-*- associations

Jeudi 1 septembre 2005 4 01 09 2005 21:01

Du nécessaire équilibre entre membres fondateurs et “ membres actifs ” au sein du Conseil d’Administration de l’association Attac : Exprimer au plus près la volonté des adhérents
 

Le Conseil d’Administration d’Attac se compose de 36 membres. 18 administrateurs sont issus du collège des fondateurs et 12 administrateurs avec droit de vote + 6 invités permanents sont des “ membres actifs ” élus par les adhérents. En fin d’année 2005 va avoir lieu la troisième élection d’un Conseil d’administration (CA) d’Attac. 1999, 2002 : chacune de ces élections a marqué et a été marquée par l’évolution de notre association et du rapport entre ses différentes composantes. L’élection de décembre 2005 va être, elle aussi, le reflet de notre évolution. Jusqu’à présent les choix offerts ne l’ont été que sur les candidats “ membres actifs ” : l’élection par les adhérents des membres fondateurs s’est toujours faite sur liste bloquée. De même les orientations d’Attac n’ont jamais été soumises aux adhérents, peut être parce qu’elle ne posaient pas de difficulté.

Pour la première fois aujourd’hui, la définition de ce projet commun et l’établissement d’une liste unique posent des problèmes.

Ces problèmes sont liés aux choix d’orientation qui concernent l’évolution de notre association pour les années à venir. Plusieurs prises de position, rendues publiques, en provenance de certains fondateurs, si elles ont nourries la diversité n’ont pas permis un traitement global des problèmes posés. Il semble que se soit manifesté un projet d’orientation spécifique différent de celui qu’exprimerait la continuité de la direction désignée en 2002. Les choix opérés depuis la création d’Attac ont été faits à la suite de discussions et suivant le mode opératoire consensuel qui dirigeait notre association. Ils répondaient à une certaine unité de vue. Aujourd’hui nous nous trouvons face à des projets qui marquent une évolution différente, voire même sur certains points contradictoires.

Il faut bien, alors, admettre l’évidence et prendre en compte l’évolution d’Attac et le besoin de démocratie qui s’étend : il doit y avoir discussion et choix au sein de notre association. Les premiers concernés sont les adhérents. Or, les représentants des fondateurs ne disposent pas d’éléments vraiment fiables d’appréciation sur le souhait des adhérents : quelques prises de positions électroniques ne sauraient constituer un panel suffisant.

Dans ces circonstances, si la constitution de la liste “ fondateurs ” obéissait au principe d’une liste formée de 18 candidats, avec vote bloqué comme lors des précédentes élections, le risque serait grand que les candidats soient choisis à partir de critères souvent externes au choix des adhérents ; critères qui prendraient seulement leur source dans les organisations que représenteraient les fondateurs désignés. Le danger est celui d’une construction opaque en matière de projet, génératrice, au mieux, de ruptures entre les adhérents et l’association, au pire de la mise en place d’une nébuleuse impraticable par les différentes instances d’Attac.

Comment éviter que se manifeste ainsi une coupure entre fondateurs et adhérents d’Attac, ce qui serait, chacun en conviendra, une situation très grave pour l’association ?

Selon les statuts (article 7-1), les adhérents élisent suivant une même procédure les représentants des deux collèges. La limitation à 18 du nombre de candidats du collège des fondateurs est certes une pratique autorisée par les statuts, mais elle ne nous semble pas conforme aux principes d’un suffrage démocratique. Dans les circonstances actuelles, cette limitation porte en germe le risque de rejet en bloc par les adhérents d’une liste ainsi verrouillée de 18 candidats représentants des fondateurs. Il ne paraît plus possible pour les adhérents d’Attac de ne pas renforcer les éléments de démocratie qui permettent de désigner les représentants de leur association. La non prise en compte d’éléments démocratiques pourrait nous conduire à une crise de représentation, à une crise majeure. Et celle-ci interviendrait au moment où la participation à la victoire sans précédent du 29 mai confère à Attac des responsabilités, sans précédent elles aussi.

Face à une telle situation, ce sont les adhérents, seuls détenteurs de la souveraineté dans notre association, qui doivent avoir le dernier mot : ils doivent pouvoir choisir, dans le respect des statuts et aussi des compétences des fondateurs, comme ils ont choisi de faire la campagne sur le TCE.

Ainsi, s’il y a des divergences - qu’elles portent sur les orientations ou le fonctionnement - elles doivent être aussi soumises au jugement des adhérents.

Les conditions de stricte égalité entre actifs et fondateurs ne sauraient se passer du débat nécessaire à tous les échelons d’Attac afin de poser la marque d’une confiance partagée.

Ne pas respecter ces conditions d’égalité conduirait à un clivage entre deux catégories de membres du Conseil d’Administration et porterait donc atteinte à la légitimité de la future direction.

C’est dans ces conditions qu’est proposée la motion suivante.

 

Motion :

Pour éviter le risque de crise, nous demandons que, si le collège des fondateurs, dans sa réunion du 3 septembre prochain, ne parvient pas à construire une proposition unanime, le Conseil d’Administration d’Attac l’invite à :

·       présenter une liste large de candidats fondateurs (typiquement 25 à 27 candidats) pour le élections au CA ;

·       présenter et expliciter pour les adhérents de l’association les différents projets d’orientation et de fonctionnement d’Attac, projets qui seront envoyés en même temps que les listes de candidatures des “ membres actifs ” et des membres fondateurs ;

·       demander à l’occasion de leur candidature, à chaque candidat actif et fondateur une prise de position claire (y compris, éventuellement, son choix pour la présidence et le bureau) concernant l’avenir d’Attac ;

·       et, en tout état de cause, demander à chaque candidat sortant, qu’il soit fondateur ou actif, de fournir un bilan de son activité des 3 ans écoulés au sein de la direction d’Attac.

·     Demander à chaque représentant d’organisation au sein du collège des fondateurs candidat au Conseil d’Administration, de présenter et d’écrire le mandat politique sur lequel il est désigné au sein d’Attac, et de préciser qu’elle articulation son organisation compte mettre en œuvre pour privilégier les relations entre elle et Attac.

 

Les adhérents éliront les représentants au Conseil d’Administration en adoptant la même procédure pour les deux collèges : en conservant 18 noms sur la liste fondateurs et 12 noms sur la liste des “ membres actifs ”, sachant que provisoirement (en attendant la mise en chantier des nouveaux statuts) le CA s’engage à reconduire le processus des 6 invités “ membres actifs ” supplémentaires.

Parallèlement, les projets évoqués ci-dessus, portés et signés par les représentants des fondateurs qui se reconnaissent dans leur contenu, seront soumis, en même temps que les listes de candidatures, à l'ensemble des adhérents ; ceux-ci pourront ainsi exprimer, au moyen d’un bulletin de vote séparé, leur accord ou leur proximité avec ces projets (cases à cocher).

De même, ces projets serviront d’introduction à un débat en Assemblée Générale sur l’orientation d’Attac et seront utilisés par le collège des fondateurs et le CA pour poursuivre la dynamique de l’association.

Par ailleurs il est souhaitable :

·         que le Conseil d’Administration d’Attac invite l’ensemble des candidats à mettre en œuvre une clause tendant à atteindre la parité dans chacun des collèges ;

·    que les diverses composantes existant au sein des fondateurs soient représentées au Conseil d’Administration.

Nous demandons aussi la convocation d’un Conseil d’Administration extraordinaire le samedi 3 septembre à 18 h, à l’issue de la réunion du Collège des fondateurs. Informé du choix des fondateurs, le Conseil d’Administration prendra les décisions d’organisation de l’Assemblée générale en conséquence.

Dominique Gauthier (n°23950), Michel Gicquel (n° 9977), Bernadette Jonquet (n° 12986), Dominique Mourlane (n° 801), Agnès Perrin (n° 7824), Jacques Weber (n° 680)

Par Dominique Mourlane - Publié dans : -*- associations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 14 septembre 2006 4 14 09 2006 22:24

 

J’aime Attac, pas la langue de bois

 

 

Par Aurélien Bernier,

 

Élu membre actif en juin 2006 au Conseil d’administration d’Attac

 

Animateur de la commission OGM

 

 

La contribution de Geneviève Azam, Susan George, Jean-Marie Harribey et Pierre Khalfa publiée dans le numéro de Politis du 31 août est ahurissante à plus d’un titre. En plus de caricaturer les positions des « amis de Bernard Cassen et Jacques Nikonoff » au mépris de toute rigueur intellectuelle, ce texte débute par une sorte de diktat insupportable. Il peut être reformulé ainsi : les ABCJN (Amis de Bernard Cassen et Jacques Nikonoff, dont j’avoue faire partie pour ceux que les représentations binaires satisfont) doivent avant toute chose admettre la « fraude » et en endosser la responsabilité pour qu’il existe un espoir de sauver Attac.

 

Et bien non, cher camarades, je n’admets pas et j’endosse encore moins. Car je n’ai pas fraudé et j’en atteste sur l’honneur. Car j’ai l’intime conviction qu’aucun de nous n’a fraudé. Et que, excusez du peu, les témoignages des dépouilleurs et l’analyse qui en ressort remettent totalement en cause les conclusions des fameuses études statistiques qui démontreraient des manipulations.

 

Ce déni de la présomption d’innocence sert, pour reprendre une expression à la mode, de véritable « rideau de fumée ». Comme avant lui, le fameux « style de direction » attribué à Jacques Nikonoff. Il suffit de participer à une réunion du Conseil d’administration pour constater qu’en matière d’autoritarisme, la plupart des rivaux de Nikonoff n’ont de leçon à recevoir de personne.

 

Mais nos opposants connaissent bien la devise des Shadocks : « Pour qu’il y ait le moins de mécontents possible il faut toujours taper sur les mêmes ». C’est ainsi que Nikonoff endossa tous les crimes, jusqu’à cette accusation gravissime de fraude électorale.

 

 

En attendant, les véritables questions étaient et sont toujours soigneusement rangées au fond d’un tiroir. Celles qui permettraient de débattre de la place du mouvement Attac dans le paysage politique des prochaines années. Et c’est bien là que les opinions divergent, principalement pour des raisons stratégiques et culturelles.


Puisque j’appartiens également à la CGT, dont certains organes sont fondateurs d’Attac, je m’autorise à poser la question brutalement : l’intérêt de telles structures fondatrices est-il qu’Attac soit visible dans une période comme celle que nous allons vivre en 2007 et 2008, au risque qu’elle leur pique des « parts de marché » ?

 

Pour moi, la réponse devrait être oui, puisque grâce à son rôle d’éducation populaire, Attac peut repolitiser des citoyens qui, dans un second temps, s’impliqueront dans d’autres organisations, et notamment les syndicats.

 

Mais dans la pratique, ces structures craignent une concurrence d’Attac. La meilleure preuve en est que bon nombre d’organisations fondatrices opposées à Cassen et Nikonoff ne relaient ce qui se produit à Attac que pour discréditer la « direction ». Les adhérents de l’UGICT-CGT savent qu’il y aurait une fraude, mais ignorent tout de la préparation du manifeste 2007 de rupture avec les politiques néolibérales !


Pourtant, dans une certaine mesure, je ne remets pas en cause la sincérité des EBCJN (Ennemis de Bernard Cassen et Jacques Nikonoff). Je pense seulement qu’ils ne peuvent s’empêcher de vouloir construire une Attac à leur image, qu’il s’agisse des idées ou des pratiques militantes. Le problème est, d’une part, qu’ils semblent considérer que tous les coups sont permis pour y parvenir et, d’autre part, qu’Attac n’a jamais été faite pour ça !


