Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.
Au delà du double discours de Sarkozy, présenté ici par Christian Lehmann, il est intéressant de noter le mécanisme dans la volonté de "taxer" les assurés encore et toujours, sans jamais occulter les bénéfices des entreprises pharmaceutiques et sans se priver de l'électorat médical (2ème article) relaté par François Wenz-Dumas.
Tout cela sous l'égide de l'OMC.
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« La contre-réforme du système de santé : un tissu de mensonges »
En 2005, il y a eu 30.000 signataires de ce Manifeste qui dénonçait les mensonges de la réforme Douste-Blazy.
En 2007, nous tenions à vous informer du risque d'accélération du dépeçage du modèle de système de santé français qui se prépare, dans la continuité de la contre-réforme de 2005.
Franchise médicale : le double discours de Nicolas Sarkozy
« franchise : n.f.
1. qualité d’une personne franche, sincérité, droiture ;
2. clause d’une assurance qui fixe une somme forfaitaire restant à la charge de l’assuré »
Mai 2004. Sur le plateau de « Cent minutes pour convaincre », le spectre d’une franchise sur les remboursements de soins est pour la première fois agité devant les Français. Et c’est Philippe Douste-Blazy, venu vanter sa réforme de la dernière chance, qui, dans son style inimitable, fait rempart de son corps pour sauver la protection sociale à la française de cette menace : « des gens…nous envoient des mails et…disent, “ Ce n’est pas compliqué, faisons une franchise…les 100, ou 200, ou 300 premiers euros par personne, vous les payez, après ça sera l’Assurance maladie ”. Ça…je le refuse… parce que c’est comptable, c’est injuste parce qu’on ne peut pas faire payer de la même manière celui qui a un gros salaire, que celui qui est au SMIC, le système changera, ce ne sera plus le système de l’assurance maladie que l’on connaît »
Si par pudeur le Ministre de
« Responsabiliser les assurés »… Ce vieux dogme néolibéral qui tente de reporter la faute du déficit sur des assurés sociaux infantiles au comportement irresponsable, et des médecins laxistes, complices, sans jamais interroger l’équation financière de la protection sociale, de plus en plus déficitaire au fur et à mesure que s’amenuisent les revenus du travail au profit des revenus spéculatifs.
« Responsabiliser les assurés », ce fut l’axe principal de la réforme Douste-Blazy, dont on voit bien aujourd’hui, lorsque ce vaillant défenseur de la protection sociale vient faire la claque aux meetings de son nouveau leader, qu’avec sa franchise de 1 euro sur les consultations et les actes de biologie médicale ( à hauteur de 50 euros annuels), il n’a fait que mettre le pied à l’étrier à la franchise Sarkozy à laquelle il prétendait barrer la route. Incohérence, quand tu nous tiens…
A la convention Santé de l’UMP, en juin 2006, après l’habituel couplet sur les abus et les fraudes ( parfait pour désespérer la population de la notion de solidarité), Nicolas Sarkozy pose LA question : « Nous parlons d’assurance maladie… Y a-t-il une seule assurance sans franchise ? » Escamotant habilement le mot « solidaire », il traite la protection sociale comme une simple question d’assurance commerciale. Mais se garde d’avancer un chiffre. Car la franchise sur les remboursements modifierait profondément le système de protection sociale. L’entourage néolibéral de l’homme qui cite Jaurès pour appliquer le programme de Thatcher le sait bien : un système de franchise « forfaitaire et acquittée chaque trimestre » aurait des effets dramatiques pour les patients aux faibles revenus, mais pas assez pauvres pour en être dispensés. Certains d’entre eux amputeraient leur train de vie modeste pour pouvoir accéder aux soins. D’autres tenteraient de les retarder, y renonceraient. Tous seraient fragilisés, et cette précarité dans le domaine fondamental qu’est la santé les rendrait plus « flexibles » encore.
Confrontés à la croissance des dépenses de santé, aucun pays européen ne s’est lancé dans un dispositif semblable, connaissant l’importance de la médecine de premier recours en terme de santé publique et de prévention. Notons cependant que Nicolas Sarkozy se garde bien de porter atteinte aux intérêts des firmes pharmaceutiques : la franchise ne s’appliquera pas au médicament, car, selon Nicolas Sarkozy « ça pénalise celui qui est très malade ». Pas de doute, la France conserverait sous Nicolas Sarkozy sa première place mondiale en terme de consommation pharmaceutique.
« Comment comprendre que le paiement d’une franchise soit insupportable dans le domaine de la santé alors qu’une charge de plusieurs centaines d’euros par an pour la téléphonie mobile ou l’abonnement Internet ne pose pas de question ? » pointe François Fillon, comparant sans vergogne la santé des malades à la téléphonie mobile, conformément au grand rêve de l’Organisation Mondiale du Commerce : « Un Peuple, un Empire, Un Hypermarché». En Novembre 2006, présentant le projet de l’UMP, il précisera les détails du système envisagé : il s’agirait de remplacer « les forfaits mis en place ces dernières années » par une franchise annuelle de 50 à 100 euros, modulable.
