeurs d'emplois" dans les 8 catégories de l'ANPE, n'en déplaise à Jean-Louis Borloo...
Cet écart avec les statistiques officielles est une "manipulation des chiffres" qu'a dénoncée l'économiste Pierre Concialdi, représentant d'ACDC, membre du CERC et co-fondateur du RAI-Bip40, lors d'une conférence de presse. "Depuis 25 ans ces «chômeurs invisibles» représentent une proportion croissante de l'ensemble des inscrits à l'ANPE : au cours de l'année 2006, la part de ces chômeurs dans le total des demandeurs d'emploi a dépassé pour la première fois 50% alors qu'elle n'en représentait que 10% en 1982", selon le collectif qui ajoute que, malgré ces "artifices statistiques", le chômage "se maintient à un niveau structurellement élevé" depuis le début des années 1990 et que le nombre de demandeurs d'emploi inscrits à l'ANPE "demeure inflexible autour de 4,5 millions" depuis 15 ans.
Dans sa note, ACDC fournit une batterie de chiffres issus de l'ANPE elle-même et revient sur vingt-cinq années de classification des chômeurs et de pratiques de l'Agence. Observant que la part des chômages invisibles a été "multipliée par quatre" sur le dernier quart de siècle, Philippe Sabater, du SNU-ANPE, constate que "l'instrumentalisation politique de l'ANPE est plus forte que jamais".
Parmi les demandeurs d'emploi échappant au chiffre officiel, ACDC évoque quelque 220.000 "chômeurs des départements d'Outre-Mer qui n'apparaissent jamais dans le bilan mensuel commenté par le gouvernement". Le collectif dénonce aussi le cas de 871.000 personnes, demandeuses "d'emploi temporaire ou à temps partiel", expliquant que 250.000 "chômeurs de la catégorie 1 ont été basculés vers les catégories 2 et 3 (demandeurs d'emploi à temps partiel ou temporaire)" de 1997 à 2000... Un transfert qui résulterait d'une "modification" des méthodes de l'ANPE et non "d'une passion subite de ceux-ci pour les CDD ou le temps partiel", même si l'ANPE souligne que les catégories de chômeurs "existent depuis 1995" et que leurs définitions n'ont depuis "pas changé"...
Parmi les «chômeurs invisibles», le collectif compte également 412.000 "dispensés de recherche d'emploi", catégorie apparue en 1985 qui englobe "des demandeurs d'emploi âgés" de plus de 55 ans, et 452.000 "chômeurs en activité réduite" - demandeurs d'emploi ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois, "écartés du chiffre officiel depuis 1995". Le collectif recense aussi 321.000 "demandeurs d'emploi non immédiatement disponibles" car en stage, en contrat aidé, en formation, en CRP ou en arrêt-maladie. "Il y a aussi les découragés qui touchent le RMI mais ne cherchent même plus à s'inscrire à l'ANPE et sur lesquels aucune statistique n'existe", ajoute Philippe Sabater : effectivement, 63% des 1,3 million de RMIstes ne pointent pas à l'ANPE.
Mais ACDC oublie de préciser que 47% des chômeurs ne sont pas indemnisés du tout : plus «invisibles» on ne fait pas ! Et la polémique sur l'explosion des radiations n'est pas abordée. Si le collectif affirme à juste titre que "plus de la moitié des demandeurs d'emploi sont exclus du chiffre officiel", nous pensons ici qu'ils sont encore loin de la triste réalité.
Bref, "baser le décompte uniquement sur la catégorie 1, ce qui fait dire au gouvernement qu'il est en train de gagner la bataille pour l'emploi, nous semble très contestable", résume Thomas Coutrot, autre économiste et co-fondateur du Réseau d'Alerte sur les Inégalités. "La question qu'on pose à tous, c'est : est-ce qu'on peut continuer comme ça alors que le chiffre officiel apparaît de moins en moins crédible ?", s'interroge Philippe Sabater, poursuivant : "Est-ce qu'il y a une alternative pour régler ce chômage qu'on ne veut pas voir ? Tous ces gens, qu'est-ce qu'on met en place pour leur trouver des solutions ?" Là dessus, on peut rêver… Mais que la vérité éclate enfin le temps d'une campagne électorale, voilà qui est un réel progrès dont nous ne pouvons que nous réjouir.
=> La prochaine conférence de presse des Autres Chiffres Du Chômage sera consacrée aux "radiations et aux pressions exercées contre les chômeurs" et aura lieu le 29 janvier 2007.
...et une mine d'informations sur l'actualité du chômage ici
nb : Fabienne Brutus fait partie de l'ANPE de Limoux dans l'Aude, son histoire vous est contée ici