Attac fut en 1999 mon tout premier engagement militant. Si j’ai choisi cette association, et pas une autre, c’est pour deux raisons claires.

 

En premier lieu, les citoyens se retrouvent de moins en moins dans des discours réductionnistes qui peinent à mettre en lumière les véritables mécanismes de la révolution conservatrice qu’ils subissent. Or, Attac tape là où ça fait mal : elle désigne l’OMC, le FMI, la Banque Mondiale, les grandes multinationales ou l’Union Européenne comme acteurs centraux de l’offensive libérale.

Mais Attac ne démonte pas seulement les mécanismes avec précision et logique, arguments à l’appui. Elle fait naître de la réflexion collective des « citoyens experts », capables d’apprécier la situation politique au travers d’une grille de lecture neuve, sans référence aux dogmes classiques. L’autonomie que les adhérents, rassemblés pour partie dans des comités locaux, peuvent y trouver est totale puisque aucune directive n’est jamais venue « d’en haut » pour s’imposer à « la base ». Attac est une association nouvelle également par la forme, du fait de son objectif central d’éducation populaire. Il s’agit bien de nous éduquer ensemble pour développer une pensée autonome.


Je garde la conviction que de très nombreuses personnes sont venues elles aussi militer dans Attac sur ces bases. Et que de nombreux adhérents potentiels ont toujours cette attente. Attac peut représenter cette forme d’engagement qui leur fera sauter le pas si nous parvenons à construire cette association de deuxième génération dont nous avons impérativement besoin.


Franchir cette étape est d’autant plus indispensable que nous avons réussi en partie notre premier travail : déconstruire l’idéologie libérale. Mais les citoyens, à juste titre, exigent qu’on leur soumette des alternatives. Et, bien évidemment, la crise actuelle plonge ses racines non seulement dans des divergences de cultures militantes, mais également dans des divergences de fond. Les EBCJN ont cru, pour préserver la plateforme commune de réflexion qu’ils voient au travers d’Attac, que le débat sur certains sujets devait être écarté. Ou traité dans un rapport de force interne au Collège des Fondateurs ou au Conseil Scientifique, sans que les adhérents en aient vraiment connaissance. Or, des thèmes comme ceux du libre échange, de la décroissance, de l’emploi, de l’énergie, de la laïcité ou de la désobéissance civile demandent aujourd’hui à être débattus largement, faute de quoi nos propositions alternatives resteront vagues et insipides. Nous voulons qu’ils le soient, non pas pour nous diviser, mais bien parce qu’il en va de notre avenir et de notre crédibilité.


Au moins, la crise que nous traversons a-t-elle déjà permis de commencer à poser ces problèmes sur la table, et de montrer que les questions de personnes sont avant tout des prétextes pour dissimuler deux conceptions très différentes d’Attac.


Dès lors, la tentation de recourir à une « troisième voie » qui se maintiendrait à distance de ces conflits ne tient pas une seule seconde, même si elle peut apparaître séduisante à première vue. Il existe depuis toujours des dizaines, des centaines de « sensibilités » dans Attac, ce qui est une richesse extraordinaire. Mais il y a clairement deux projets de développement pour l’association. Deux projets stratégiques. L’un qui considère que le regroupement des organisations existantes est un préalable à toute construction d’un mouvement fort, et que le citoyen dépolitisé viendra ensuite, attiré comme par magie par la capacité de mobilisation du mouvement social. Le Collège des Fondateurs, dans une déclaration récente, ne dit pas autre chose lorsqu’il « réaffirme son attachement au projet originel d’Attac « association d’éducation populaire tournée vers l’action » qui vise à faire réfléchir et agir de concert tous ceux qui, sur des terrains divers, luttent contre les méfaits du néo-libéralisme» (1). Soit. Mais ceux qui ne luttent pas encore, on ne s’adresse pas à eux ? On les ignore ? Il s’agit là d’une belle entreprise de réduction de la plateforme de 1998…

 

L’autre perspective, celle que nous défendons, nous les ABCJN, part du principe qu’Attac doit proposer aux adhérents de construire ensemble une réflexion autonome, de mener des actions originales, d’éviter les slogans tout faits qui ne convainquent que les convaincus d’avance.


Je prendrai donc les lignes qui me restent pour rêver tout haut à ce projet. Nous sommes en 2010. Après une grave crise de croissance, Attac a remonté la pente. Elle a même largement dépassé le nombre d’adhérents des meilleures années et flirte avec les 40 000. Les organisations y sont pour quelque chose. Réunies dans un Conseil des sages, elles ont deux missions principales d’une importance extrême : tracer les grandes orientations stratégiques sur le moyen et le long terme en fonction du contexte politique et social, et servir de courroie de transmission à double-sens entre Attac et leurs structures. Évidemment, ça s’engueule toujours un peu, mais il s’agit en quelque sorte de respecter la tradition… Le Conseil Scientifique à intégré de nouvelles compétences : des environnementalistes, des sociologues, des spécialistes de la culture et de l’éducation populaire. Le Conseil d’Administration est composé de 30 adhérents membres actifs bénéficiant d’un statut de l’élu qui favorise la représentativité et le renouvellement.

 

Attac est belle. Quand elle passe dans la rue, les gens se retournent et la regardent. Les médias l’ignorent, comme d’habitude, mais elle s’en fout : elle n’a pas besoin de ça. Elle travaille, et les comités locaux constituent sa principale force. Les libéraux redeviennent inquiets, car les citoyens trouvent ses alternatives de plus en plus crédibles. Elle est originale, publie des expertises, des bouquins, des fictions, crée des spectacles, des textes mis en musique par les Têtes Raides ou Manu Chao. Elle tient ses promesses de 1998, et c’est bon !


Ça semble complètement naïf ? Pourtant, c’est bel et bien le projet d’origine que nous avons imaginé collectivement à la lecture de l’éditorial d’Ignacio Ramonet en décembre 1997.

 

Franchement, est-ce que ce serait si difficile que ça de ne pas laisser mourir Attac, la vraie ?


(1) Déclaration du collège des fondateurs du 6 septembre 2006. http://www.france.attac.org/a6580

 


 

***********************************************************************************************************

ATTAC DANS LES MEDIAS

Article publié dans Politis du 31 août 2006.

Attac en danger de mort !

Par Geneviève Azam, Susan George, Jean-Marie Harribey et Pierre Khalfa.

Quatre représentants de l’opposition à la direction démissionnaire d’Attac réagissent ici à la tribune de Bernard Cassen publiée dans « Politis », le 27 juillet. Le débat porte notamment sur le mode d’organisation de l’association. Mais les auteurs reviennent aussi sur le scrutin de juin dernier.

Dans une longue tribune, Bernard Cassen, s’exprimant à titre personnel, mais quand même « comme président d’honneur d’Attac », donne sa conception de l’avenir de l’association. Le débat politique public est en effet une condition de la démocratie, voila pourquoi nous lui répondons. Néanmoins, avant de revenir sur les points qui sont développés et qui méritent discussion, il faut pointer un trou béant dans les propos de Bernard Cassen. Un événement impensable s’est déroulé à Attac lors de l’élection des représentants des adhérents individuels au conseil d’administration lors de la dernière assemblée générale au mois de juin : plusieurs études d’experts statisticiens, tant en interne qu’en externe (1), ont montré que les « aberrations statistiques » constatées lors du scrutin ne pouvaient s’expliquer rationnellement que par une fraude. Elle s’est produite au profit du président sortant Jacques Nikonoff et de candidats le soutenant. La synthèse des études des experts indépendants, qui avait été demandée unanimement à René Passet, personnalité respectée par tous dans Attac, confirme cette analyse.
Sous la pression de nombreux comités locaux et devant le refus de siéger de nouveaux élus, de nouvelles élections ont été décidées une semaine à peine après le résultat de l’assemblée générale de juin, preuve supplémentaire que le scrutin n’avait pas été sincère. Elles n’auront cependant lieu qu’au mois de décembre, laissant croire par là qu’il s’agirait d’autre chose que d’une invalidation des résultats de juin. On comprend que Bernard Cassen, qui a imposé Jacques Nikonoff comme président d’Attac il y a trois ans, et qui demeure l’un de ses plus fervents soutiens, soit gêné et, dans sa tribune, ne dise mot sur cette affaire. Mais taire cet événement disqualifie l’idée même d’un débat démocratique.

Une fraude électorale n’est jamais un acte anodin, encore moins à Attac. Cette situation, d’une extrême gravité dans une association d’éducation populaire se donnant pour objectif la réappropriation de la politique par les citoyens, oblige à prendre la mesure du séisme, qui va bien au-delà de telle ou telle divergence politique. C’est l’identité d’Attac qui a été touchée au c¦ur. Une fracture éthique s’est produite. Attac a besoin d’un sursaut moral, tout autant que politique, et la condition de ce sursaut, c’est avant tout de reconnaître les faits.
Or le silence de Bernard Cassen, les tentatives pathétiques de la part de ceux qui ont bénéficié de la fraude d’en nier la réalité ou, pire encore, la volonté d’intimidation (2) ne peuvent qu’aggraver la crise et pousser l’affrontement aux extrêmes. Comment, en effet, continuer ensemble, comment débattre sereinement d’éventuelles divergences politiques quand, de plus, un tel événement fait suite à l’emploi depuis plusieurs années de méthodes de direction autoritaires (3) marquées par un présidentialisme effréné ? Voilà le drame de la situation actuelle, qui ne peut que réjouir nos adversaires.
Le débat politique n’en est pas moins nécessaire, et celui évoqué par Bernard Cassen dure maintenant depuis un certain temps. Il fut l’un des enjeux de l’assemblée générale de juin et concerne la nature de l’association. Attac est une construction originale. C’est une association d’adhérents individuels, dont une partie est regroupée en plus de 200 comités locaux, souvent eux-mêmes des associations, et qui permettent à Attac d’agir au contact des citoyens au plus près du terrain. C’est un conseil scientifique, dont les analyses et les travaux ont permis à Attac d’acquérir une légitimité et une reconnaissance en matière de contre-expertise et de fournir des éléments théoriques pour l’élaboration d’alternatives. C’est enfin une association faite d’organismes divers, les «  membres fondateurs » ­ syndicats, associations de développement, associations féministes, mouvement des « sans », mouvements écologistes, de l’économie sociale et solidaire, journaux, etc. ­, regroupés en collège, intervenant sur des terrains différents, mais d’accord pour agir ensemble contre la mondialisation néolibérale. Une telle configuration permet à Attac d’élargir son audience, d’être un lieu où s’élaborent des analyses, des résistances et des alternatives, à partir de postures au départ différentes.
La force d’Attac, c’est la synergie entre toutes ses composantes, depuis les comités locaux jusqu’aux organisations fondatrices en passant par l’apport des adhérents individuels et du conseil scientifique. C’est ce qui a fait son succès et son caractère inédit. Attac est un lieu de convergence où s’élaborent des stratégies singulières qui dépassent celles de ses composantes et où s’affirme un projet inédit « d’association d’éducation populaire tournée vers l’action ». Ses axes sont clairement identifiés depuis sa création : déconstruire l’idéologie néolibérale, élaborer des alternatives et construire les rapports de force pour imposer des orientations nouvelles en termes sociaux et écologiques, s’inscrire dans le mouvement altermondialiste.