Mais étrangement, devant le panel venu récemment l’interroger sur TF1, et 9 milllions de téléspectateurs, Nicolas Sarkozy livre un tout autre chiffre : sa
franchise n’est plus de 100 euros, mais… représenterait seulement « les 5
ou 10 premiers euros de dépense de santé chaque année », puis, dans
un autre entretien, « quelques centimes à quelques euros pour chaque acte ».
C’est qu’entre-temps Xavier Bertrand, actuel Ministre de la Santé
devenu porte-parole et « caution sociale » juppéiste du candidat qui
cite Jaurès pour mieux masquer le programme de Thatcher, a fait
remonter à Nicolas Sarkozy une note des fonctionnaires de la Direction
de la Sécurité Sociale détaillant les « inconvénients socio-économiques »
de cette mesure, à savoir, que 27% de la population ne percevraient plus
un centime de la Sécu chaque année ( tout en continuant à cotiser).
Ceci « pourrait fragiliser l’adhésion à l’assurance-maladie obligatoire ».
Mais n’est-ce pas, de manière discrète, le but poursuivi de longue date par
les néolibéraux, tandis que dans leur ombre les assurances privées attendent
de relever « les défis des réformes à venir qui transformeront profondément
l'intervention des acteurs complémentaires, notamment dans le domaine
de la santé, pour jouer un rôle de premier plan dans l'amélioration des
services de protection sociale.»
Difficile dans ce contexte de pousser les feux, et Nicolas Sarkozy tente
de minorer la franchise pour éviter un faux-pas électoral. Reste que
depuis la réforme Douste-Blazy, les forfaits sur les soins se sont multipliés,
augmentant le reste à charge de l’assuré. Remplacer ces forfaits par
une franchise ne se conçoit que si celle-ci dépasse, et de loin, les
« quelques centimes à quelques euros pour chaque acte » qu’avance
maintenant prudemment Nicolas Sarkozy pour ne pas effrayer l’électeur.
De même, il ne répète plus que : « Si les dépenses augmentent, et
donc le déficit augmente, on pourrait alors augmenter le montant de
la franchise. »
Philippe Douste-Blazy le disait dès 2004 : « Qu’est-ce qui se passe
quand il y a une franchise de 200 euros ? Eh bien vous avez tout de
suite des gens pour vous dire, moi je vous les paie, les assureurs,
c’est un système que je ne veux pas, en tout cas je ne resterais pas
dans ce système politique si vraiment on perd le système de la
protection sociale. »
Sans attendre ( ne rêvons pas) que l’ancien Ministre de la Santé mette
ses actes en concordance avec ses paroles, patients et professionnels
de santé doivent se mobiliser, et apprendre à se méfier de la franchise
à géométrie variable de Nicolas Sarkozy.
Christian Lehmann est médecin généraliste et écrivain.
Dernier ouvrage : « Les Fossoyeurs… Notre santé les intéresse »,
éditions PRIVE février 2007.
Aux petits soins des généralistes mais pas de la Sécu
La hausse consentie des consultations est contraire à la maîtrise des dépenses de santé. Par François WENZ-DUMAS
QUOTIDIEN : mardi 20 mars 2007 Le gouvernement soigne sa clientèle : la consultation des généralistes passera de 21 à
22 euros en juillet 2007, et à 23 euros en 2008, en principe au mois de juin. Cette hausse a été entérinée en fin de semaine dernière par un accord conclu entre le directeur général de l'UNCAM (Union Nationale des Caisses d'Assurance Maladie) et 3 syndicats de médecins, la CSMF, SML et Alliance, accord aussitôt contesté
par d'autres syndicats de médecins notamment MG France (32 % des voix
aux élections professionnelles) ainsi que par le bureau de l'UNCAM.
«Sous la pression du gouvernement, le directeur général de l'UNCAM a signé un accord avec les syndicats de médecins qui s'éloigne des
orientations fixées», déplore le bureau de l'UNCAM, où siègent les
représentants des 3 caisses nationales, Michel Régereau (CFDT) pourla CNAM (salariés), Gérard Pelhate pour la MSA (agriculteurs) et Gérard
Quevillon (travailleurs indépendants). Ce que reprochent les
administrateurs de l'assurance maladie au directeur de l'UNCAM, c'est moins
le principe de la revalorisation du tarif de consultation (même si le passage
de 20 à 23 euros en 3 ans représente une hausse de 15 % qui ferait rêver bien des salariés) que le fait qu'elle ne soit pas assortie d'un
engagement de maîtrise médicalisée des dépenses de santé.
«Cet accord peut pénaliser à nouveau les malades et les assurés
sociaux», déplore le bureau de l'UNCAM, qui craint que, pour rétablir l'équilibre,
il soit procédé à de nouveaux déremboursements. Il est vrai que les comptes de la Sécurité sociale et en particulier de l'assurance maladie se révèlent meilleurs que ce qui était prévu en septembre, lors de la réunion de la commission des comptes. Le manque à gagner de
l'assurance maladie devrait en effet se limiter à 3,9 milliards d'euros en
2007 au lieu de 5,1 milliards attendus, tandis que le déficit global de la Sécu (maladie, vieillesse et famille) serait de 8 milliards au lieu de 9,4. Mais
cette embellie est avant tout le résultat de la hausse des recettes, liée aux
créations d'emploi. Les dépenses de santé, elles, continuent à galoper.