Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Les humeurs, les rumeurs, les coups de cœur, les coups de gueule, et puis les amitiés de la rue et de plus loin, de la journée, de l'air du temps...un peu de tout, un peu de rien, mais toujours à gauche.

Publicité

A bon entendeur, salut !

La gôche peut toujours faire des courbettes à l'Eglise, elle n'aura pas ses voies (pas si impénétrables que cela), même habillée de blanc....

                



LA CROIX 31 JANVIER 2007 page 27

 
Nicolas Sarkozy, retour sur un discours


J
’ai relu le discours de Nicolas Sarkozy après l’avoir regardé et entendu à la télévision. Il mérite qu’on y revienne, pas seulement à cause de la qualité de l’éloquence, davantage à cause de la substance. Indépendamment du vote qu’on se propose d’émet­ tre en avril et mai, on ne peut que souhaiter voir la campagne monter souvent à cette hauteur. Que Ségo­ lène Royal et François Bayrou s’y efforcent !
Nicolas Sarkozy a longuement évoqué de grandes figures du passé. François Hollande lui a dénié ensuite le droit de parler de Jean Jaurès. Plus judicieusement, Jean Daniel a écrit dans Le Nouvel Observateur : « Je ne trouve pas régressif qu’une centaine de milliers de militants de droite fassent une ovation à un “sauveur” qui a recours à un langage que j’ai toute ma vie entendu dans l’autre camp.» Et François Hollande devrait se souvenir de la façon dont François Mitterrand assumait tout le passé national. Il a célébré presque en même temps Hugues Capet, fon­ dateur d’une grande dynastie, et la Révolution française qui a coupé le cou non à Louis XVI et à Marie­ Antoinette, mais à « Louis Capet » et à « la veuve Capet » ! En même temps, le lyrisme des évocations a parfois entraîné des erreurs. Ce n’est pas une Résistance unanime qui a voulu le changement d’atti­ tude à l’égard de l’Allemagne et la création de l’Europe. Henri Frenay et quelques autres ont dû se battre contre le général de Gaulle sur ces points.
Le passé national est-il celui de Nicolas Sarkozy ? J’avoue être particulièrement sensible à son insistance en la matière, parce que le sujet me concerne person­ nellement, encore que lui soit né en France et moi à l’étranger. Dans son discours, il en parle à trois re­ prises. « Moi, petit Français au sang mêlé » ; « Ma France, c’est une nation ouverte, accueillante… C’est elle qui m’a fait ce que je suis » ; « Les enfants des républicains espagnols parqués dans des camps de réfugiés, les enfants des juifs persécutés par la milice, les descendants des camisards des Cévennes, les fils des harkis n’ont rien oublié de leur histoire. Mais ils ont pris comme moi, fils d’immigré, la culture, la langue et l’histoire de France en partage. »
Fallait-il pour autant « prendre en partage » le terrible et nuisible cocorico de tant d’hommes politiques et parler de la France qui « a étonné le monde » ? Fallait-il passer sous silence la politique du minis­ tre de l’intérieur qui fait expulser impitoyablement tant de jeunes et de moins jeunes qui auraient pu faire de la France leur patrie ?
On peut aussi être en désaccord sur l’appel à ne pas trop se fixer sur les aspects négatifs du passé des groupes qui composent la nation, mais l’évocation des hé­ros positifs a belle allure, qu’il s’agisse des Justes honorés à Yad Vashem (qui ont, ce que Simone Veil dit, permis la survie des deux tiers des juifs de France) ou des moines de Tibhirine. Il y a de l’audace à proclamer alors que « par son humanité immense, par sa volonté de rassembler les hommes, le frère Christian a fait honneur à la France laïque et républicaine. »

D’où l’idée qu’il serait « absurde d’opposer ce sentiment religieux à la morale laïque » .


L’évocation de Jacques Chaban­ Delmas n’est pas innocente, puis­ que celui-ci a été trahi par Jacques Chirac. Mais Nicolas Sarkozy se réfère expressément au « rêve si beau, si prémonitoire, de la Nouvelle Société » , ce rêve qu’a voulu tuer Georges Pompidou. Mais l’orateur est-il alors pleinement sincère, alors que, comme maire de Neuilly, il a délibérément refusé de se soumettre à la loi et de construire les logements sociaux qu’il réclame dans son discours ? De même, quand il dit, à juste titre : « La démocratie irréprochable, ce n’est pas une démocratie où les nominations se décident en fonction des connivences et des amitiés, mais en fonction des compétences » , on se demande si le ministre de l’intérieur n’a tenu compte que des compétences dans les nominations dans la Police nationale ou dans les préfectures.

Des sujets importants, comme la fonction présidentielle ou l’Europe, mériteraient un examen détaillé. On y reviendra nécessairement au cours de la campagne. Mais le point central du discours a été la double et constante référence à la morale et à la République. Lorsque Nicolas Sarkozy dit : « La République n’est pas une religion. La République n’est pas un dogme. La République est un projet toujours inachevé » , il reprend presque un texte de Victor Hugo: «J’ai cru longtemps que la République n’était qu’une forme politique. La République est une idée, la République est un principe, la République est un droit. La République est l’incarnation même du progrès. » Dans aucun autre pays sans doute, le mot « République » n’est chargé d’une telle affectivité, d’un tel poids moral. L’éloquence du candidat investi par l’UMP a provoqué l’enthousiasme des militants rassemblés. Ont-ils vraiment compris qu’ils acclamaient nombre d’idées qui n’étaient pas les leurs ? Mais l’orateur leur destinait-il ces passages ? Ne s’adressait-il pas plutôt à ceux qu’il évoque à la fin : «… me laisser libre d’aller vers les autres, vers celui qui n’a jamais été mon ami, qui n’a jamais appartenu à notre camp, à notre famille politique, qui parfois nous a combattus » ? Pour faire droit à leurs aspirations ou simplement pour gagner leurs voix ?


Le point central du discours a été la double et constante référence à la morale et à la République.

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article