L’objectif de Bernard Cassen, de Jacques Nikonoff et de leurs amis est d’en finir avec cette configuration originale pour transformer Attac en une simple organisation d’adhérents individuels. Ils avaient pour cela appelé les adhérents à voter contre la liste présentée par le collège des fondateurs lors de la dernière assemblée générale, espérant ainsi se débarrasser des organisations qui y étaient présentes. Les adhérents ne les ont pas suivis. Bernard Cassen agite l’étendard de l’indépendance de l’association, mais serait bien en peine de donner le moindre exemple de situation où celle-ci a été remise en cause par les organisations fondatrices. Alors même que les fondateurs sont majoritaires au conseil d’administration, ce sont eux-mêmes qui ont proposé que les représentants des adhérents individuels aient la majorité des voix en son sein. Ils n’ont jamais empêché Attac de prendre telle initiative ou telle position ; il n’y a jamais eu d’opposition entre les fondateurs pris en bloc et les représentants des adhérents individuels pris en bloc. Des désaccords politiques peuvent certes exister, mais n’opposent pas fondateurs d’un côté et adhérents de l’autre. Ils traversent toute l’association. Bientôt, avec la réforme des statuts en cours, ces derniers seront majoritaires au conseil d’administration, et tout risque de contrôle par les fondateurs sera totalement exclu.
Seules les associations Attac de France et d’Allemagne ont réellement réussi à construire un dispositif de cette nature, et ce n’est sans doute pas un hasard si ce sont les pays où l’association s’est le plus développée. De ce point de vue, réduire Attac à une simple association d’adhérents individuels apparaît d’abord comme profondément appauvrissant. Cela amputerait Attac d’une partie de ce qui fait sa richesse et son succès, et la priverait d’une « force de frappe » non négligeable du point de vue de ses actions et de la diffusion de ses idées.
Pourquoi alors une telle orientation ? À l’origine, il s’agissait uniquement d’interdire aux fondateurs, très critiques sur le mode de direction et les pratiques de Jacques Nikonoff, de participer à l’élection du futur président et d’empêcher ainsi éventuellement sa réélection. Chemin faisant, le débat a pris une autre tournure : Jacques Nikonoff, dans un texte écrit pour l’assemblée générale de juin, refuse maintenant l’idée même qu’Attac puisse être un lieu de convergence, ce que Bernard Cassen admet malgré tout au détour d’une phrase dans sa tribune. Bernard Cassen pense, lui, qu’Attac est en concurrence avec ses organisations fondatrices et doit donc défendre ses « parts de marché politique ». Il est étonnant de voir comment l’imaginaire social du néolibéralisme arrive à contaminer ceux-là même qui le combattent. Avec cette vision d’Attac comme organisation à la recherche de « parts de marché », Bernard Cassen veut jeter Attac dans la logique « de la concurrence libre et non faussée » à l’opposé de la logique de la solidarité. Non seulement il n’y a pas de concurrence, mais il y a un besoin réciproque d’existence, de développement et d’articulation à construire ensemble. Il faut faire vivre Attac comme un processus de symbiose, c’est-à-dire l’association durable et réciproquement profitable entre organismes vivants.

Vouloir faire d’Attac une simple association d’adhérents individuels aurait une autre conséquence que Bernard Cassen fait semblant de ne pas voir. Le domaine d’Attac est la lutte contre la mondialisation néolibérale, et celle-ci touche de plus en plus d’aspects de la vie sociale. Le champ d’intervention d’Attac s’est donc petit à petit élargi. Quelle est, dans ce cadre, sa différence avec un parti politique ? C’est la conscience forte que la réappropriation du politique par les citoyens ne passe pas par la création d’un nouveau parti qui aurait une part de marché à conquérir et pour cela reproduirait des pratiques ayant conduit à la crise politique que nous avons devant nous. C’est l’espoir de voir émerger de nouvelles pratiques et de nouvelles alliances pour la construction d’un autre monde. Évidemment, Attac ne présente pas de candidats aux élections. Mais pourquoi ? Parce qu’Attac est justement ce lieu de convergence entre des individus et des mouvements ayant des histoires et des choix politiques électoraux d’une grande diversité.
Le fait qu’Attac joue ce rôle indispensable l’empêche de se transformer en parti politique. La remise en cause de la nature d’Attac comme lieu de convergence antilibéral, avec la mise à l’écart des organisations fondatrices, ouvrira la porte ­ que ses partisans en aient conscience ou pas ­ à une logique de parti et à la transformation progressive de notre association en parti, même si formellement l’appellation « association » est maintenue. Déjà, en 2004, au moment des élections européennes, Bernard Cassen, en liaison avec Jacques Nikonoff, avait lancé les listes dites « 100 % altermondialistes » qui se confondaient aisément, et pour cause, avec Attac elle-même. Cette initiative, montée sans débats dans le dos de l’association, avait à l’époque provoqué une crise importante.
Attac est donc doublement en danger de mort. D’abord, parce qu’une fraude électorale a brisé net une confiance déjà bien ébranlée par le développement de pratiques de direction bureaucratiques (4) ; ensuite parce que Bernard Cassen et Jacques Nikonoff essaient de construire un projet pour en finir avec une configuration qui a fait le succès d’Attac. C’est au moment où des débats essentiels et souvent difficiles traversent le mouvement altermondialiste dans son ensemble à propos des points de rupture à mettre en avant, et des modalités et alliances pour les mettre en ¦uvre, qu’un repli sectaire veut être imposé à Attac, reproduisant par là les pires erreurs des mouvements d’émancipation qui nous ont précédés. Les prochaines élections prévues au CA doivent donc être le moment d’un double choix, un choix politique doublé d’un choix moral. Les adhérents d’Attac auront dans leurs mains l’avenir d’une association qui a été « à nulle autre pareille ».

Geneviève Azam, Susan George, Jean-Marie Harribey et Pierre Khalfa

Geneviève Azam et Jean-Marie Harribey ont été élus au conseil d’administration comme représentant les adhérents individuels.
Susan George, ancienne vice-présidente, et Pierre Khalfa, secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires, ont été élus au conseil d’administration au titre des membres fondateurs.

(1) Les lecteurs intéressés peuvent se reporter à l’adresse suivante http://hussonet.free.fr/pour avoir un aperçu de la discussion sur ce point.

(2) Jacques Nikonoff et Bernard Cassen ont porté plainte en diffamation contre Thomas Coutrot, membre du conseil scientifique de l’association. Ceux qui souhaiteraient lui manifester leur solidarité peuvent signer une pétition de soutien à soutienthcoutrot@laposte.net

(3) Les lecteurs intéressés peuvent consulter utilement les contributions des trois anciens vice-présidents d’Attac et d’un certain nombre d’anciens élus du CA représentant les adhérents individuels (http://france.attac.org/rubrique.php3 ?id_rubrique=716)

(4) Un exemple parmi d’autres de ces pratiques : au début de la campagne référendaire, Jacques Nikonoff avait établi, sans même en parler au CA et au bureau de l’association, une très courte liste de personnes autorisées à intervenir dans les réunions organisées par les comités locaux ; vu le nombre de réunions à couvrir, ces personnes ne pouvaient évidemment pas répondre à toutes les demandes ; c’est d’ailleurs parce qu’un comité local s’était plaint de ne pas pouvoir avoir d’intervenants que le pot aux roses a été découvert, et il faudra plusieurs heures de « discussion » au CA d’avril 2005 pour qu’une liste comprenant toutes les personnes en capacité d’intervenir sur le sujet soit enfin montée.

Par Dominique Mourlane - Publié dans : -*- associations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 15 septembre 2006 5 15 09 2006 08:12
Pour un renouveau du rôle des membres fondateurs

L’annonce du retrait du Monde diplomatique et de Politis du Conseil d’administration d’Attac, pour l’élection du mois de décembre, suivie par celle de Golias, d’ESCOOP et de la Fédération française des maisons de jeunes et de la culture, correspond à la fin d’une période pour notre association. Cette décision peut ainsi marquer, à condition d’en saisir la portée, le début du renouveau d’Attac. Ne nous y trompons pas, huit ans après la création d’Attac, Le Monde diplomatique et Politis, ainsi que les autres organisations fondatrices qui ont pris cette décision, proposent à l’ensemble de l’association un nouvel acte fondateur.

Le Monde diplomatique et Politis appellent à des mesures radicales pour traiter les causes profondes de la crise d’Attac. Cette dernière tient en effet largement au fait que les questions de la nature et de l’identité de l’association n’ont jamais pu être abordées de front devant l’ensemble des adhérents en raison des dysfonctionnements des instances statutaires de l’association, particulièrement le Collège des fondateurs d’où sont nées toutes les crises. En huit ans d’existence, à l’exception d’une réunion de travail en 2002, le Collège des fondateurs s’est seulement intéressé aux enjeux de pouvoir dans Attac et n’a nullement joué son rôle statutaire (article 11) : « Proposer au Conseil d’administration les grandes orientations et lignes d’action de l’association ». Alors qu’une majorité des membres fondateurs considère qu’Attac doit être un lieu de « convergence » des mouvements sociaux contre les politiques néolibérales, rien de concret n’a jamais été entrepris pour y parvenir, le meilleur exemple étant celui du refus de proposer l’organisation d’un Forum social national, à l’image du FSE et du FSM.

La raison tient à la trop forte implication des représentants des membres fondateurs dans le fonctionnement quotidien de l’association, puisqu’ils représentent 18 des 30 membres du Conseil d’administration. C’est pourquoi un nouvel équilibre est nécessaire, permettant à la fois aux adhérents d’être pleinement souverains sur leur association, et aux membres fondateurs de donner le meilleur d’eux-mêmes.

Le succès d’Attac, y compris à l’échelle internationale, est le résultat d’une double convergence. Celle, d’une part, à l’échelle locale, d’adhérents individuels provenant de différentes organisations, parfois en concurrence entre elles, et de personnes n’ayant jamais eu d’engagement, auxquelles se sont souvent jointes des structures locales des organisations fondatrices. Les comités locaux ont été le creuset dans lequel une nouvelle culture politique a pu commencer à se forger. La seconde convergence, à l’échelle nationale dans le cadre du Collège des fondateurs, résulte de la rencontre entre des organisations qui se combattaient parfois sévèrement, et qui ont pu se rassembler sur la base de la plate-forme d’Attac. Cette richesse doit être préservée et développée en fonction de l’évolution de l’association et des aspirations de ses adhérents.

Les signataires du présent Appel proposent à chaque membre fondateur, pris individuellement, et au Collège des fondateurs dans son ensemble, les mesures suivantes :

1.- Adoption, unanime si possible, d’un projet de modification des statuts concernant la place des fondateurs au sein d’Attac.

2.- Le Conseil d’administration serait composé de 30 membres, tous issus des adhérents, sans administrateurs issus des fondateurs.

3.- Le Collège des fondateurs recentrerait son action dans deux domaines : proposer de grandes orientations, travailler à l’élaboration d’analyses et de positions communes, ce qui implique beaucoup de débats et d’échanges ; contribuer à faire du Collège des fondateurs d’Attac un espace de convergence des mouvements sociaux contre les politiques néolibérales.

4.- Dans cette perspective, le Collège des fondateurs engagerait une réflexion visant à élargir, à d’autres organisations, le nombre de ses membres. En effet sa composition est pratiquement figée depuis huit ans. Il pourrait accueillir sans conflits de nouveaux membres représentatifs de la mouvance altermondialiste et de l’évolution des mouvements sociaux dans la dernière période puisqu’il serait désormais déconnecté de tout enjeu de pouvoir au sein d’Attac.

5.- Le Collège des fondateurs serait doté de nouveaux pouvoirs : convoquer un Conseil d’administration ou une Assemblée générale extraordinaire.

