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Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.

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Les indigènes de la République : un glissement dans une doctrine dangeureuse



Les risques d'un combat mené au nom d'un antiracisme radical qui conduit à une remise en cause de l'idéal de liberté, d'égalité et de fraternité, sous prétexte que la politique économique et sociale des dirigeants du pays en empêche la réalisation.

 Il faut, quelquefois, désamorcer des mots qui pourraient devenir destructeurs. Il faut dépiéger les glissements et les transformations du langage car, comme le dit Nicolet, « la politique est, à un double titre, un langage ». Nombreux sont en effet les amalgames créés qui, passant d’une oreille à une autre, modifient la perception du monde et attisent les haines. C’est le cas dans l’action du Mouvement « Les Indigènes de la République (MIR) ».

 Inauguré en 2005, pendant les émeutes des banlieues dans une confusion politique périlleuse, le sens de ce mouvement, ses usages de mots et l’engagement théologico-politique de ses fondateurs remettent en question la cause de l’homme au profit d’une question d’identité, de couleur de peau et de religion.

  L’engagement politique des Indigènes s’est ainsi fondé, dès son premier texte, sur un partage de la société française en deux clans. D’un côté, les descendants des colonisés, de l’autre les descendants des colonisateurs associés à la République, à l’État, au paternalisme, au massacre de 1945 à Sétif mais aussi au « petit blanc ». Leur communiqué du 14 décembre 2005 incitait à la révolte contre le colonisateur : « le plan B de la décolonisation ne fait que commencer. Il se poursuivra jusqu’à la libération complète du territoire », quand quelques mois plus tard, le 8 février 2006, un autre communiqué comparait la France à l’Apartheid. Le 5 février 2007, deux de leurs soutiens universitaires expliquaient cette fois plus gravement que toutes les inégalités ne relèvent ni de questions économiques ni de questions sociales mais d’un refus systématique de reconnaître la question raciale. Quant à leur position sur le récent procès du journal satyrique Charlie Hebdo, elle approfondit un danger et dépasse l’entendement. Leur communiqué du 9 février 2007 parlait d’un « consensus raciste qui s’est à nouveau exprimé » symbolisant désormais « un racisme démocratique ». Cet engagement n’a pas changé puisque, page 10 de leur mensuel de mars 2007 Sadri Khiari, se disant paradoxalement pour la laïcité et la liberté d’expression, signe un article dénonçant lui aussi « l’idéologie profondément raciste » de ce procès et de ceux qui caricaturent le prophète.

 Pourtant, en quoi critiquer une religion qui relève du spirituel et du droit démocratique porte-t-il atteinte à une « race » ? En quoi d’ailleurs le racisme peut-il être démocratique, lui qui restera toujours une atteinte aux grands principes de la démocratie que sont la liberté et l’égalité ? Et puis pourquoi parler de « race » et de « consensus raciste » comme le fait le MIR, en associant constamment arabe à musulman, alors qu’il s’agit simplement de critique religieuse ? Qui plus est n’est-ce pas là attiser le feu des violences ? Mais le MIR l’accepte puisqu’il prône mensuellement le « combat » en soutenant l’Iran ou l’ETA, le repli identitaire et le rejet du féminisme, la fierté d’être arabe et noir mais la haine de ce qu’il nomme, sous anonymat, « l’idéologie raciste du métissage ». On est bien loin d’un Fanon qui avait su jeter les graines d’une révolte bien légitime en refusant de recourir à la question raciale.

 Les amalgames meurtriers du MIR abondent pourtant ainsi que les lourds paradoxes tels ceux d’Houria Bouteldja, une des fondatrices du mouvement, déclarant qu’elle n’en veut pas aux institutions républicaines, mais tout simplement à l’idéal républicain. Mais elle va encore plus loin en voyant, un racisme dans la souveraineté populaire : « L’État-nation m’emmerde, c’est ce qui produit le racisme, pour moi [...], ça crée des frontières, ça homogénéise les populations, sur des bases raciales, ethniques, ou religieuses, et donc, pour la France, ceux qui ne sont pas catholiques, blancs, ils ne sont pas vraiment français ». Pourtant, cette critique vise la droite et l’extrême droite française, le Club de l’Horloge par exemple, que le MIR devrait prendre en vrai adversaire. Mais il est malhonnête de l’adresser à la France entière, à l’espace commun et aux principes républicains qui donnent du souffle à son exception humaniste, telle la loi de 1905 notamment.

