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Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.

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A la recherche d'alternatives


La recherche des alternatives ne passe plus seulement par des constats, mais aussi par des solutions ou des propositions de solutions...


                                                                                                                    

Nous vivons probablement une période de réveil des consciences. Les menées du libéralisme durant le dernier quart de siècle sont considérées comme abusives, mais l'ensemble de la société est confronté aux problèmes de l'analyse économique. Les acteurs socio-économiques vivent sur les acquis des deux siècles passés, voire sur leurs vestiges. Les modèles économiques souvent teintés des convictions sociétales de leurs auteurs n'ont pu converger vers une certitude scientifique. La prédominance acquise par l'ensemble des modèles capitalistes doit plus aux insuffisances des modèles alternatifs, socialisme des pays communistes en particulier, qu'à leurs propres forces de conviction.

Les développements accélérés de la mondialisation économique durant les dernières décennies ont révélé à de nombreux analystes mais aussi aux peuples, les limites d'un type de fonctionnement de la société. Pour autant, les jugements sévères qui leur sont portés ne conduisent au plus qu'à des propositions d'aménagement du capitalisme.

La résistance désarmée (ou sans perspective globale, ou diffuse, ou balbutiante, ou multiforme...)

Pour utiles qu'ils soient, les combats du moment, notamment ceux pour l'annulation de la dette des pays pauvres, l'aide sanitaire aux pays d'Afrique, ou ceux contre la guerre, restent des initiatives dé-fensives de type caritatif ou oppositionnel.

Les meilleurs mots d'ordre, qui ont d'ailleurs un certain succès, par exemple l'affirmation qu'un autre monde est possible, ne portent en eux aucune indication sur le ou les types de sociétés alternatives envisageables. Ce ne sont que des contestations point par point des actions ou des projets des grandes organisations internationales (F. M. I., Banque Mondiale, Organisation mondiale du commerce), ces dernières gardant généralement l'initiative.

La faiblesse de la réflexion sur l'alternative au capitalisme doit sans doute beaucoup à la peur de re-tomber dans un système de pensée directif. Le courant humaniste mondial semble donc compter sur la spontanéité pour qu'émergent les solutions politiques de l'avenir.

Est-ce bien raisonnable face à un système hyper structuré disposant de moyens humains et matériels considérables tant sur le plan de son fonctionnement que de sa promotion, et soutenu par une tranche non négligeable de la population qui en bénéficie peu ou prou, d'imaginer l'émergence d'alternatives crédibles sans les avoir théorisées et confrontées aux réalités ?

Ce laxisme trouve peut-être aussi son origine dans le déficit d'analyse du capitalisme. Une tendance lourde s'est affirmée, qui considère le capitalisme comme un phénomène naturel inéluctable dont les lois sont basées sur les comportements naturels humains. De nombreux économistes ont d'ailleurs tenté d'échafauder des systèmes sans intervention de l'État, en quelque sorte auto entretenus. Globalement, l'attitude la plus avancée aujourd'hui consiste à vouloir réguler les pulsions du capitalisme dans une magistrale condamnation de l'ultralibéralisme comme si le capitalisme n'était pas excessif dès qu'il le peut. En témoignent la misère ouvrière du 19ème siècle en Europe, celle des pays pauvres au 20ème, l'esclavage et les guerres monstrueuses menées en toute conscience jusqu'à l'épuisement des peuples.

Au café du commerce, l'opinion selon laquelle il y a toujours eu riches et pauvres, que s'il n'y a pas de chefs rien ne va, que les animaux se mangent aussi les uns les autres et que les guerres sont inévitables voire salutaires, constitue avec quelques élans de solidarité la trame d'une philosophie populaire propre à perpétuer l'état du monde.

Le grand danger du moment est que l'état du monde ne conduise à des crises violentes, sans débouché politique, avec de nouvelles frustrations à la clé, toutes les volontés de régulation d'où qu'elles viennent étant quasiment inopérantes.

Les forces politiques actuelles

Outre les forces politiques qui se réclament du libéralisme idéologiquement ou passivement, les forces qui prétendent en atténuer les effets ou en répartir le bénéfice se partagent la gestion des affaires du monde, le plus souvent dans un jeu d'alternances à grand vacarme, pour des nuances qui ne laisseront aucune trace dans l'histoire mais qui continuent de faire illusion.

Toute l'énergie de la démocratie élective conquise au prix des luttes est utilisée pour un piètre résultat, malgré quelques espoirs en Amérique Latine dont on perçoit cependant déjà les faiblesses. Les forces les plus combattives, même se proclamant révolutionnaires, se situent à la remorque du capitalisme dans des combats centraux contre les licenciements par exemple, sans présenter d'alternatives crédibles globales. Il ne faut en effet pas confondre quelques idées, fussent-elles pertinentes, avec un en-semble cohérent susceptible d'entraîner les peuples dans une véritable volonté de transformation des sociétés.

Le vide est patent et il est la pièce centrale de l'échec de la désignation du candidat antilibéral à l'élection présidentielle, les autres aspects étant collatéraux. On peut ajouter que moins le projet est abouti, plus l'offre politique et les ardeurs sont fortes, notamment en privilégiant la recherche de la personnalité charismatique susceptible de compenser la faiblesse de fond.

La nécessité de l'analyse de nos sociétés

Il y a donc urgence à reprendre l'analyse de nos sociétés avec l'espoir de pouvoir conclure que le système capitaliste n'est ni une création divine ni un phénomène darwiniste inéluctable, mais au contraire l'image de l'inachèvement de la pensée humaine. Faute de quoi, l'humanité serait perpétuellement condamnée aux soubresauts.

Et il y a de bonnes raisons d'espérer, notamment en découvrant que le système monétaire en vigueur dans le monde entier est non pas naturel mais créé de toutes pièces par les décideurs et qu'il peut tout simplement être remplacé pour permettre aux peuples de prendre en charge les questions de capital.

Est-ce à dire qu'une fois réalisée cette indispensable analyse, l'espoir d'un changement radical de société se profilerait à nouveau, fusse à la faveur de quelque grand soir ?

L'expérience de deux siècles violents, violence inscrite dans la culture de tous les protagonistes et dont nous ne sommes bien entendu pas débarrassés, plaide pour une approche citoyenne non exclusive, non exhaustive. Elle permettrait, avec le concours des États et autres gouvernances légiférant, la mise en place de solutions alternatives dans le domaine de l'économie réelle des entreprises, du système financier et du dispositif social, avec l'impérieux devoir d'organiser la coexistence et la coopération de systèmes idéologiquement concurrents.

Il conviendra pour ce faire de mener aussi l'analyse de la démocratie, basée partout sur le centralisme démocratique, la loi du gagnant s'imposant à tous, pour tenter d'évoluer vers une démocratie d'expériences, de coexistence et de coopération.

Il s'agit donc de mettre en forme des projets politiques nouveaux.

Jean-Pierre Beux
Le 1er février 2007.
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