6.- En attendant le vote de cette nouvelle modification des statuts, qui pourrait intervenir en 2007, le Collège des fondateurs ne présenterait pas de liste aux élections de décembre 2006.

Ces propositions sont à débattre au Collège des fondateurs bien évidemment, mais aussi au Conseil d’administration et dans les comités locaux.

Soyons clair. Il ne s’agit évidemment pas de demander aux membres fondateurs de se désengager de l’association. Ils doivent au contraire amplifier ou démarrer pour certains leur participation aux travaux des commissions et groupes de travail, tout comme favoriser l’implication de leurs structures de base dans les comités locaux.

Les organisations et personnalités membres du Collège des fondateurs pourraient alors jouer un rôle décisif pour aider Attac à surmonter la situation particulièrement grave dans laquelle elle se trouve actuellement.

Le 14 septembre 2006.

Premiers signataires :

Catherine Agnias (75), Jean-Pierre Beauvais (membre du CA, fondateur, Politis), Marie-Loue Benoit (74), Aurélien Bernier (membre du CA, 86), Marie Bougnet (91), Marc Brunet (84), Gael Brustier (93), Bernard Cassen (membre du CA, fondateur, Le Monde diplomatique), Bruno Ciofi (68), Valérie Coignard (membre du CA, 91), Michèle Dessenne (membre du CA, fondatrice, Les Pénélopes), Emmanuelle Gaziello (membre du CA, 06), Danielle Goussot (membre du CA, 84), Cécile Guillerme (membre du CA, fondatrice, Fédération française des maisons de jeunes et de la culture), Patrice Hemet (77), Sabine Jauffret (81), Bernadette Jonquet (membre du CA, 30), Michel Lasserre (18), Matthieu Laurent (membre du CA, 78), Elisabeth Milleret (74), Daniel Monteux (membre du CA, fondateur), Jacques Nikonoff (membre du CA, 95), Francine Palisson (fondatrice, Golias), Michel Quinet (74), François Riether (17), Bernard Teper (fondateur, UFAL), Christophe Ventura (75), Jacques Weber (membre du CA, 94).

Pour signer cet appel ou faire part de vos commentaires et propositions, écrivez à Valérie Coignard :
valeriecoignard@wanadoo.fr
Par Dominique Mourlane - Publié dans : -*- associations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 25 septembre 2006 1 25 09 2006 20:48
Quand un accident grave survient, le premier réflexe est de trouver une cause immédiate, évidente, qui ne pose pas de question.

Lors de son premier vol, la fusée Ariane 5 a du être détruite en plein vol, quelques minutes après son décollage, en raison d’une erreur informatique qui avait rendu le lanceur incontrôlable. La cause immédiate de la panne responsable de cet échec était une erreur de programmation stupide, décrite dans tous les manuels destinés aux programmeurs débutants.

Compte tenu des enjeux industriels du programme, l’enquête ne s’est évidemment pas arrêtée à ce constat. Une commission, présidée par des scientifiques à la compétence reconnue, s’est attachée à remonter la chaîne des causalités qui ont pu rendre possible un tel accident.

Le rapport de la dite commission est sans appel, l’erreur de programmation a certes été le facteur déclenchant ultime, mais sans un contexte où de petites économies en petites dissimulations l’ensemble du processus d’élaboration du projet était miné, une telle erreur n’aurait jamais pu se produire.

La Suède vient de passer fort près d’un accident grave dans une centrale électronucléaire. Un court-circuit stupide, etc. Même processus, voir ci-dessus.

Attac France est en train d’exploser en plein vol. La manipulation de bulletins de vote semble avérée. Qu’une telle dérive, inexcusable, ait pu se produire dans notre association ne peut pas être expliqué simplement par le dérapage de quelques personnes.

Couper quelques têtes ne suffira pas pour remettre Attac sur ses rails. Si tant est qu’il soit souhaitable de pratiquer l’acharnement thérapeutique face à ce qui est peut-être un coma dépassé.

Est-il encore possible, opportun, faisable de retrouver la praxis qui nous a permis d’emporter ce NON glorieux et fatidique à la fois ? Attac est-elle définitivement rongée par ses propres victoires ? Victoires qui ont réactivé les convoitises des forces depuis longtemps désireuses de la ramener dans le champ connu et miné de la politicardise. Forces présentes dans les deux camps dits opposés mais dont le seul but était et est de faire participer Attac à la lutte pour le pouvoir étatique hic et nunc. Créant ainsi un gouffre parmi les membres.

A jamais ? Voilà la question. N’oublions pas qu’un mouvement est divisé par sa faiblesse, et pas le contraire.

Si l’on souhaite réellement continuer l’aventure, si l’on souhaite réellement continuer à faire travailler ensemble des personnes et des organisations d’horizons divers, voire opposés sur certaines questions essentielles, il ne sera pas possible de faire l’économie d’une analyse politique complète de ce qui a conduit aux dérapages de tous bords lors des dernières élections : manipulations de bulletins ; mise en scène médiatique ; coups de théâtre à répétition ; non respect des simples règles de toute association en préférant convoquer la presse en lieu et place d’une commission électorale créée à cet effet ; marchandages des représentations des différentes « sensibilités » pour toutes les décisions à prendre ; etc.

Il faut revenir sur les suites du Larzac, sur ce qui a poussé certains à répéter en boucle des arguments mensongers (la soi disant condamnation de la Confédération paysanne dans un article de presse où elle n’est citée nulle part, par exemple).

Il faut revenir sur les faux débats qui ont accompagné la création des listes « 100% », non pour ressasser en boucle la fourberie prétendue de la direction d’alors, mais pour aborder de face l’articulation entre les mouvements d’éducation populaire et le champ politique. Les mêmes qui crient au loup ne semblent pourtant guère gênés de figurer dans de multiples comités de soutien électoraux. Et il n’y a d’ailleurs aucune raison de le leur reprocher, c’est une prise de position légitime. La condamnation de tous les politiques au nom du « tous pourris » a des relents qui puent.

Il faut revenir sur les suites de la victoire du Non au référendum : beaucoup, comme moi ont cru trouver en Attac un mouvement dans lequel les différentes opinions avaient leur place, respectée et, si nécessaire, combattue ouvertement. Sans attaque ad hominem. Etre « de gauche » sans allégeance à une quelconque organisation du même nom, avec une ligne pré-établie et des instances dirigeantes peu ou prou élues, co-optées en réalité. C’est vrai dans la plupart des groupes de base, c’était une utopie au sommet. Tant que dura le combat pour le NON, cette différence de taille était masquée par la lutte commune. Dès la victoire, ce fut la curée.

Il faut revenir sur le rôle et le fonctionnement du Collège des fondateurs, cet organe dit de proposition, représentant autoproclamé du mouvement dit social, dont la diversité n’est qu’une façade par le jeu des poupées gigogne qui garantit l’unicité des prises de positions : il est amusant de tracer les liens de dépendances entre les organisations représentées, si l’on trouve trois ou quatre groupes et quelques singletons, c’est un grand maximum.

Nous avons assisté au cours de ces trois dernières années à une succession de lynchages verbaux, à une incessante suspicion de tous envers tous. La question n’est pas ici morale, elle est de comprendre, s’il est encore temps, la chaîne politique des causalités qui ont, entre autres, conduit au naufrage de l’Assemblée de Rennes.

La CNCL du prochain week-end comporte nombre d’ateliers qui aborderont cette question de l’avenir d’Attac, souhaitons que ce débat de la dernière chance ait lieu.

Jacques Weber (CA, Attac94)


N.B. Pour lever toute ambiguïté : je ne serai pas candidat aux prochaines élections au CA d’Attac.
Par Marielle & Dominique - Publié dans : -*- associations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 28 septembre 2006 4 28 09 2006 13:14
J'en appelle - une fois de plus - à l'abnégation de tous. 
Il est grand temps qu'Attac reparte du bon pied.


René Passet, le 23/08/06



Nous avons adhéré à Attac parce qu'un idéal commun nous rassemble, celui de construire un autre monde. Par la diversité de nos origines, de nos cultures, de nos histoires politiques, syndicales, professionnelles ou familiales, nous savons que le monde dans lequel nous vivons porte en germe des risques majeurs pour l'avenir même de l'humanité.

« L'autre monde » que nous voulons est un monde humaniste, juste, démocratique et pacifique, solidaire et diversifié, fondé sur de vastes échanges culturels, sur une économie mise au service de tous, et sur la préservation des équilibres entre les besoins humains et les ressources de la planète.

Antimondialiste, marquant d'abord sa critique radicale de la marchandisation généralisée, notre mouvement est devenu altermondialiste en proposant, dans le cadre des forums sociaux mondiaux et continentaux, des alternatives économiques et politiques de plus en plus crédibles.

Au sein de ce mouvement mondial, Attac a essaimé dans plus de quarante pays et en centaines de comités. Dans toute son originalité, sa diversité, son implantation, il est devenu un outil indispensable des luttes d'aujourd'hui et de notre espoir de voir se développer une autre société humaine.

Cet outil unique est aujourd'hui discrédité en France, paralysé, menacé de départs massifs, au bord de la cessation de paiement et d'une scission.

Les instances nationales, le CA actuel et le précédent, se sont englués dans des combats de pouvoir et de procédure, dans des rivalités totalement étrangères à nos idéaux, ont mené l'association à une faillite publique et n'ont pas su se placer à la hauteur du rôle international qu'Attac doit tenir. De surcroît, une crise éthique il y a encore peu inimaginable, secoue l'ensemble de l'association, à la suite d'une fraude électorale avérée ; ceci constitue un passé condamnable qu'elle devra assumer.

Ce traumatisme concerne autant l'insincérité du scrutin que le manque de démocratie interne et la dégradation des rapports humains qui l'ont longtemps précédé. Au-delà d'élections nécessaires et indiscutables, seule une réforme radicale pourra permettre de le surmonter.

Cette crise majeure doit être resituée dans le cadre des enjeux auxquels le mouvement social dans son ensemble est confronté. Devenir réellement altermondialiste aujourd'hui, c'est prendre pleinement en charge la question de la mondialité, celle de l'émergence d'une lutte contre toutes les formes de domination et de destruction humaine et écologique, à commencer par la captation des richesses, mais aussi du pouvoir. C'est donc aller au-delà du seul combat contre le néo-libéralisme.

Si Attac veut assumer son évolution « généraliste », retrouver une crédibilité aux yeux de ses adhérents et de l'extérieur, elle doit se hisser à un niveau d'exigence qui s'applique d'abord à elle-même, ce qui suppose qu'elle construise, par une redéfinition de ses rapports au pouvoir, une qualité démocratique et relationnelle cohérente avec ses propres objectifs. C'est une refondation que nous proposons au débat.

Au-delà du fait, réaffirmé ici, qu'Attac n'est pas un parti politique et ne présente pas de candidat à quelque élection que ce soit, cette refondation implique des points de rupture.

ð Le premier concerne la finalité même d'Attac.

Refusant l'alternative qui nous est présentée comme indépassable, nous disons qu'Attac doit en même temps construire un projet indépendant et constituer un lieu ouvert de rencontres, d'action et de débats permanents avec le mouvement social et citoyen.

Sans projet spécifique, Attac n'a ni existence ni finalité. Ce projet peut s'exprimer en trois volets :

· Attac élabore des analyses critiques de la société, et son domaine ne peut plus se limiter à celui de la mondialisation financière, mais s'étend à l'ensemble des aspects politiques, économiques, culturels et écologiques de notre monde.

