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Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.

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Pacte écologique : à quand la version 2 ?

D'accord Aurélien est un pote. Mais quand même ce qu'il écrit est juste.

Manque peut être un truc, mais ça c'est un pari et dans l'angoisse nous devons attendre encore jusqu'à la fin janvier :
Le grand tueur de Jacques se présente et l'écolo de service lui sert d'appoint pour bloquer des voix à gauche ???

Hulot une opération politique de Chirac ?

Pourquoi pas !

Il y en aura toujours pour dire : "du moment qu'il n'y a pas Sarkozy".

Ouais ! mais on aura toujours Royal.




Par Aurélien Bernier, membre du Conseil d'administration d'Attac, animateur de la commission OGM


Il est assez facile de s'arrêter à la personnalité de Nicolas Hulot ou aux contradictions de son curriculum vitae pour
rejeter en bloc la récente démarche de sa fondation autour du « pacte écologique » (1). 
Certes, l'animateur a usé et sans doute abusé des ficelles commerciales se 
raccrochant à ses prestations télévisuelles, et il constitue un cas d'école pour 
disserter sur le sujet : « peut-on défendre l'environnement avec le soutien de 
grandes multinationales ? »


Pour autant, se limiter à ces aspects revient à ne pas analyser les raisons du
succès populaire qui marque cette initiative (2), et surtout, à ne pas aborder la question du 
contenu. Car le « pacte écologique » a bel et bien un contenu qui mérite qu'on s'y attarde. 
Il est en effet révélateur à la fois d'une montée en puissance des préoccupations écologiques, 
mais également d'une difficulté à revendiquer une rupture claire avec les politiques libérales. 
Il dessine un projet écologique arrêté au milieu du gué, qui correspond sans doute assez bien à 
l'état actuel de l'opinion française.


Tout comme le traité, le pacte est un accord écrit entre États ou organisations internationales
dans le but de produire des effets de droit qui auront une autorité supérieure à celle des lois. 
Avec le « pacte écologique » lancé au début du mois de novembre 2006, la fondation Nicolas 
Hulot souhaite donc placer un ensemble d'engagements écologiques au dessus des considérations 
politiciennes lors des échéances électorales de 2007. D'emblée, le document de présentation 
ambitionne de prendre de la hauteur : le projet est situé par les rédacteurs « ni à gauche, ni à 
droite, mais au dessus ».


La démarche fonctionne en deux temps. D'une part, le pacte, constitué de dix objectifs et cinq
propositions, sert d'outil d'interpellation des candidats à la présidentielle qui sont priés de réagir. 
Les réponses seront bien évidemment rendues publiques. Mais, en parallèle, les citoyens 
peuvent signer ce pacte. Ce faisant, ils accentuent la pression sur les politiques, et peuvent 
constituer ainsi un réseau qui analyserait les réponses (et les programmes politiques ?) sous 
l'angle du développement durable. Le tout bénéficiant de la capacité de répercussion médiatique 
de Nicolas Hulot; Reconnaissons que le dispositif est particulièrement bien ficelé.

Le parti pris annoncé est de proposer des mesures directement applicables au niveau national.
Si cette position de principe est à relativiser au vu du contenu des différents paragraphes, il n'en 
reste pas moins que l'intention est bonne : populariser des options réalistes mais efficaces qui 
seront d'autant plus difficiles à écarter pour les candidats. On ne peut s'empêcher de faire le 
rapprochement avec le manifeste d'Attac, et notamment sa partie écologie, qui reste souvent sur 
des généralités et qui, surtout, néglige le niveau d'intervention national.

S'il en est le porteur, Nicolas Hulot n'est pas l'unique rédacteur du « pacte écologique ».
Vingt-quatre membres du Comité de Veille Écologique de la Fondation Nicolas Hulot pour la 
Nature et l'Homme ont travaillé sur ce document. La diversité des sensibilités aurait là encore de 
quoi faire réfléchir Attac et son Conseil Scientifique composé très majoritairement d'économistes. 
A l'inverse, dans le groupe de travail de la FNH, nous trouvons un philosophe, un agriculteur, un 
pédiatre, un médecin, un vétérinaire, un professeur des universités en droit maritime, un 
enseignant en science de l'information et de la communication, un paléoanthropologue; On 
comprend mieux pourquoi le document parvient à toucher un si large public.