  Le MIR veut en finir avec les inégalités et ce combat est bien légitime. Surtout lorsque le paternalisme de certains politiques et acteurs du monde du travail, devenu un « marché », renforcent le sentiment d’être discriminé et mis au banc. Pourtant, cette situation n’est ni propre aux banlieues, ni propre aux immigrés, encore moins propre à la République. Elle ne concerne ni un visage précis, ni une couleur de peau, ni une origine particulière, ni une religion. Elle est une conséquence d’un détournement de la démocratie par l’élite industrielle et médiatique à laquelle la « nouvelle gauche » s’est alliée, par ceux qui légitiment la mondialisation économique et sa domination, les privatisations accrues, la libéralisation du service public et la fin de l’École républicaine qui devrait donner à tous les élèves les moyens de faire leur chemin propre. La Constitution de 1958 n’écrit-elle pas que nous sommes dans une République sociale et que nulle personne ne saurait être jugée sur ses origines et sa couleur de peau ?

 L’antiracisme du MIR n’est pas un combat pour le rassemblement des hommes, mais se tourne au contraire vers un racisme à l’envers. En voulant à tout prix émietter les combats, on nie la force du combat commun : le combat identitaire se substitue au combat social. Le capitalisme n’en demandait pas tant, ni non plus les diverses forces politiques qui le soutiennent. Représente-t-il l'avenir politique des « Indigènes de la République », ce Walou, qui écrit, en page 4 de son mensuel, après un « Marianne, on l’emmerde ! », qu’il existe un vote « Le Pen antiraciste » qui peut faire « bousculer le système, quel qu’en soit le moyen et les conséquences » ?

Jérémy Mercier


Qui réclame des statistiques ethniques ?

 La SOFRES a réalisé le 31 janvier pour le Conseil Représentatif des Associations Noires de France (CRAN) un sondage sur « les discriminations à l’encontre des populations noires de France ». La réalisation de ce sondage s’inscrit dans une offensive visant à remettre en cause un des principes fondamentaux de la République – qui « assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion » – en introduisant en France une classification ethnoraciale. Dans son livre Témoignages (XO Editions, 2006), le candidat Nicolas Sarkozy regrette ainsi que « nos statistiques ne reconnaissent que deux catégories de personnes : les françaises et les étrangères » et qu’il soit « interdit en France de calculer le nombre de Français d’origine maghrébine, d’origine turque, d’origine chinoise, le nombre de Français noirs ». Avant de récidiver, le 20 octobre 2006, dans un entretien au Parisien, en interrogeant tout haut : « J’aimerais qu’on me dise pourquoi il serait normal de faire de la discrimination positive pour les femmes ou les handicapés, et pourquoi ce serait anormal pour les compatriotes de couleur ». Le Royaume-Uni fournit un exemple de ce que souhaiterait le ministre de l’Intérieur. Une classification ethnoraciale, basée sur une auto-déclaration, y a en effet été introduite depuis le recensement de 1991. À cette date, neuf grandes catégories avaient été établies : Blanc, Noir Antillais, Noir Africain, Autre Noir, Indien, Pakistanais, Bangladais, Chinois, Autre groupe ethnique. En 2001, le nombre de catégories (variable entre l’Angleterre, le Pays de Galles, l’Ecosse et l’Irlande du Nord) a explosé : apparition des catégories Métis (« mixed »), éclatement des Blancs entre Britanniques (« British »), Irlandais (« Irish »)… En France, le débat semble suffisamment avancé pour que l’intersyndicale (CGT, CFDT, CGT-FO, SUD et CGC) de l'INSEE réaffirme solennellement, le 7 mars, son refus d'introduire dans le travail statistique public des critères ethnoraciaux.

LP

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