· Attac propose des alternatives et expérimente de nouvelles formes d'action, en montrant que d'autres structures et d'autres modes de fonctionnement sont nécessaires et possibles. Le Manifeste devient alors un chantier permanent se situant bien au-delà du cadre actuel. Son élaboration devient une dynamique permanente entre les comités locaux et les instances nationales, entre les Attac des différents pays, entre les analyses théoriques et les pratiques, ceci pour répondre à un objectif d'efficacité à court terme autant qu'à une réflexion politique à long terme.

· Attac mène une réflexion prioritaire sur la nature et le sens même de sa fonction d'éducation et d'information populaire, et sur les moyens les plus adaptés de la mener.

Dans le même temps, Attac, évidemment proche des organisations altermondialistes, doit être acteur international du mouvement social. Ce rôle local et global, de composante et de plate-forme de convergence, est indissociable de l'élaboration d'un projet propre à l'association.

Toute opposition entre ces deux aspects est contraire à la nature même d'Attac et à son originalité.

ð Le deuxième point de rupture intéresse les élections internes.

La préservation de notre diversité et de notre capacité à agir ensemble, exclut tout autant l'occultation des divergences que leur transformation en « courants » antagonistes.

La présentation de « textes d'orientation », signés par ceux-là même qui ont amené notre association au bord du gouffre, ne peut aboutir qu'à officialiser des tendances et à leur permettre de « se compter ». Ce n'est pas la condition d'un débat constructif et démocratique.

Nous savons où mène le combat du « bien » contre le « mal » ; nous refusons cette logique mortifère d'affrontement, donc toute « liste » élective. Outre la garantie d'un dépouillement conforme à l'exigence éthique la plus élémentaire, nous demandons que les prochaines élections ne se tiennent pas sur la base de textes pré-établis, mais sur celle de réponses des candidats à un questionnaire élaboré par les adhérents. Nous proposons que ce questionnaire concerne la finalité et le fonctionnement d'Attac, son activité à court et à long terme, et prenne en compte les résolutions votées par les adhérents. Par ailleurs, l'intérêt prioritaire d'Attac devrait conduire les principaux acteurs des affrontements actuels, manifestement incapables de poursuivre une activité commune, à la décision de ne pas se présenter au suffrage des adhérents.

ð Le troisième point de rupture concerne l'organisation et le fonctionnement d'Attac.

La structure d'Attac doit correspondre au rôle actuel de ses adhérents ; elle doit être compréhensible par tous, et les responsabilités doivent être clairement définies, ce qui constitue déjà une rupture radicale.

Le fonctionnement interne d'Attac devrait au moins refléter les principes démocratiques que nous préconisons pour la société elle-même : démocratie représentative contrôlée (sur le plan des mandats comme sur le plan financier), démocratie participative, démocratie directe, séparation des pouvoirs et contre-pouvoirs institutionnels (fonctions d'alerte et d'arbitrage).

Il n'est pas question ici de définir de nouveaux statuts, mais d'en proposer quelques principes à la discussion :

· le conseil d'administration met en ouvre les orientations décidées par l'AG souveraine ; il est composé des représentants des adhérents. Le CA est partiellement renouvelé chaque année.

· une structure claire, de proposition et de contre-pouvoirs, pourrait être constituée de conseils :

- un conseil des organisations adhérentes, pourrait proposer à l'AG et au CA ses analyses politiques et stratégiques, ses propositions d'alliance et de positionnement du mouvement,

- le conseil scientifique est l'indispensable outil d'analyse, d'explication et de propositions alternatives,

- le conseil des comités locaux, a pour rôle de renforcer le réseau des comités et de développer les liens nécessaires entre eux et l'ensemble de la structure,

- un conseil des sages, dont chaque adhérent pourrait demander la saisine en cas de contestation.

· Les modalités d'élection, de désignation, ou de tirage au sort des membres des conseils, sont à définir spécifiquement pour chaque instance, de même que la limitation du nombre de mandats successifs et leur durée.

· Les adhérents peuvent demander la mise à l'ordre du jour de sujets, si la demande recueille un pourcentage minimum de signatures (référendum d'initiative populaire).

· Le CA, le conseil des organisations et le conseil des comités peuvent exercer un droit d'alerte et demander qu'une décision soit confirmée (vote à la majorité renforcée ou consultation des adhérents).

· Le CA rend compte de son action à chaque réunion du conseil des comités (ce qui est prévu dans la charte de la CNCL actuelle, mais non appliqué).

· Un processus d'élaboration participative du budget d'Attac est mis en place. Le contrôle financier est exercé par l'ensemble du CA qui donne collectivement les autorisations de dépenses ; les comptes, régulièrement actualisés, sont accessibles aux adhérents.

· Les réunions des différentes instances sont librement ouvertes aux adhérents, qui peuvent y assister en observateurs.

ð Le quatrième point de rupture est sans doute le plus ambitieux.

Il se situe dans un projet de construction collective, permanente, expérimentale, d'une démocratie durable. La construction, l'expression et le traitement volontaire des « désaccords », peuvent devenir extrêmement féconds sur des sujets aussi décisifs que la décroissance, l'écologie, la question sociale, l'énergie, les indicateurs socio-économiques, la laïcité, l'Europe, et bien d'autres encore. La construction d'un nouveau rapport au pouvoir est une potentialité que ni le syndicalisme, ni les partis politiques, ni les associations globalistes ne se sont révélées capables de mettre en ouvre. Ce pourrait être l'un des atouts majeurs d'une Attac refondée, et grande ouverte à toutes celles et tous ceux qui aspirent à un « autre monde possible ».



Ce texte a pour but de constituer la base d'un débat que nous lancerons lors de la prochaine CNCL, dans l'atelier n°8 qui aura lieu le samedi 30 septembre de 17h15 à 19h. Nous souhaitons ainsi que la CNCL puisse exprimer la volonté des adhérents, émettre des propositions crédibles et fortes, et amorcer un processus démocratique de reconstruction.

Nous voulons nous réapproprier ensemble l'avenir de notre mouvement.

Dans le sursaut auquel nous aspirons tous, nous exprimons notre détermination de construire

une Attac qui soit à l'image du monde que nous voulons et des principes que nous défendons.

_________________________


Ce texte, élaboré collectivement, ne constitue ni un acte de candidature, ni une quelconque « liste », à quelque élection que ce soit :



Michel Berger(92), Bernard Blavette(92), Patrick Braibant(77), Guy Chauveteau(92), Jean-Michel Cosso(61), Luc Douillard(44), Jean-Pierre Gaillet(91), Nelly Gelly-Cornillié(92), Guy Gourevitch(92), Etienne Lecomte(75), Didier Minot(78), Jean-Pierre Ronco(91), Patrick Viveret(92), Josée Weber(94)

27 septembre 2006
Par Adhérents Attac - Publié dans : -*- associations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 29 septembre 2006 5 29 09 2006 07:41

Commission d’enquête sur les élections au C. A. d’Attac

 

Rapport

 

 

 

I – RÔLE ET MEHODES DE TRAVAIL DE LA COMMISSION

 

Le C.A.  à l’unanimité a mis en place une commission d’enquête pour « établir la preuve de la sincérité ou non du scrutin ; dans cette dernière hypothèse en identifier les causes »

Ses membres ont été désignés le 11 septembre 2006

 

- La commission s’est réunie une première fois le vendredi 15 septembre au siège sous la co-présidence de Nuri Albala et René Passet ;

Etaient également présents Catherine Agnias, Aymard de Camaret, Gérard Duménil, Emmanuelle Gaziello, Pierre Khalfa et Jacques Nikonoff.

 

- Elle s’est réunie une deuxième fois mardi 19 au siège où elle a entendu plusieurs salariés.

Etaient présents : René Passet, Nuri Albala, Catherine Agnias, Aymard de Camaret, Marc Delepouve (suppléant Pierre Khalfa), Gérard Duménil, Emmanuelle Gaziello,  et Jacques Nikonoff.

 

-  Elle s’est réunie une troisième fois mardi 26 septembre où elle a examiné le rapport réalisé par Gérard Duménil et Dominique Lévy, et que nous annexons. Etaient présents Nuri Albala, René Passet, Catherine Agnias,  Aymard de Camaret, Gérard Duménil, Sabine Jauffret ( suppléant Emmanuelle Gaziello), Pierre Khalfa et Jacques Nikonoff.

 

- Entre ces réunions, des missions particulières ont été confiées à certains de ses membres – agissant en « tandems » - et ses deux co-présidents ont maintenu un contact permanent

La Commission a convenu qu’il n’était pas question de procéder à quelque modification que ce soit de sa composition bien que celle-ci soit un peu étrange, puisqu’on y trouve des personnes concernées par l’élection ou ayant participé au dépouillement : nous avons convenu que ce qui apparaît comme une anomalie devait être utilisé par nous comme un avantage : les deux « sensibilités » de l’association y sont représentées paritairement, mais chaque membre de la commission y siège à titre strictement personnel et indépendant.

 

La commission a arrêté unanimement ses méthodes et son plan de travail :

 

1-Le délai pour conclure, fixé au 25/26 septembre est extrêmement court, mais nous avons tous considéré qu’il fallait le respecter (à peu de chose  près) dans l’intérêt de l’association, et de façon que la CNCL du 30  ait connaissance de notre rapport.

2-Des comptes-rendus des séances et des notes ou documents internes de travail ont été établis,  confidentiels et de diffusion limitée aux membres de la commission ;

Un communiqué intermédiaire a été établi sous la responsabilité des deux présidents et  diffusé sur l’ensemble des listes.

   Comptes-rendus et communiqués préservent le total anonymat de « qui a dit quoi », en application du principe que chacun(e) est membre de la commission d’enquête, ni plus ni moins.

 

3-De la même façon l’anonymat est préservé pour tous ceux qui, à quelque titre que ce soit, ont apporté des témoignages écrits ou oraux à la commission.

 

4-Les éléments d’information de la commission ont compris :

-Les témoignages écrits de tous ceux qui, ayant participé au dépouillement, ont ou auront accepté de faire un tel témoignage ;

-Les témoignages écrits de tous les salariés qui ont accepté d’en donner

-La déposition devant la commission  des deux salariés dont la mission concernait plus particulièrement les élections, savoir Jean-Louis Sounes et Renaud Dumas.

-Les dépositions complémentaires proposées à la commission

 

-Les documents de travail de la commission sont tous ceux qui ont déjà circulé (y compris notamment les trois rapports d’experts indépendants et leur synthèse réalisée par René Passet) ainsi que les documents et rapports que chaque membre de la commission a été invité à lui soumettre en le « chapeautant » d’un brève note synthétique

5-Un membre de la commission s’est proposé pour réaliser une étude de certains groupes de bulletins dans l’espoir d’individualiser les bulletins faisant problème (et non plus seulement des groupes de bulletins faisant problème) afin que la commission en tire une analyse plus affinée: cela a été fait sous le contrôle de toute la commission. Cette démarche située sur un tout autre plan que les expertises demandées à des statisticiens indépendants n’avait pas valeur de contre expertise ; elle visait essentiellement à la recherche d'indices matériels pouvant contribuer à éclairer la commission.

6-Des salariés ont été entendus par la commission et  ont fourni de nombreux éléments concrets permettant d’éclairer nos travaux.

Ces divers éléments ont été analysés 

Précisons que nous avons essayé d’approcher au plus près possible les conditions concrètes réelles du dépouillement pour être certains de ne pas négliger quelque élément matériel que ce soit

7-La commission a recherché également les conditions d’imprimerie, diffusion, et stockage des bulletins de vote, et les a obtenus

La commission entière (puis une partie après le départ de deux membres, puis les deux présidents seuls pour des raisons de commodité et d’emploi du temps) ont questionné les salariés sur le trajet chronologique des bulletins :

30.000 bulletins pour l’élection des membres actifs commandés à l’imprimeur ont été livrés au siège les 15 et 16 mai. Ils sont tous repartis chez le routeur le 19 mai pour envoi aux adhérents, encartés dans le n° 52 de Lignes d’Attac.