Un succès à faire pâlir les associations


Une organisation comme Greenpeace, dont l'efficacité médiatique n'est pourtant pas à remettre
en cause, rêverait sans doute que ses campagnes puissent trouver une audience comparable à 
celle du « pacte écologique ». L'émergence des préoccupations environnementales dans le débat 
public constitue bien sûr un terrain favorable. Mais le succès de Nicolas Hulot est d'autant plus 
frappant que les associations traditionnelles de protection de l'environnement ne font état d'aucun 
regain d'activité militante ces derniers mois, et qu'un parti comme les Verts se trouve dans une 
situation particulièrement morose sur le plan politique.


A l'inverse, la cote de popularité d'Hulot atteindrait 87 % (3). Pour autant, les personnes
sondées ne souhaitent pas le voir candidat (à 49 % contre 46), même si elles lui reconnaissent 
les qualités nécessaires à 66 %. On retrouve ici la principale raison qui a fait le succès d'Attac 
dans la campagne contre le projet de Traité Constitutionnel Européen : lorsque les citoyens 
identifient un acteur comme apportant des arguments sérieux et sincères dans le débat public 
sans vouloir entrer dans le jeu partisan, ils lui accordent une confiance bien plus large qu'aux 
organisations présentant des candidats. Une analyse des intentions de vote au premier tour 
des présidentielles de 2007 en fonction d'une éventuelle candidature Hulot montre que ce dernier 
agit sur un électorat qui va de la LCR à l'UDF et à celui de Corinne Lepage. Les seuls 
pourcentages sur lesquels il n'influerait pas seraient ceux d'Arlette Laguiller, Nicolas Sarkozy, 
Philippe de Villiers et Jean-Marie Le Pen. L'ambition de placer ce débat sur l'environnement au 
dessus des clivages partisans se traduit donc assez concrètement dans la réalité. Ceci étant, 
ce parti pris pour la rédaction du « pacte écologique » explique également la tonalité d'un 
document très généraliste, ambigu et dans lequel plusieurs points éludés ou abordés très 
sommairement posent question.


L'écologie comme élément structurant


Sur les trois piliers que compte le développement durable (social, économique et environnemental),
les rédacteurs font le choix de privilégier ouvertement le dernier dans leurs propositions.


S'il est compréhensible que la question écologique soit centrale, l'objectif 1, consacré à
l'économie, est particulièrement pauvre. Il se contente de prôner une « reconversion vers des 
productions économes en matières premières et en énergie » et une « reconversion dans une 
économie du durable plutôt que du jetable » qui créerait des emplois de proximité. Rien n'est dit 
sur les moyens mobilisés pour amorcer ce virage à cent quatre-vingt degrés. Pourtant, des leviers 
concrets existent. Les achats publics représentent environ 15 % du PIB de la France. 
L'introduction systématique de clauses environnementales dans les marchés publics, 
rendue obligatoire par la loi, aurait un effet spectaculaire sur la production. Rien n'est dit non 
plus sur le dumping environnemental : comment empêcher la délocalisation de plus en plus 
évidente des activités polluantes ?


Sur le volet social, le texte se contente également de peu. Certaines préconisations
pourraient revenir d'ailleurs à favoriser l'écologie au détriment du social. Ainsi, l'objectif 6 
considère qu'il faut « donner un prix au droit d'accès à une ressource, à un service ou à un 
bien d'origine naturel en utilisant les instruments économiques : taxes, normes ou quotas ». 
Cette approche marchande écarte explicitement la possibilité de définir un droit d'accès 
gratuit à ces ressources pour les personnes à faibles revenus. De même, l'objectif 6 indique 
qu'il faut « imposer la Haute Qualité Environnementale » pour les nouvelles constructions 
sans évoquer la question du surcoût pour les acheteurs. Le texte parle simplement 
« d'accompagner les ménages aux revenus modestes » sans plus de précisions. Il est 
dommage que l'économique et le social soient ainsi restreints à la portion congrue, ce qui 
limite d'autant la crédibilité du pacte.