(La même méthode, bien entendu, a été appliquée pour les deux autres scrutins qui ne nous intéressent pas ici)

531 sont revenus au siège dans les jours suivants avec la mention NPAI indiquant que le destinataire avait déménagé.

743 soit tous les reliquats des envois ont été retournés au siège suivant bon de livraison n° 328 du 31 mai  par le routeur et ont été conservés  au siège sans attention particulière s’agissant de reliquats de la revue avec, à l’intérieur, les bulletins pour les trois votes

C’est à la veille de l’AG du 17 que deux camarades sont venus au siège et ont amené à Rennes (pour que les présents à l’AG puissent voter sur place comme prévu) tous ces bulletins. Ainsi,  dans l’optique de recherche des possibilités de fraude – comme tous ces bulletins n’ont pas été utilisés - il en est resté suffisamment à la disposition d’un éventuel petit groupe de fraudeurs ;

8) Elle a, finalement, reçu et examiné plus de quarante documents, plus de cinquante témoignages, procédé à quelques auditions (en plus des témoignages personnels de plusieurs membres de la commission), tenu trois réunions plénières, examiné physiquement nombre de bulletins et d’enveloppes et … beaucoup travaillé entre ces réunions.

 

II - Les opérations électorales elles-mêmes

 

Il était espéré que près de 200 militants participeraient aux opérations de dépouillement , qui ne pouvaient être que longues et complexes compte tenu du nombre de candidats et de postes à pourvoir ainsi que du grand nombre de votants ;

Or il est venu quatre fois moins de volontaires que prévu, ce qui a gravement perturbé le travail et a largement « noyé » tout le monde

En conséquence, les conditions du dépouillement ont été difficiles et parfois incohérentes.

La commission, dont la mission n’est pas d’insister sur ces difficultés,  tient à souligner certains points :

- les salariés d’ATTAC, noyés et débordés, sans consignes claires et précises, ont colmaté les brèches comme ils ont pu et selon beaucoup de témoignages, du mieux qu’ils ont pu ;

- ce sont les instances dirigeantes et elles seules qui ont eu collectivement la haute main sur tout le processus, et les désordres constatés ne sont pas le fait des salariés ;

- de nouvelles élections vont avoir lieu bientôt et il importe que les mêmes errements ne se reproduisent pas.

La commission d’enquête et ses présidents sont à la disposition des instances qui seront chargées d’organiser les élections pour attirer leur attention sur les écueils principaux à éviter.

D’ores et déjà, il nous apparaît 

   a) qu’il faut que l’autorité chargée d’organiser les élections soit clairement désignée et s’abstienne de délégation et sub-délégation,

   b) que chacun, qu’il s’agisse des salariés ou des personnes chargées du dépouillement, doit savoir exactement quelles sont les règles de celui-ci

   c) que pour cela, une note écrite remise à chaque table paraît absolument nécessaire,

   d) qu’aucune règle prévue (sur les heures de dépouillement par exemple) ne doit être changée en cours de route.

 

III - Les résultats du scrutin :

 

A. Les désordres signalés ci-dessus nous conduisent à conclure que les résultats du scrutin  ne peuvent en aucun cas être considérés comme fiables car ils n’offraient aucune des garanties d’une consultation normale.

 

B. Les aberrations statistiques signalées ont évidemment particulièrement attiré notre attention.

Elles sont incontestables sur un certain nombre de lots et résultent des trois rapports statistiques et de la synthèse qui en a été faite par René Passet : ces éléments factuels sont acquis.

 

C. Quelles en sont les causes ?

La première condition pour progresser dans nos travaux était de ne jamais perdre de vue les questions auxquelles nous devions répondre. Et d’évaluer systématiquement l’importance des informations qui nous parvenaient au regard de ces questions. Cela pourrait ressembler à une banalité si, comme toute assemblée délibérante, nous n’étions exposés au risque de nous laisser porter par la logique des analyses ponctuelles successives auxquelles nous nous livrions ou par le flot des études, toutes plus « objectives » les unes que les autres,dont nous avons été littéralement inondés.

La question de savoir comment peuvent s’expliquer les fortes concentrations de voix portant sur une période et des candidats déterminés, exigeait bien évidemment un examen sérieux au niveau des lots et des lettres. Et nous y avons procédé. Mais il a fallu veiller à ce que, de fil en aiguille, cette logique ne se substitue pas à celle du phénomène global dont nous avions à rendre compte. Car, de ce point de vue, le tout ne se réduit pas à la somme de ses composantes. Un simple exemple illustrera ce point : quand un édifice en cours de construction s’effondre, l’examen des matériaux que l’on a utilisés – les pierres par exemple - s’impose ; mais il ne suffit pas que l’on ait détecté des défauts sur un certain nombre d’entre elles, pour en déduire qu’elles sont la cause de l’accident : encore faut-il savoir quel était leur nombre, et leur disposition ( concentrées ou réparties) sur l’ensemble de l’édifice ; en outre, ce constat ne nous dit rien sur la possibilité d’un vice plus général tel qu’un défaut de conception ou de réalisation. Il ne suffira donc pas de sortir son « microscope » et d’analyser les éléments constitutifs de l’ensemble.

Ainsi en est-il de notre problème. La logique des lots et des lettres n’est pas notre finalité . Les aberrations que nous pouvons trouver à ce niveau appellent immédiatement la question : « dans quelle mesure cela peut-il expliquer les anomalies globales que nous essayons de comprendre ? ».

 

Cette considération explique notre façon de procéder et la manière dont nous avons conduit nos investigations. Elle explique en particulier l’intérêt que nous avons porté à une étude physique directe du matériel électoral (paquets, enveloppes et bulletins).

Quand certains affirment que les experts sont partis d’hypothèses d’homogénéité ne correspondant pas à la réalité – et remettant donc en cause leurs conclusions -  ils veulent dire en fait qu’un certain ordre initial de classement alphabétique n’a pas été respecté, c’est-à-dire qu’un mode d’organisation obéissant à une norme a été détruit.

La destruction d’un ordre  peut se faire de deux façons 

:1/ Par substitution involontaire – donc non frauduleuse - d’un désordre à l’ordre initial:

Nous pensons évidemment ici à l’immense « fantaisie » qui – faute de moyens - a présidé aux opérations de dépouillement. Paradoxalement, en dépit de ce qui a été dit, cette circonstance est de nature à fortifier les hypothèses d’homogénéité sur lesquelles se sont appuyés les experts et à faire apparaître les conditions matérielles d’une possible fraude.

- Elles fortifient les hypothèses des experts car, par définition, le désordre  va dans tous les sens et, au niveau global,  les déviations particulières se compensent: « plus on touille, plus on homogénéise (au sens propre) la sauce»- c’est pour cela que l’on bat les cartes - et  plus on homogénéise plus le hasard s’installe et plus le système obéit aux lois de la statistique. Donc, rechercher l’explication des anomalies du côté du désordre qui par définition est aléatoire, revient à valider les études des experts : plus les écarts à l’ordre initial sont involontaires, nombreux et erratiques, plus l’application des techniques statistiques auxquelles les experts ont procédé se trouvent validées et plus les anomalies ne peuvent s’expliquer que par des phénomènes qui, eux, échappent  aux lois du hasard.

- En revanche – et sur ce point tous les témoignages concordent – ces conditions étaient favorables  comme le soulignent  plusieurs témoins de tous bords, à la réalisation matérielle d’une fraude. Les conditions de protection du matériel électoral dépouillé ou en cours de dépouillement aggravent ce constat : alors que la porte d’entrée du local d’ATTAC donnant sur l’extérieur se trouve dotée d’une serrure sérieusement sécurisée, il n’en va pas de même des pièces intérieures ; notamment, la porte de celle où était entreposé ce matériel pouvait être facilement ouverte soit à partir d’une copie, facile à réaliser, de la clef, soit à partir d’un banal passe-partout.

Ceci doit être souligné, sans qu’on puisse encore en tirer la preuve qu’une telle fraude s’est effectivement produite .

 

2/ Par substitution d’un ordre différent à l’ordre initialement envisagé.

 Cette seconde situation n’implique pas nécessairement l’existence d’une fraude, car deux cas peuvent se présenter.

      - La substitution peut être involontaire : à ce sujet, deux types d’explications sont apparues dans nos débats : d’une part des « effets de tri », et d’autre part des effets de « dates ».

Nous sommes donc tenus de leur accorder une attention particulière. Si, en effet, les phénomènes invoqués suffisent à expliquer les anomalies constatées, cela  rend  inutile l’hypothèse qui suit.   

      - Cette substitution peut être volontaire, c’est-à-dire frauduleuse ; peut-être faudra-t-il envisager cette éventualité comme un aboutissement de nos travaux si aucune autre explication ne peut être retenue . Nous voulons dire par là  qu’un minimum d’objectivité s’oppose à ce que cette hypothèse soit considérée comme un point de départ. Et, ajoutons tout de suite, que le défaut d’autres explications ne saurait suffire à l’établir si nous ne disposons pas de preuves formelles.

 

Nous avons donc attaché une importance particulière aux effets de tri et de date le plus souvent invoqués comme phénomènes explicatifs.

Nous les avons examinés en nous demandant dans quelle mesure leur éventuelle apparition au niveau des lettres et des lots a pu avoir une incidence au plan global.

a) - Nous avons appelé « effet de tri » la pratique de certains dépouilleurs ayant consisté - à des fins d’accélération des travaux - à pré-sélectionner  les bulletins par tendances et à compter séparément chacun des demi lots ainsi constitués. Il est évident que, si l’ensemble des bulletins avaient pu être comptabilisés dans la même journée, cela n’aurait eu aucune incidence sur le « profil chronologique » des résultats ; mais il semble qu’il n’en soit pas ainsi et que les demi lots aient parfois donné lieu à des décomptes étalés sur deux journées. Si donc les bulletins de la tendance X ont seuls été effectivement dépouillés le premier jour et les bulletins Y le lendemain, on pourra assister à des renversement spectaculaires de majorité, résultant de manipulations certainement malencontreuses mais n’ayant aucun caractère frauduleux. Pour qu’il en soit ainsi, il faudrait que ces bulletins soient suffisamment nombreux et que les dépouillements concernant chacun des demi lots  se soient situés  à cheval  sur la période considérée comme normale et la période faisant l’objet de contestation. En fait, il ressort des témoignages des scrutateurs que cette pratique est restée très exceptionnelle, n’ait concerné qu’un très petit nombre de lots et donc ne puisse expliquer les renversements de majorité constatés d’une période à l’autre.

De plus cette pratique aurait entraîné non seulement une accumulation de bulletins d’une certaine tendance sur un dépouillement, mais aussi comme corollaire nécessaire une accumulation de bulletins de l’autre tendance dans le dépouillement précédent ou suivant : or les investigations particulières auxquelles nous allons faire allusion un peu plus loin , n’ont révélé aucune accumulation de ce type.

 

b)Nous avons appelé« effet de date » la possibilité que des événements survenus pendant la période au cours de laquelle les militants ont exprimé leur suffrage aient affecté au cours du temps les choix des électeurs. De tels effets auraient pu se manifester en dépit du classement par lettres des paquets si les mélanges des enveloppes parvenues au siège à des dates différentes n’ont pas été correctement effectués. L’imperfection des brassages semble bien avoir été le cas, malgré les différentes manipulations qui se sont produites soit conformément à la procédure soit au cours de la répartition des enveloppes entre les tables de scrutateurs. Un pointage des paquets d’enveloppes appartenant à la lettre B – correspondant de loin au plus grand nombre de bulletins - a fait apparaître effectivement une forte prédominance des lots dans lesquels un regroupement selon la date d’arrivée des bulletins subsiste en dépit du classement par lettres. Un ordre chronologique est donc venu s’infiltrer dans le classement alphabétique. A priori ce phénomène a pu favoriser la manifestation d’un effet de date. Mais il ne suffit pas de constater ce fait au niveau des lots et des lettres. Il faut se demander  quels sont les événements qui auraient pu affecter le comportement global des électeurs sur une période concentrée du temps des dépouillements. Certains évoquent l’appel de Susan George qui a pu attirer un plus ou moins grand nombre de suffrages, suivi en sens inverse, de la lettre des 32 militants et d’une forte campagne auprès des adhérents pour les appeler à voter en faveur de l’équipe en place. Mais, l’appel de Susan est daté du 20 mai ; la « contre-offensive » démarre trois jours plus tard, et ne sont pris en compte que les suffrages  postés jusqu’au 9 juin. Peut-être – et même sans doute -  certains votes survenus à partir du 23 mai ont-ils été influencés par rapport à ceux qui ont précédé, mais on ne parvient pas à s’expliquer par quel mécanisme, au niveau global,  les effets de l’appel de Susan se seraient systématiquement concentrés sur la période de dépouillement antérieure au 14 juin et ceux de la contre offensive sur les journées des 14 et 15 juin. La question se pose d’autant plus que  la proportion de lots correctement mélangés n’est pas nulle et que le retournement de tendance ne peut s’être manifesté qu’à travers une partie des bulletins incorrectement brassés. Au total, il est douteux qu’elle ait pu suffire à renverser une tendance générale.

Cette observation est renforcée par celle-ci: un tel effet de date se serait nécessairement produit de façon relativement homogène sur toutes les lettres de l’alphabet, et non pas, comme c’est le cas, largement sur certaine lettres et pas du tout sur d’autres

Cette question de l’effet de date concerne en outre la validité des données sur lesquelles ont travaillé les experts indépendants : le décompte de l’huissier, sur lequel ils se sont appuyés, nous dit-on d’une part,  aurait été invalidé par l’inventaire qui a suivi et aurait fait apparaître, selon les comptages, entre  661 ou de 720 bulletins non répertoriés, toutes lettres confondues ;  ces bulletins étant parfaitement typiques, nous dit-on d’autre part, valideraient au contraire les premiers résultats et constitueraient un argument en faveur de la fraude. En fait, il semble qu’ils ne puissent être invoqués ni dans un sens ni dans l’autre : car, si comme personne ne le nie, ils sont parfaitement « typiques », leur prise en compte ne modifierait en rien la distribution à laquelle aboutit le comptage de l’huissier et sur laquelle s’appuient les experts ; à l’opposé,  la portée de leur retour à une forme typique proche des résultats initiaux se trouve amoindrie par le fait que les 171 bulletins parvenus au siège et ouverts le 15 juin (donc non susceptibles de fraude), sont fondus dans l’ensemble et ne peuvent plus être identifiés ; on ne saurait donc les invoquer en faveur d’un retour aux équilibres des premières journées.

Aucun de cet ensemble d’éléments n’est totalement convaincant.

 

c) –Il restait donc à examiner l’hypothèse de manipulation frauduleuse. La méthode mise en œuvre par un membre de la commission, avec l’accord de cette dernière,  consiste à faire apparaître, par une analyse factorielle le degré de  proximité des différents bulletins en fonction de leur similitude. Elle s’attache indifféremment à tous les types de bulletins et, le fait qu’une tendance émerge plutôt qu’une autre – la tendance Nikonoff en l’occurrence -  constitue un résultat ne découlant pas d’un intérêt particulier qui lui aurait été porté a priori. Si des phénomènes similaires avaient affecté la tendance opposée, ils seraient spontanément apparus de la même façon. La méthode met en évidence, un nombre élevé de votes absolument similaires parmi lesquels un examen plus fouillé, permet de dégager deux  - peut-être trois- stratégies (ou consignes) de sélection, dont une largement prédominante. Lorsque l’on consulte directement les bulletins concernés, le fait troublant est qu’à chacune de ces stratégies correspond une façon particulière de cocher les cases. Ceci est particulièrement net en ce qui concerne la stratégie dominante qui se caractérise par une façon très particulière de former les croix, dans laquelle on trouve les mêmes déformations et dont le graphisme exprime la même fébrilité : tous les bulletins, visiblement remplis de la même main,  reconnaissables au premier coup d’œil, sont à la fois très semblables entre eux et très différents des autres.

Nous croyons bon de reproduire ici intégralement le résumé des conclusions qui figure dans l’étude , laquelle est, par ailleurs, jointe dans son intégralité ,en annexe du présent rapport : « Le résultat principal de cette investigation est l’établissement de l’existence de la fraude sur des bases distinctes de celle du Rapport Passet. L’évidence provient d’un fait inattendu : le caractère très aisément identifiable d’un des fraudeurs dans sa manière (souvent hâtive) de cocher les cases des bulletins, première signature de la fraude. Elle est confirmée par le caractère méticuleux et systématique de certaines procédures de camouflage de la fraude ; ces précautions se retournent contre leurs auteurs, fournissant une seconde signature de leur acte. La combinaison des deux éléments, déjà probants en eux-mêmes, montre la cohérence de l’ensemble.

 

Nous utiliserons les épithètes « georgien » et « nikonovien » pour renvoyer aux candidats des deux « listes » ou « groupes ». Dans la suite de ce rapport, on parlera de « listes », qu’elles soient explicites ou de fait.

 

En simplifiant, on peut résumer les observations principales de la manière suivante :

 

1)       Pour une partie des bulletins fraudés, dits « camouflés », les votes portent toujours sur les 16 candidats nikonoviens les mieux placés, accompagnés de 7 autres candidats, non-nikonoviens n’ayant aucune chance d’être élus, et, alternativement, soit Aurélie Trouvé, soit Jean-Marie Harribey, deux personnalités majeures de la liste Susan George (qui, eux, étaient élus à coup sûr).

2)       Pour une autre partie des bulletins fraudés, on observe un vote exclusif pour les candidats de la liste de Jacques Nikonoff, en général pour les 24 candidats nikonoviens les mieux placés.

3)       Nombre de ces bulletins sont identiques ou diffèrent légèrement (23 ou 22 voix pour les mêmes candidats sur un total de 24 au maximum). Dans le cas du lot B4, par exemple, il s’agit de 39 bulletins, soit 41% des bulletins non nuls du lot. De telles proximités n’existent pas pour les votes portant sur la liste Susan George.

4)       L’analyse des manières de cocher révèle plusieurs styles : (1) le style du fraudeur évident, et (2) deux ou trois autres manières de cocher moins spécifiques.

5)       Il est facile de vérifier la correspondance des votes des bulletins remplis par le fraudeur évident et les configurations de votes ci-dessus. Par exemple, dans les lots B3, B4 et B5, on trouve deux sous-groupes de bulletins, respectivement de 15 et 16 bulletins, dont les votes sont parfaitement identiques dans chaque sous-groupe, qui sont tous clairement de la main de ce fraudeur évident. Au total, il a rempli, au moins, 47 bulletins sur 85 suspects dans ces trois lots B3, B4 et B5, qu’on peut alors qualifier de « fraudés ».

6)       Nous pensons identifier plusieurs fraudeurs pour deux raisons : a) les styles sont si distincts qu’il est difficile d’imaginer qu’ils proviennent de la même main, et b) diverses personnes semblent s’être réparties des configurations de votes (pour quels candidats voter) particulières. Seule une étude d’un plus grand nombre de lots permettrait de préciser ce point.

 

En marge de ces observations, cette étude confirme l’existence d’effets de liste, guidant les votes. Cet effet apparaît pourtant atténué dans les lots fraudés. Le nombre des bulletins massivement alignés sur la liste de Susan George s’y trouve réduit (dans le cas du lot B4, à l’unité), puisque des bulletins ont été retirés pour permettre l’introduction des bulletins fraudés ».

 

Le constat ci-dessus se trouve conforté par celui qu’ont effectué deux autres membres de la commission ( remarquons au passage que toutes les démarches effectuées au sein de cette dernière ont été menées « en tandem » par des membres représentant les deux tendances représentées ) qui, explorant le lot B4 – tout à fait indépendamment de l’étude précitée - avaient spontanément isolé, afin  de les soumettre à la commission, 24 bulletins qu’il avaient jugés anormalement similaires dans leur apparence et dont le graphisme se révèle correspondre très exactement à celui auquel nous venons de faire allusion . Sur leur proposition, ces deux membres ont reçu mission d’explorer, pendant le week-end, le maximum de lots jugés atypiques à la fois par l’une et l’autre parties, afin de vérifier s’ils conduisent à des constats similaires. Cette exploration, quoique  n’ayant  pu, faute de temps, être menée sur l’ensemble des lots concernés , a révélé un certain nombre de bulletins suspects dont 10  correspondant au modèle « fébrile » dominant, dans le lot B3 et 6 de même nature dans le lot L4.

Dans l’état actuel des choses, il nous faut bien admettre avec une grande tristesse, que nous avons sous les yeux la preuve matérielle d’une  fraude que la fébrilité de l’un de ses auteurs rend encore plus évidente.

 

 

CONCLUSION

 

Cette conclusion s’impose au terme d’une démarche progressive qui s’est appliquée à explorer toutes les hypothèses et que nous retracerons ainsi :

-          Les trois études statistiques menées par six experts indépendants - dont l’un d’entre nous avait présenté la synthèse –aboutissaient   à la très forte improbabilité statistique des retournements de votes constatés pendant la période du dépouillement et à la mise en évidence de lots de bulletins fortement atypiques. Une  discussion s’est alors engagée sur les hypothèses de départ sur lesquelles  reposaient les conclusions des experts ;

-          La présente commission d’enquête, composée par les représentants des deux tendances opposées, s’est donc attachée à vérifier ce point et à explorer prioritairement toutes les hypothèses pouvant expliquer autrement que par la fraude les anomalies constatées ; aucune explication satisfaisante n’a pu être retenue, concernant notamment l’existence d’un biais au niveau des hypothèses des experts ;

-          Nous nous sommes donc résolus à explorer, en dernier ressort, l’hypothèse de fraude ; précisons que, si celle-ci n’avait donné aucun résultat matériellement vérifiable, elle aurait également été écartée et la commission aurait reconnu son incapacité à se faire une opinion. L’analyse - plus particulière mais non exclusive - des lots réputés atypiques a fait apparaître des ensembles de bulletins suspects dont l’examen a révélé qu’ils avaient été massivement réalisés par deux ou trois mains et dont le contenu a révélé des « stratégies » évidentes.

-          Nous précisons que nos constatations, à nos yeux irréfutables, établissent que deux ou trois personnes se sont livrées à ces opérations, et que rien ne permet de les attribuer à un groupe plus important

 

A ce stade, nous pouvons déclarer en conscience que la preuve matérielle d’une fraude en   faveur de la tendance favorable à la présidence sortante est établie. Pour nous, ce constat clôt toute controverse concernant ce point.