Les contradictions de l'écologie et du libéralisme


Tout au long du document, on observe une hésitation entre une condamnation de la logique
libérale pour « raisons écologiques » et une acceptation de celle-ci.
Autant les dispositifs incitatifs proposés sont nombreux (« favoriser les transports en commun » 
dans l'objectif 5, « favoriser l'agriculture durable de qualité » dans l'objectif 3, etc.), autant la 
contrainte réglementaire apparaît peu dans le texte, et presque toujours sous forme de 
mécanisme financier (taxe sur les poids lourds dans l'objectif 5, taxe sur le carbone dans 
la proposition 2). La grande absente du « pacte écologique » est la police de l'environnement.
Malgré cela, on relève des propositions qui vont assez loin et peuvent intéresser bon nombre 
de militants antilibéraux : augmentation de l'aide au développement, suppression des 
subventions à l'exportation et restauration de protections douanières pour les produits 
agricoles (objectif 10), encouragement du retour aux commerces de proximité au détriment 
des hypermarchés (objectif 4), introduction d'une évaluation en terme de coût global (objectif 6), 
création d'une organisation des Nations Unies pour l'environnement qui ait un niveau de décision 
« au moins égal à celui de l'économie et du commerce » (objectif 10); jusqu'à une volonté de 
« rompre avec la course aux infrastructures et avec la tendance à un étalement urbain continu » 
qui ne correspond pas vraiment avec les intérêts de groupes comme Bouygues, par exemple.
Malheureusement, d'autres passages ont encore des parfums de libéralisme, notamment 
lorsqu'il est question de « réduire les prélèvements sur le travail pour les remplacer par une 
fiscalité écologique ». Implicitement, le pacte accepte aussi le principe des marchés de droit 
à polluer issu du Protocole de Kyoto en proposant un « abaissement progressif des quotas » 
d'émission de gaz à effet de serre, tout en prenant soin d'éviter d'aborder frontalement le sujet.
Entre ces deux rives, certaines demandes pêchent par manque de précision et peuvent devenir 
dangereuses. Ainsi, l'objectif 8 sur la santé « recommande » (sic) que l'on « transpose 
fidèlement » les directives européennes sur les OGM. Or, une transposition « fidèle » n'a pas 
de sens, puisque la directive 2001-18 sur les disséminations autorise justement des 
transcriptions très éloignées. Là où on aurait pu lire « une transcription stricte dans le sens 
du principe de précaution et de la préservation des systèmes agraires non-OGM », on obtient 
une position ambiguë.


Pas de réorganisation de l'action publique en perspective


Le « pacte écologique » ne réclame pas de réorganisation générale de l'action publique en
matière d'environnement. Dans l'objectif 7, il est même suggéré d'ajouter une nouvelle agence 
à la kyrielle d'organismes publics thématiques qui existe déjà. Seulement deux propositions 
apparaissent : la création d'un corps de fonctionnaires issus d'une Grande école de l'écologie 
et la création d'un poste de vice-premier ministre de l'environnement. Il est dommage que les 
rédacteurs n'aillent pas plus loin avec, par exemple, la création d'une grande Agence de 
l'environnement multi thématique déclinée en délégations régionales et infrarégionales, qui serait 
un guichet unique pour le citoyen et assumerait un véritable rôle de service public. De même, 
plutôt qu'un vice-premier ministre, pourquoi ne pas avoir imaginé un Conseil de l'Environnement 
à l'image du Conseil Constitutionnel, qui analyserait et validerait ou non les politiques publiques 
en fonction de critères écologiques et de durabilité ? Et pourquoi ne pas revendiquer pour l'action 
publique de véritables moyens financiers qui ne sont nulle part mentionnés par la FNH ?
On peut toutefois apprécier le fait que le groupe de rédaction n'hésite pas à affirmer que le 
Ministère de la recherche est le « reflet des lobbies scientifiques » et qu'il suggère de l'orienter 
vers une approche pluridisciplinaire et transversale (objectif 9), ou encore la demande la 
généralisation des conférences de citoyens (proposition 4).


Pour une version 2 du pacte


Au final, il ressort de la lecture de la campagne portée par Nicolas Hulot une impression
mitigée, faite de bonnes surprises (comme la critique du libre-échangisme à propos du volet 
agricole) et de moins bonnes (comme l'acceptation tacite du marché des droits à polluer et 
des bourses de carbone).

Il n'en reste pas moins que, jusqu'à présent, la démarche a connu un succès assez remarquable
et qu'elle devrait peser dans le débat électoral, voire donner des idées à d'autres structures.

Comme pour les films à succès, nous pourrions donc espérer une version 2, qui rompe plus
franchement avec la logique libérale et qui soit plus rigoureuse sur certaines propositions. 
Pourquoi pas au printemps 2007, par exemple ?


Aurélien Bernier


(1)http://www.pacte-ecologique-2007.org/nicolas-hulot/index.php (http://www.pacte-ecologique-2007.org/nicolas-hulot/index.php)
(2)Le texte a mobilisé 300 000 signataires en à peine plus d'un mois.
(3)Sondage CSA / LE NOUVEL OBSERVATEUR réalisé par téléphone les 29 et 30 août 2006.


http://www.csa-tmo.fr/dataset/data2006/opi20060830c.htm (http://www.csa-tmo.fr/dataset/data2006/opi20060830c.htm)
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