 

Rapport établi par les deux coprésidents :

Nuri Albala , René Passet

 

et adopté par l’ensemble des membres de la commission :

 


Catherine Agnias,  Aymard de Camaret, 

Marc Delepouve, 

Gérard Duménil, Emmanuelle Gaziello, 

Sabine Jauffret

Pierre Khalfa,

Jacques Nikonoff

           

                                                                                        Jeudi 28 septembre 2006

Par Nuri Albala et René Passet - Publié dans : -*- associations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 4 octobre 2006 3 04 10 2006 07:41

Nous vivons depuis une vingtaine d'années (voire plus) une panne de civilisation majeure, entre la chute des systèmes communistes, entrainant dans la conscience collective la chute cette idéologie, mais aussi par ailleurs la chute de l'idéologie du progrès et du système capitaliste qui l'alimente.


Nous sommes devant un vide qu'aucune civilisation n'a eu cette impérieuse nécessité de combler.


Aussi nous consommons et pour cela nous produisons.


Le contraire est aussi vrai.


Notre avenir ne se situe plus que dans cette dualité soutenue par la théorie économique.


Nous n'avons plus d'avenir, plus d'espoir, donc plus de forces créatrices.


Le sens de notre vie ne réside plus dans la création de sens, nous ne sommes plus dans l'effort permanent de penser autrement.

Nous ne faisons plus l'effort de briser nos à priori pour penser autrement.


Notre confort est prépondérant à notre être.


Ceci est l'état général de notre société, où un très faible nombre se satisfait de la situation et l'alimente, tandis que l'immense majorité le subit voire le rejette.


C'est bien dans ce contexte qu'Attac France a vu le jour.


Attac France qui a donné l'exemple au plan international. Attac est bien le résultat d'une situation générale de renoncements et de soifs d'espoirs.


Attac est un élan d'espoir en devenir, la première étape étant en partie franchie en ce qui concerne la structuration du mouvement, nous voilà sur le palier de la création. Nous devons franchir ce palier pour l'espoir de tous. Les sympathies qui nous entourent encore, malgré notre crise d'adolescence, doivent nous pousser à aller plus loin.


Tout d'abord notre outil Attac n'est qu'un outil, même s'il a su trouver son originalité, et il doit être considéré ainsi. Aussi chacun se doit de l'entretenir et de l'améliorer. Il est un bien commun.

Toute tentative de récupération ou de destruction de cet outil sera une déception de plus et une affirmation supplémentaire dans la croyance de l'avènement du capitalisme.


Attac a su décrypter les enjeux du capitalisme. Notre association a su vulgariser relativement bien le contenu du capitalisme par des méthodes et des termes novateurs.

Nous sommes restés au milieu du gué.


Nous avons épousé aussi les travers du système décortiqué. Nous nous sommes alliés souvent aux laudateurs du système dominant.

Notre structuration, même si elle repose sur un édifice nouveau, n'a pas su bénéficier de cette novation car elle a conservée les archétypes de toutes les formations antérieures. L'indépendance des comités locaux n'a pas été correctement appréhendée par ceux-ci, ni par la structure nationale.


Pour autant il n'est pas trop tard.


De même le contenu du conseil scientifique épouse trop bien ce qu'il dénonce : l'analyse strictement économique de notre société.

Sur 150 membres combien sont-ils éloignés de la chose économique ?

Si peu.


Combien d’historiens, de géographes, philosophes, peintres, poètes, sociologues, artistes, psychanalystes, politologues, environnementalistes, écologues, paysans...


Les défis de demain résident et pour Attac (si nous sommes dignes de ce combat) et pour la société, dans la création de sens pour notre planète.


La croyance économique bat de l'aile. Elle est dénoncée par ces mêmes économistes, parfois à leur corps défendant. La terre a besoin de nous.


Nous devons envisager notre avenir ainsi que celui de nos enfants en fonction du sens que nous serons capable de fournir à notre avenir.


Notre avenir sera dans la relocalisation, le respect de notre planète et de ses ressources, la transmission de cette terre aux générations futures, avec un sens de l'équité, de l'humanisme, du partage et de la solidarité.


Notre recherche démocratique doit s'assortir d'un sens moral, car la démocratie sans règles n'entraine que des prises de pouvoirs plus ou moins légales. La définition des règles assorties aux représentants désignés ou élus est une base nécessaire et absolue.

Sans statut de l'élu clairement nommé et défini, aucune règle démocratique ne résiste au temps. Notre siècle nous donne l'exemple, les exemples.

Les difficultés que traverse Attac résulte aussi de la volonté de quelques uns à ne pas donner de règles claires et ce afin de pouvoir mieux s'adapter à l'évolution nécessaire de notre structure. Il est question ici de l'adaptation individuelle et non pas d'un projet global.

Autant laisser des règles "variables" sous le vocable "souple" n'a en aucune manière fait du bien à Attac, autant survoler de loin la question environnementaliste en lien direct avec la question sociale ne permet pas à Attac de créer un sens.

Notre activité, une fois les problèmes structurels réglés, doit se recentrer sur l'avenir de notre planète, en utilisant toutes les formes de pensées nécessaires à cette réflexion.


Les questions agricoles ne sont quasiment pas présentes dans notre réflexion, que nous prétendons globale, alors que les 2/3 des habitants de la planète tirent (+ ou -) leurs ressources de cette activité et que 100 % des terriens ne peuvent vivre que des ressources issues de l'agriculture sous une forme ou une autre.


L'industrialisation agricole a fait ses dégâts dans les pays du nord et s'apprête à détruire les pays du sud qui n'auront pas les ressources matérielles pour endiguer ce fléau. Ceux du nord n'ont pas pu le faire).


Au delà du constat et de l'analyse économique qu'Attac peut et doit transmettre sur ce sujet, nous devons fournir des pistes sur les solutions possibles quant à l'entretien de notre paysage, de notre agriculture et de nos ressources issues du sol.


Notre activité de création sur ce sujet doit aussi donner du sens.

Notre recherche d'activité de création de sens dans les domaines démocratiques, environnementaux et sociétaux sont l'avenir d'Attac et au delà l'espoir de donner un sens à l'évolution de notre civilisation.

Des élections se préparent au sein d'Attac et des choix douloureux vont avoir lieu.


Attac ne peut plus être ce qu'elle était au début, ne serait-ce que parce que son histoire a évolué. Vouloir conserver l'Attac du début est une illusion. Ce n'est pas tenir compte de l'avenir.


Vouloir conserver l'esprit d'Attac est une toute autre affaire, qui ne passe pas obligatoirement par la conservation de la structuration mise en place.

Les comités locaux ne s'étant pas emparés des différents qui ont occupé les équipes dirigeantes au niveau national, il appartient à chaque adhérent de se mêler de cette élection et de faire le choix d'une association indépendante et résolue à envisager son avenir au service du plus grand nombre.


La composition des listes en présence, ainsi que leurs objectifs clairement affirmés seront les conditions nécessaires pour entamer une deuxième étape de notre association Attac.



Pour un nouveau palier de création.


Pour une longue vie pour Attac.

Dominique Mourlane

Par Dominique Mourlane - Publié dans : -*- associations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 3 novembre 2006 5 03 11 2006 09:37
 

-      Le rapport au politique

-      L’articulation local, national, international

-      Faire évoluer le conseil scientifique

-     La laïcité

-      Poursuivre la démocratisation d’Attac

-      Permettre les débats au grand jour

-      Rendre Attac indépendante

 

L’équipe que je choisie, envisage de renforcer Attac, pas de la diluer dans un quelconque rassemblement des mouvements sociaux qui va au gré des actions et des coups durs.

Cette équipe ne fait pas le mélange avec le conseil scientifique. Le conseil scientifique est une autre instance d’Attac. Le conseil scientifique ne doit en aucune manière devenir un lieu de décision d’Attac. Ce collège scientifique doit aussi fournir des éléments d’analyse scientifiques et non pas se « targuer » de « gérer » l’association. Ce choix de gestion, d’orientation appartient aux adhérents ; c’est à eux seul de donner le sens et l’orientation pour notre association.

En aucun cas les décisions nous concernant ne doivent se prendre dans d’autres instances en fonction d’intérêts contradictoires et extérieurs à Attac.

 

Dans cette équipe que je choisie, beaucoup de candidats sont déjà porteurs de dossiers pour Attac et uniquement pour Attac. Ils travaillent au quotidien pour apporter quelque chose à notre association. Ils connaissent Attac au quotidien. Ils sont à l’écoute de notre association et de l’ensemble des ses composantes.

 

Je voterai pour une liste complète pour leur donner la chance de faire un travail correct, parce que c’est une chance pour Attac que de les avoir avec nous.

 

Je voterai pour la liste AVENIR D’ATTAC représentée par :

 

Audrey BARRAL (77), Marie-Loue BENOIT (74), Laure BENYACOUB (13), Aurélien BERNIER (86), Christine BOUYSSOU (64), Bruno CIOFI (68), Valérie COIGNARD (91), Adrian COSSIC (93), Alain FANIEL (54), Pascale FOURIER (92), Emmanuelle GAZIELLO (06), Michel GICQUEL (22), Claudine GIROD (25), Danielle GOUSSOT (84), Pierre GUERIN (82), Christine HEDREUIL (75), Patrice HEMET (77), Sabine JAUFFRET (81), Gérard LALOT (59), Matthieu LAURENT (78), André LEFEVRE (89), Aurore LUDI (75), Evelyne MAUREL (13), François RIETHER (17).


 

Attac sur un palier de création, consiste en une réflexion personnelle sur le devenir d’Attac. Vous trouverez ce texte en cliquant sur le lien ou sur ce blog dans l'onglet associations

Par Dominique - Publié dans : -*- associations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 18 novembre 2006 6 18 11 2006 18:07

 

 

Protocole de Kyōto

 

 

Kofi Annan a déploré mercredi à Nairobi «l'effrayante absence de volonté» politique dans la lutte contre les gaz à effet de serre, il en a profité pour rappeler  «l'effrayante absence de volonté politique» dans la lutte contre l'émission des gaz à effet de serre.

 

Kofi Annan s’est directement adressé aux Etats-Unis, à la Russie, à l'Inde et à la Chine principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre pour les inviter à les réduire sérieusement. «Le protocole de Kyoto constitue un véritable pas en avant mais il reste bien trop limité. Alors que nous réfléchissons aux moyens d'aller plus loin, il y a toujours un manque effrayant de détermination». Il a demandé aux Etats-Unis qui ont rejeté le protocole de Kyoto en 2001, de le réintégrer. Réponse de Paula Dobriansky (sous secrétaire d’Etat américaine) : «Nous estimons que les Etats-Unis ont montré le chemin en terme d'initiatives innovantes». Elle a affirmé que les Etats Unis en investissant dans les nouvelles technologies, cherchent «à ralentir, plutôt qu'à mettre un couvercle sur les émissions de gaz»....

Petites phrases et petits mots se succèdent dans les médias, mais les maux restent les même, voir s’amplifient.

Les pays du Nord ne veulent pas diminuer leur train de vie, en mettant en avant les risques de disparitions d’emplois, (mais n'y a t-il pas moyen de réorienter les emplois ?), les pays du sud ne veulent pas renoncer (à juste titre) à une augmentation du niveau de vie de l’ensemble de leurs populations.

Nous voilà coincés à vivre de plus en plus pollués...

Peut-on réfléchir à notre développement, aux manières que nous avons de consommer, de produire et surtout de répartir la richesse ?

Notre avenir, celui de nos enfants en dépend.

 

Dominique

Par Marielle & Dominique - Publié dans : -*- associations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Images aléatoires

  • agujaagua.jpg

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés